‹ Mystères des théâtres, 1852Chapitre 29 sur 93 · C. de V · texte numérisé non relu

C. de V

GYMNASE

Vy SERVICE A BLANCHARD,

Vaudeville eu un acte, par MM. Moreau et Delacour.

Si j'ai qui-lquel'ois envié le sort des avoués, c'est pour avoir, moi aussi, mon premier clerc. Un premier clerc est comme un aide de camp. Mais, hélas ! toute médaille a son revers , et si le premier clerc a bien des agréments, il a bien des inconvénients. Règle générale : le premier clerc fait la cour à madame ou à mademoiselle; car, dans beaucoup de familles, le cœur de la mère est l'antichambre du cœur de la fille, le purgatoire de ce paradis qu'on appelle la dot, mot rude à prononcer, mais plein de douceur dans la pratique. L'amour de Paul, le premier clerc de ^L Blanchard, i>our la femme du patron est beaucoup plus désintéressé et beaucoup moins réaliste; ni plus ni moins que dans une romance, il n'aspire qu'au bonheur d'élre heureux. Il est encore des gens qui parlent et qui pensent

ainsi. Je n'entreprendrai pas de vous raconter ce quatre cent soixante-quinze millième acte de la comédie conjugale. L adultère mis en relief par MM. Moreau et Delacour, cela n'est pas bien nouveau ; mais Ton rit de bon cœur aux scènes de jalousie au repoussoir qui décorent cette petite pièce. — M. Paul est renvoyé de 1 etude. — Décidément, la morale est de plus en plus à la mode au théâtre. — Voilà maintenant que le moindre péché véniel ne reste plus impuni.

Cornélius HolEf.

PALAIS-ROVAL.

Dans deux ans, nous ou nos héritiers voudrons bien rendre compte de ce qui se passe par là.

Cornélius Holfl.

24 avril.—

THEATRE-FRANÇAIS

LE BONHOMME JADIS, Comédie en un acte et en prose, par M. Henry Murger.

Nous sommes heureux d'être les premiers à applaudir le Bonhomme Jadis.

Fraîches amours au cinquième étage, de toit à toit! Fenêtres à qui le soleil donne son premier baiser, enfants de vingt ans qui s'ouvrent à la jeunesse! Les sourires qui voisinent, les cœurs qui se donnent la main.

au travers la rue, tout ha?,, sans se l'avouer, sans le croire ! Innocentes et saintes pudeurs qui nichez dans la mansarde, — dit-on, — c'est vous que M. Murger a chantées !

Le bonhomme Jadis! ainsi il se nomme. Le bonhomme Jadis! il est vieux; mais la vieillesse n'a pas sonné le couvre-feu de sa gaieté. Il est de ces vieillards de vieille roehe qui ne vieillissent point; il est allègre, il est épanoui, il est content. Il ne boude ni la jeunesse ni le soleil : il sourit à l'amour des jeunes, comme un homme qui relirait dans un beau livre le premier chapitre de sa vie. Que les violons chantent tradéridéra, ses jambes et lui se souviendront j, ses jambes et lui voudront danser ! A table ! à table ! et que le verre du bonhomme Jadis trinque à toutes les aurores, à tous les aujourd'hui, trinque à l'éveil des cœurs! — Octave est le voisin de M. Jadis. Jacqueline est la voisine de M. Jadis. Entre .'\I. Octave et M"'' Jacqueline, il y a ce que vous savez : vingt ans d'un côté, quinze ans de l'autre. Mais M. Octave est une demoiselle : Je n'ai pas de maîtresse, monsieur. — Et Jadis de lui dire : Vous en êtes bien sûr? Pour M"" Jacqueline, elle a le cœur bon garçon ; mon Dieu ! elle a, pour serrer les bouquets que jette M. Octave dans sa chambre, un bien joli herbier à gauche, près de sa ceinture, dans sa petite robe rose; mais ce M. Octave! ce M. Octave! — Heureusement que le bonhomme Jadis est là, qu'il se fait le recruteur delà conscription de l'amuur, le courtier de deux amours qui chuchotent en dedans et n'osent se parler, le proxénète — moral — de ces deux virginités; heureusement qu'il vous les fait s'aimer et promptement, et se le dire et franchement; heureusement qu'il les

invite lun et l'autre, qu'il fait attabler ces deux printemps à la fête de ses soixante ans, qu'il tire les cartes à leur amour, et quMl leur dit : Il retourne cœur! Heureusement que le bonhomme a un tas de gros sous qui font des louis, un tas de gros sous ramassés au grand soleil du travail, et qu'il donne cela au petit ménage; heureusement qu'il fait Octave jaloux pour le faire hardi, et qu'il le fait hardi pour le faire heureux! — Ce père Jadis est le Vieillard des Bonnes gens!

La petite comédie de M. Murger est très-jolie et trèscharmante et très-bien finie. Taillée dans un patron de Musset, elle est vive, leste, pimpante d'allures ; elle marche, jupe retroussée, tout égayée de la verdissante vieillesse de Provost. Nous reprocherons à la pièce certaines longueurs, la tirade de l'argent, par exemple; mais les mots sont heureux, peut-être moins heureux que dans la Vie de Bohême. Un des meilleurs, — si ce n'est le meilleur, — est celui d'Octave se trompant et prenant pour boire le verre de Jadis. — Mais, jeune homme ! dit Jadis. — Pardon, je croyais que c'était celui de mademoiselle. La pièce a été, disons-le, très-bien acceptée. M. Murger nous disait craindre pour le tempérament des Français le décor et les personnages de sa mansarde. 11 peut se rassurer. L'originalité de cette nouvelle Mimi, originalité un peu mélangée d'eau cette fois-ci, n'a trouvé le public ni froid ni étonné. M"*" Jacqueline est entrée sous les traits de M"* Fix, et personne n'a songé à lui demander d'où elle venait, où elle allait, qui elle était, et nul ne s'est voilé la face à voir entrer au théâtre de la rue Ilichelieu un peu de la vie réelle dans la comécUe.

Provost a fait heaucouf) pour la pièce. C'était justice.

La pièce avait t)eaucoup fait pour lui. Son habit vert lui va tn^-s-bien, et sa gaieté aussi.

£t maintenant à quand les Buveurs d'eau?

* Edmond et Jules de Concourt.

ODEON

l'.\ MARI l'occasion.

Comédie en un acte et en prose, par M. Hippolyte Lucas.

On achète une pendule, des meubles, une voiture, mille choses d'o<.oasion : pourquoi ne prendrait-on pas un mari d'occasion? Eii! mais, est-ce que tous les mariages,— mariages d'amour et mariages de convenance, — ne sont point des affan-es d'occasion? Est-ce que le hasard ne tient pas une large part dans notre existence, si même il ne l'occupe point tout entière? Si, certain jour qui fera époque dans ma vie, un cheval ne s'était point abattu, je n'aurais pas connu Louisa : un cheval qui s'abat, quoi de plus chanceux? une pierre, une flaque d'eau, un faux pas, cela peut arriver aux meilleures jambes comme aux meilleurs yeux. — Un mariage d'amour, mais c'est une rencontre au musée ou au bois, une place à table, une contredanse, un visà-vis dans un bal. — Un mariage de convenance : quelques mille hvres de rente de plus ou de moins, un caprice d'entremetteuse. Le hasard! le hasard! Il y a longtemps que l'on a dit que le mariage était une loterie, et qu'est-ce une loterie? Le hasard élevé à la puissance distributive. Et qu'est-ce le gain d'une loterie, si ce n'est une a flaire d'occasion ! le hasard ! le hasard!

Etjp répétais encore le hasard^ lorsque la toile se leva.... .l'étais bien bon de réfléchir d'aussi belles réflexions ; j'aurais dû médire que j'étais à rOdéon, et que j'allais assister à une comédie, quelque chos^ d'aussi béte, mais de moins amusant qu'un vaudeville.

Je croyais que le mylord n'existait (ju'au boulevard; le climat de l'Odéon est tel que toute vie s'y éteint. M. Hippolyte Lucas a essayé d'y importer cette plante exotique, il est probable que, comme tant d'autres, elle mourra au milieu du vide de la caisse. Qui ne tonnait la nécessité de l'azote? — L'azote, c'est le mythe de l'arprent. — Anna a promis à son oncle de se marier, car mylord l'oncle désire des neveux. L'oncle voyage, et le jour où Anna lui a écrit qu'elle allait signer le contrat, voilà qu'elle s'est brouillée avec son amant. — Mon oncle revient aujourd'hui, qu'est-ce qu'il va dire en apprenant que je ne suis pas mariée? — Je ne sais pas trop comment les choses se passeraient si M. Hippolyte Lucas n'était pas un homme inventif. En toutes choses, il n'y a que le premier moment à passer. La colère de l'oncle est comme toutes choses. Arabelle, la camériste d'Anna, possède un prétendu, Williams Patterson : Anna présentera Williams comme un mari, et remettra au lendemain à expliquer à son oncle pourquoi et comment elle est encore fille. — Ah! mon oncle! que je suis heureuse de vous revoir! voilà mon mari. — Peste ! quel gaillard ! et me ferez-vous bientôt des pe tits-neveux? — Anna rougit; — Williams verdit; — Arabelle pâlit. — Le soleil est couché, faites comme lui. — Cric ! crac ! Anna et Williams sont enfermés sous la même clef; qui est-ce qui est attra[)é? C'est Arabelle. L'oncle se frotte les mains! Mais l'ex-prctendu d'Anna

vient SOUS sa fenêtre, soupire une romance et obtient un pardon. Anna, qui s'ennuie avec Williams, passe par la fenêtre. Voilà les deux amoureux qui se promènent bras dessus bras dessous. — Ciel ! dit Tonclc, ma nièce! déjà! 0 abomination de Fimpudicité! — Et l'oncle veut se battre avec le séducteur. Mais tout s'explique, Arabelle reprend possession de Williams en faisant la même réflexion qu'Elisabeth de Hongrie, dans le roman de ]\1. de Montalembert. — Et tout nous donne droit d'espérer que mylord l'oncle aura un grand nombre de petits-neveux !

M"" Jeanne-Anaïs, que nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion d'applaudir, s'est montrée avec une véritable supériorité dans le rôle assez difficile d' Arabelle.

l'exil de MACHLIVEL, Drame en trois actes et en vers, par M. Léon Guillard.

Outrage à la raison, outrage à l'histoire : voilà ce qu'est cette pièce.

Que l'on fasse de mauvais vers, c'est pardonnable ; — mais que l'on ose parler de ce qu'on ne connaît pas, c'est par trop fort.

Nous n'avons pas le courage de prendre au sérieux cette comédie de littérature et de morale. Nous avons l'habitude de laisser couler, sans mot dire, le torrent des absurdités, bien persuadé que le temps fait justice des alluvions de la déclamation.

Quand on veut comprendre Machiavel, il faut reconstruire son siècle et son entourage. Je ne crois pas que M. Guillard ait lu Machiavel, et je crois qu'il ne

connaît pas son seizième siècle, autrement il n'eût pas commis cette bourgeoise platitude où Machiavel est figuré tel qu'il pourrait l'être dans une homélie de sous-préfecture.

Cornélius Holff.

GAITE

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