LUISA MILLER
Opéra en trois actes, paroles de M. Caminaraiio, musique de Gabriel Verdi.
Teniez -VOUS précisément à savoir de qui était le poëme? — Non. — Je le conçois. M. Cammarano pourrait en faire cent mille comme celui-là que nul ne songerait à Ten louer ni à l'en blâmer. On n'a pas encore bien précisé la dose de stupidité nécessaire à la confection d'un opéra, et je le comprends. Dans un opéra, la chose la plus indiiférente est ce tissu d'absurdités appelé improprement le poëme. Personne n'ayant jamais entendu les paroles d'un opéra, peu importe qu'elles soient de MM. Scribe et Bavard ou d'un poëte. J'avais entendu, à Milan, la dernière œuvre de Verdi, et je m'étais peu préoccupé des paroles. J'ignorais complètement si Luisa Miller était une princesse d'Allemagne ou une servante d'auberge. Tout ce que je savais du poëme, — je dis poëme parce que l'usage le veut ainsi, — c'est qu'il avait paru tellement colossal à un jeune poëte français chargé de le traduire en langage vulgaire et français pour les besoins de M. Roqueplan, qu'il avait renoncé avec joie à ce travail aussi lucratif qu'abrutissant. Sans l'opinion émise par ce même Français littérateur et poëte avec une vivacité bien excusable et un désintéressement également honorable, je n'aurais jamais jeté les yeux sur le programme que
radmiiiistration fournit à son puMic, satire outrageante et de Topera en lui-nièni(! et de rignorance de l'aristocratie française à l'endroit de la linguistique en particulier, et de.tout en général. C'est, du reste, grâce à cette circonstance que je me trouve aujourd'hui en état de vous rendre compte de Luisa Miller avec une conscience qui pourrait caractériser mes moindres écrits. Permettez-moi de suivre pas à pas cette analyse écrite en un style inexprimablement cocasse par lui monsieur que je ne connais pas, et qui a cru devoir garder l'anonyme.