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partie de l'œuvre de Verdi

^ Cornélius Holtr.

THÉATRE-LYRTQUE.

GÏÏILLERY LE TR03IPETTE ,

Opéra-coraique en deux actes, par MM. de Leuven et A. de Beauplan, musique de M. Sarmiento.

Certes, l'Italie nous a déversé en tout temps une collection de chevaliers d'industrie et d'infimes gredins. Mais, si méprisables que soient certains Italiens, ce n'est pas une raison pour les exclure ipso fcuio de nos triomphes et de nos gloires. Galigaï venait de l'Italie, mais, avant elle, Jean-Jacques Trivulzio en était venu aussi. Qu'est-ce qu'un Français? Un monsieur qui est ne de ce côté-ci des Alpes, du Rhin ou des Pyrénées.

Qu'est-ce qu'un pays? Une question de conquête, une question de conuivs. Sans les traités de 1815, M. Sarmiento serait Français, si Tenipereur avait voulu faire du grand-duché de Parme un département français. Tous les gens sensés déplorèrent, en 1 848, les soulèvements stupides qui éclatèrent contre les ouvriers étrangers. Dans les plus extrêmes excentricités de la politique, il ne se rencontra pas une approbation. Ce que faisaient les mineurs à Livernon, les portefaix à Lyon, les mécaniciens dans les chemins de fer, certaines personnes le font maintenant à l'égard de M. Sarmiento : elles lui reprochent sa qualité d'Italien. D'abord le talent n'a pas de patrie, il est cosmopohte. Et puis, quand nous autres Français, nous voulons entendre de la vraie musique, nous n'allons la demander ni à M. Adam, ni à M. Halévy, et encore moins à M. Auber, mais bien à Meyerbeer, à Mendelsohn, à Rossini, à Verdi, qui tous ne sont pas Français. Quand un étranger vient à Paris solliciter la consécration de sa gloire, c'est beaucoup d'honneur qu'il nous fait, en admettant même que nous valions notre réputation. Comment est-il reçu généralement ? C'est plus que de la défiance que l'on a pour lui, c'est du mépris. On commence par le décourager, et puis on l'essaie. Du reste, le public sait accueiUir le talent d'où qu'il vienne, et il ne demande jamais de quel pays est un auteur, non plus que s'il est de l'Académie. 11 est bien rare même qu'il demande son nom.

C'est tout simple : lui n'a pas de prétentions au gâteau, comme ceux qui poussent des gémissements. J'aime mieux du moins les accuser d'intentions intéressées que de chauvinisme.

Passons maintenant à l'œuvre en elle-même.

Le libretto est de MM. de Leuven et de Beauplan. M. de Leuven, ce célèbre compagnon des premières tentatives d'Alexandre Dumas, n'est pas un vaudevilliste vulgaire. Mais, pour cette fois, il a attaché trop peu d'importance au poërae qu'il aventurait sur une musique inconnue.

Nous sommes, à ce qu'il parait, en 1710, l'année où le duc de Vendôme remporta la victoire de Villaviciosa. Et ce souvenir vient d'autant plus à propos que nous sommes en Espagne. Le Thécâtre-Lyrique n'a pas reculé devant une situation belliqueuse. Ses utilités ont endossé l'uniforme assez problématique des soldats du duc de Vendôme et se sont armées du fusil à percussion, tout comme je le ferai demain pour aller monter ma garde à l'Hôtel-de- Ville, dans je ne sais plus quelle compagnie de je ne sais quel bataillon. Tant il y a que Ribes figure le sergent Taillefer, et que M"^ Guichard représente le jeune Guillery, trompette dans l'armée du duc de Vendôme. M'"^ Guichard a un costume assez gracieux, sauf ses pantalons, qui affectent la forme du tournevis. On peut trouver aussi qu'elle a choisi un singulier emplacement pour sa trompette. Du reste, elle porte le costume d'homme avec beaucoup de grâce et d'aisance. Guillery le trompette se trouve, par je ne sais quel hasard, commander un détachement. Le détachement n'est pas content. Le sergent Taillefer, entre autres, exprime son mécontentement avec vivacité. Il a raison, le pauvre homme ! il a faim et soif, et rien à boire, rien à manger. Telle est la vieille Espagne. Guillery le trompette, par sa gaieté et ses chansons à boire, ranime ses compagnons découragés. Ils partent. Pour-

quoi? Parce qu il le fallait pour faire la pièce. Aussitôt apparaissent dans les horizons du décor de Joanita M"*^ Rouvroy et Carré, Zina, la Rosine du Barbier, Fabrice, TAlrnaviva du même Barbier, toujours de Séville. Et, comme vous le verrez plus tard, avec de la bonne volonté, il serait peut-être possible de trouver quelque sujet de ressemblance entre Guillery le trompette et Figaro le barbier.

La bachelette s'est enfuie avec le bachelier de chez son oncle, tuteur et prétendant. Rien n'aiguise l'appétit comme une course matinale; aussi le bachelier et la bachelette éprouvent le besoin de déjeuner. En gens de précaution, ils se sont munis de provisions, et les voilà qui se mettent à dépecer un poulet sans safran, ce qui n'est pas couleur locale, mais ce qui est inlhiiment meilleur. Tandis qu'ils s'acquittent de ce soin avec une ardeur qui fait le plus grand honneur à leur estomac, surviennent les Français, toujours conduits par le trompette Guillery. Le détachement tout entier prend sa part du poulet, après avoir remercié le bacheUer et la bachelette de leur hospitahté, qui n'était qu'une prudente soumission à Ja loi du plus fort. Le bacheher et la bachelette prennent les comphments avec la modestie qui convient au vrai mérite. Les Français s'en vont, AJ"^ Rouvroy et Carré s'en vont de leur côté, mais non sans que Carré ait pris soin de prévenir le public que, pour tromper les poursuites de l'oncle et tuteur, il va laisser la mantiUe de Zina sur le bord du précipice, ce qui signifiera qu elle s'est précipitée au fond du torrent. Zina se résout au sacrifice de sa mantille, ce qui est dommage, car elle est vraiment fort belle. — Mais, dit la bachelette, si je meurs, mon oncle héritera.

— Faites un testament en ma faveur, reprend le bachelier. — Je trouve ce procédé incongru. Il n'en obtient pas moins l'approbation de Tamourcuse Zina, qui part pour aller formuler et chercher un asile chez la tante de Fabrice. Dès que les deux amants sont rentrés dans la couUsse de droite, le corr('>gidor et sa compagnie sortent de la coulisse de gauche. On aperçoit la mantille de Zina; plus de doute, elle est morte. Grande joie de la dame de compagnie, qui veut se faire épouser. L'oncle se hvre aux liesses de l'héritage, en oncle gredin qu'il est. Le coquin de neveu est proverbial, c'est le coquin d'oncle qui devrait l'être.

L'arrivée des Français nous sèvre de la fangeuse société de cet oncle gredin. La maraude a réussi. Tout un convoi de mulets a été arrêté. Que trouve-t-on dans les caisses? Un attirail de magicien ambulant. Guillery engage ses compagnons à se déguiser en charlatans et à pénétrer, sous ce costume, dans la ville d'Aguilar qui appartient à l'ennemi. Le corrégidor, qui n'est autre que l'oncle gredin, veut les faire brûler; mais il leur accordera la vie à la condition qu'ils ressusciteront Zina, dont Fabrice a exhibé le testament. Comme on le conçoit, les Français sont délivrés. Fabrice épouse Zina, et le corrégidor va convoler en je ne sais quel quantième de noce avec sa dame de compagnie.

11 y a beaucoup de choses à dire sur le libretto, sur ce triple et monotone retour des Français au premier acte, par exemple; mais dans un opéra-comique, on ne compte pas les détails de facture.

M. Sarmiento est un compositeur de l'école de Rossini. Peut -être suit-il un peu trop servilement les traces du maître. Du reste, chez un jeune homme, l'imita-

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tion n'est pas un d''faut; elle accuse une nndestie, une défiance, qui sont le partag-e du vrai talent quand il ne se sent pas encore un chef-d'œuvre sous les doigts. L'ouverture, entre autres, procMe du fameux crescendo de Rossini. Le finale du deuxième acte ressemble aussi par trop à certain morceau bien connu du Philtre. Mais ces défauts sont, avant tout, ceux de l'école italienne. Du reste, il y a de très-jolies choses dans cette pièce : les couplets de M''-'^ Guichard, au premier acte, et le duo de M"'= Rouvroy et de Carré,, au second acte. La ballade de M"« Rouvroy, au premier acte, est froide, mais écrite d'un bon style. Ce qui manque à M. Sarmiento, c'est une originalité qui ne lui eût pas fait défaut s'il s'en était tenu à ses premières inspirations, au lieu de se défier outre mesure de lui-même en présence des sévérités de la musique française,

M"*^ Guichard avait un rôle presque nul comme chant. Du reste, les auteurs font bien d'utiliser avant tout son talent de comédienne, car elle manque un peu de force dans la voix. Elle a parfaitement porté l'uniforme du trompette et le crispin du charlatan.

A M"*" Rouvroy incombait le succès musical de Giu'llery. M. Sarmiento avait compté sur elle, et le talent de la brillante cantatrice ne lui a point fait défaut. Dans la Pie voleuse, M"'^ Rouvroy avait montré qu'elle savait comprendre Rossini : celle qui avait si bien su interpréter le maître a mis à la disposition de l'élève toutes les ressources de sa riche vocahsation. Jamais peut-être elle n'avait déployé un luxe aussi éclatant de trilles, de points d'orgue et d'arpèges. Séduit par cette voix sympathique qui sait remuer toutes les fibres de l'àme et faire jouer tour à tour avec un art

Mil

adiuirable les cordes du seiitiinent, de la joie, de la doLileiu' et de l'ivresse, tasciné par la magie de cette puissante organisation musicale, le public a applaudi avec enthousiasme et le compositeur et sa ravissante interprète. M"« Rouvroy n'a pas reculé devant les diflicultés de l'orchestration de M. Sarmiento ; elle a attaqué résolument ce que certaines parties semblaient avoir d'impossible, et de cette gynmastique exagérée à travers les élévations et les chromatiques , elle s'est tirée à son honneur et à sa gloire. La ballade et le duo avec Carré, dont la composition tant soit peu diabolique exigeait une exécution pénible, ont été enlevés par M"*" Rouvroy avec une verve et un entrain qui ont largement contribué au succès de la pièce.

M™« Vadé, la dame de compagnie, a joué ce rôle avec ce remarquable talent de comédienne qui en fait une ' des plus précieuses et des plus utiles pensionnaires du Théâtre-Lyrique. Elle est la seule qui possède la vraie tradition du genre bouffe, et elle a voulu oublier que ma Tante Aurore était son triomphe pour en chercher un second dans Guillery le trompette.

Grignon a pu sauver le rôle du corrégidor des vulgarités de l'usage. Il a su être d'une bonhomie un peu originale et quelque peu caustique en ses naïvetés.

Carré a toujours ce bel organe dont nous avons fait l'éloge à propos de Si j'étais roi.

Mais le plus remarquable de tous les acteurs, dans la circonstance, est sans contredit Ribes. Il a enlin trouvé le rôle qu'il lui fallait. Le grognement lui va bien; et serpent ou magicien, il est d'un effroyable réalisme.

Cornélius Holtf.

— 18 décembre. —

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