THEATRE-NATIONAL
NAPOLÉON A SCIKENBRUN ET A SAINTE-HÉLÈNE, Par M. Dupeuty.
Le directeur du Cirque s'est plaint de la vivacité de nos attaques, à propos d'une appréciation de la pièce de M. Latour de Saint-Ybars, pièce déjà enterrée. Il devrait plutôt nous remercier, si notre critique a eu quelque prise sur lui, de l' avoir renvoyé aux vraies pièces du Cirque, à l'Empire, à la poudre, à l'épopée des invalides, à tout ce qui a fait la fortune de son théâtre, à tout ce qui peut la faire encore.
Au reste, nous le savons, l'allure de notre critique déroute assez MM. les directeurs, habitués, à ce qu'il paraît, à trouver des raisons aux opinions. Ils sont fort intrigués de nous trouver amis ou ennemis, selon les pièces qu'ils donnent. Nous leur dirons notre secret : nous n'avons guère de parti pris, et nous tâchons d'avoir un peu de conscience, — un bien petit, comme dirait Marot.
Que M. le directeur du Cirque nous donne des apothéoses un peu moins étriquées, qu'il nous donne des armées françaises un peu moins espagnoles, — plus d'état-major que de troupes, — et nous applaudirons à l'entrain de son Hubert, — M. Pastelotj à la dignité de
son Frédt'^ric, — M. Benjamin; nous applaudirons Joséphine par-dessus le marchi'' ; nous applaudirons surtout, et des deux mains, et tant qu'il voudra, Gobert. Dans ces deux grandes patres détachées de la vie de TEmpereur, dans cette antithétique mise en scène de la grandeur et de la chute, Gobert a porté tout le temps, sans plier, le faix du grand souvenir ; il a endossé en grand artiste la redingote grise et la robe de chambre nankin ; il a été le x»ersonnage traditionnel ; il a rendu en comédien consommé les brusqueries et les abruptes transitions de voix, les mains derrière le dos, le pas puissant, l'énergie brève, les émotions broyées, les jeux de physionomie, les allures, les attitudes, les tics, toute la mimique impériale. La tète qu'il se fait pour venir mourir est saisissante, et lorsqu'il est sur le Ut, et qu'il essaie d'étendre sur lui son manteau de Wagram, et qu'il crispe, à le tirer, ses mains moribondes, et que ses bras vaguent dans le
xiàe; — c'est beau, c'est effrayant! — Nos deux
grands comédiens historiques seraient-Ds, à l'heure qu'il est, Gellroy et Gobert?
Edmond et Jules de Concourt.
VARIÉTÉS
LES TRIBULATIONS Ii'UNE ACTRICE, Pochade en un acte, par M. Michel Carré.
Pourquoi ne pas avoir conservé à cette drôlerie le titre assez piquant de Tribulations Je Buisgonthier? Qui est-ce qui a reculé au dernier moment? Est-ce l'auteur, le directeur, ou Boisgonthier ? Les suppositions
les plus étranges ont été faites sur les transformations que Taftiche avait dû sul)ir ; les explications les plus excentriques ont été tour à tour données ou rendues. Nous ne vous redirons ni tout ce que nous avons entendu, ni tout ce que nous savons... les lazzis de la fouie et le bruissement des couloirs. Il n'y a pas longtemps que nous avions vu au Palais -Royal Grassot embêté par Ravel; il nous semblait que nous pouvions bien voir s'épanouir sur une affiche le nom de la charmante Boisgonthier. Quelles que soient les susceptibilités qui nous ont valu cette correction, nous les déplorons; cela nous rappelle M"^ Déjazet ne voulant pas permettre à un de nos amis d'intituler une iiièce-revue : Déjazet aiuv enfers. — (M[ le bégueulisme va-t-il se nicher?
Les Tribulations d'une actrice! et vous croyez à quelque ragoût fortement épicé ! Erreur! Le cuisinier, c'est M. .Michel Carré. M"'' Hoisgonthier a quitté la scène, et ses camarades emploient mille ruses pour la contraindre à remonter sur le théâtre de ses exploits et de ses triomphes. Nous savons quelqu'un qui serait plus désappointé que les camarades de M"'' Boisgonthier si la séduisante actrice voulait aller se cacher dans la retraite. — Serait-ce M'^« Bertin? Non. Toute jolie qu'elle est, elle doit craindre des rivales. — Ce quelqu'un, c'est le public; ce sont les 1,210 admirateurs qui, chaque soir, viennent se pâmer aux lascives i)étulances de cette folle et caiiricieuse gaieté.
Cornélius Holtr.
VAUDEVILLE