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vais conducteurs de rélectricilc, elles n'auront rien à redouter de la foudre, et sûres désormais d'ôtre à l'abri du danger, la confiance et la tranquillité renaîtront dans leur âme timorée.
Avant de fermer ce dernier article, nous mettrons sous les yeux du lecteur plusieurs faits prodigieux, marqués par le passage de la foudre sur la terre ; et si les observations consignées dans les articles sommeil, magnétisme, électrosympathisme ont fait naître, dans son esprit, le doute à côté de Tétonnement, les citations suivantes lui sembleront non moins curieuses et tout aussi inexplicables.
On lit dans la Physique de M. Pouillet : « Le 11 juillet 1819, jour de dimanche, M. Salomé, curé de Moutiers et commissaire épiscopal, alla à Châteauneuf pour y installer un nouveau recteur. Vers les dix heures et demie, on se rendit en procession de la maison curiale à l'église. Le temps était beau ; seulement on
remarquait quelques gros nuages pesant sur l'horizon. La messe fut commencée par le nouveau recteur.
Un jeune homme de dix-huil ans qui avait accompagné le curé de Moutiers, chantait l'épître, lorsqu'on entendit, coup sur coup, trois détonations de tonnerre. Le missel lui fut enlevé des mains et mis en pièces; il se senlit luimôme serré étroitement au corps par la flamme électrique qui le prit au cou. Alors, ce jeune homme qui avait d'abord jeté de grands cris eut tout à coup la bouche fermée ; il fut renversé, roulé sur les personnes rassemblées dans l'église et jeté avec elles hors la porte. Revenu à lui, sa première pensée le ramena dans l'église, où il trouva le curé de Moutiers sans connaissance et presque asphyxié. Aidé de quelques personnes légèrement blessées, ce brave jeune homme s'empressa de lui prodiguer des secours. On releva le pauvre curé, on éteignit le feu qui avait pris à son surplis, et au moyen desoins
sagement administrés, on le rappelai à la vie, deux heures après son évanouissemenl.
Dans la môme église, un enfant fut violemment arraché des bras de sa mère et jeté à six pas d'elle, tout le monde eut les jambes comme paralysées; les femmes pâles, échevelées, essayant de s'enfuir au milieu d'une fumée noire et épaisse, offraient un spectacle affreux.
Huit personnes restèrent sur le carreau ; une fille de dixneufans, transportée chez elle sans connaissance, expira le lendemain, en proie à des douleurs atroces. Le nombre des morts s'éleva à neuf, celui des blessés à quatre-vingt deux.
La foudre n'atteignit point le prêtre célébrant, sans doute parce qu'il portait une étole de soie.
Tous les chiens qui se trouvaient dans l'église furent trouvés morts dans l'attitude qu'ils avaient avant l'accident.
Il paraît que la foudre frappa d'abord la croix du clocher qu'on trouva enfoncée dans la fente
d'un rocher voisin. Elle pénétra ensuite dans l'église par une brèche qu'elle fît à la voûte, tout proche du trou par où passe la corde d'une cloche. La chaire fut écrasée ; on trouva dans le fond de l'église une excavation d'un demi-mètre de diamètre^ prolongée sous les fondements du mur d'enceinte, jusqu'au niveau de la rue.
Par une journée d'orage, une noce bourgeoise avait réuni ses nombreux invités dans une de ces hôtelleries que Ton rencontre hors des barrières de la capitale, et sur la façade desquelles, en lettres d'un demi mètre de longueur, on lit : noces et festins. Trois longues tables étaient dressées au milieu de trois salons s'ouvrant à la file les uns des autres. Les convives buvaient à la santé des nouveaux mariés, lorsque tout à coup la foudre, suivie d'un affreux coup de tonnerre, tomba dans le premier salon, parcourut la longueur de la table, pénétra dans le deuxième, puis dans le troisième, et sortit en perçant le mur
extérieur. Tous les gens de la noce restèrent immobiles sur leurs sièges, pâles et frappés de stupeur. Quatre personnes furent tuées, celles qui se trouvaient aux deux extrémités de la première table; plusieurs reçurent des blessures et des contusions, provenant des éclats de vaisselle, les autres en furent quittes pour se ressentir plus ou moins de la forte commotion électrique, sans avoir à déplorer d'autre malheur. Yoici le relevé des dégâts causés par la foudre que l'hôtellier fit graver sur une tablette et encadrer, pour être lu de tous les curieux qui se présenteraient chez lui.
Dans le premier salon , les couverts d'argent et la vaisselle plate disposée au milieu de la table, direction qu'avait suivie la foudre, furent fondus et réunis en un seul lingot; les mets que contenaient les plats n'éprouvèrent aucun dommage et restèrent en entier sur la nappe.
Une étrange confusion eut lieu dans le deuxième salon ; les plats volèrent en éclats de
tous côtés; tout fut brisé, morcelé, haché. Les bouteilles de Champagne détonnèrent; imitant un feu roulant de mousqueterie ; les mets , sauces, confitures furent chassés avec violence à la face des convives et les aveuglèrent: des quartiers de volaille, des pièces de gibier, des pâtisseries de toutes sortes, tombèrent sur eux comme une grêle épaisse et les meurtrirent. L'un d'eux fut coiffé jusqu'au dessous des yeux d'un immense pâté, qui lui arriva en bombe, et eut toutes les peines du monde à se débarrasser de cet incommode turban. Une autre failHt être assommé par un énorme dindon truffé qui le frappa dans le milieu de la poitrine , le renversa de sa chaise et le laissa étourdi sur le carreau; Les autres eurent moins à souffrir des ditïcrents projectiles sortis des ateliers culinaires. Le premier moment de frayeur passé ^ quelques-uns des plus hardis se mirent à rire de Taccident. En effet; ce dut être une scène assez comique que de voir cinquante personnes , hommes et
femmes, en hahils de fête, mouchetées de sauces de toutes couleurs, poudrées de crème et de gelées, arrosées de vin , se regardant effrayées , au milieu de cette confusion de mets bouleversés, amalgamés. Une joie générale succéda bientôt à la consternation, tout le monde voulut rire et plaisanter, à l'exception toutefois de celui qui avait reçu, comme un boulet, le dindon truffé dans la poitrine.
Sans être aussi ébouriffant , le désordre qui eut lieu dans le troisième salon ne fut pas moins surprenant par son originalité. La foudre ne sillonna point le dessus de la table, comme dans les deux autres salles, cette fois elle passa par dessous, enleva les clous de toutes les bottes, déchaussa les personnes qui portaient des soulierS; et les jarretières des dames tombèrent sur le sol, les agraffes ayant été fondues ; plusieurs eurent les bas arrachés à moitié, dans le sens de récorchement ; quelques-unes se ressentirent longtemps d'un engourdissement dans les jam-
bes. tEnfin , avant de sortir de l'hôtellerie, en perçant un mur de, trois pieds d'épaisseur, la foudre étrangla deux pauvres chiens, attirés par les parfums de la noce.
Le propriétaire d'un bosquet de chênes-lièges étant un soir venu s'assurer si ses arbres pouvaient être écorcés , remit cette opération au lendemain. La nuit fut orageuse : le propriétaire, épais dormeur, ronfla jusqu'au matin; alors il se leva tranquillement et partit avec des ouvriers qu'il avait retenus la veille. Arrivé sur les lieux, quelle fut sa surprise!... la besogne était faite ! Ses arbres, à l'exception de quelquesuns, montraient leur aubier dénudé , et les lièges, adroitement enlevés, gisaient à terredans un ordre symétrique. Il regarda, tout étonné , ses ouvriers , et les ouvriers aussi le regardèrent ; quelques-uns môme commençaient à murmurer, lorsqu'un bûcheron vint leur apprendre que la foudre était tombée plusieurs fois sur le bos-
quel , pendant la nuit, et que de la chaumière , il avait entendu des craquements terribles, semblables au bruit de cent arbres qu'on déchire. Le propriétaire; déjà sur le point de croire à l'influence de la sorcellerie , se rendit à cette explication , et employa les ouvriers à réunir les lièges en liasses prêtes à être enlevée.
On raconte qu'un baron allemand, attaqué de la manie des bêtes, avait fait construire une volière aussi grande qu'une maison. Aigles, vautours, milans, griffons et autres oiseaux carnassiers; perroquets, perruches, pies, geais, corbeaux et tout ce qu'il y a de plus criard dans la famille ailée, s'y trouvaient enfermés. Autour de la volière , un grand nombre de loges et chenils retenaient caplifs des oursons , des loups, des renards, des phiens de toute espèce, depuis le dogue, boule-di>gue jusqu'au carlin et roquet. C'était toute la jdurnée des hurlements des aboiements, des cris, un ramage insuppor-
table, un bruit à faire saigner les oreilles, a rompre la tôte. Si Ton ajoute à cela le claquement des fouels d'une escouade de piqueurs, les sons déchirants d'une immense trompe qu'embouchait, cinq à six fois le jour, un énorme valet, soufflant à se fendre les poumons, on aura une faible idée de la puissante harmonie qui rayonnait de la maison de l'honorable baron. Plusieurs fois les voisins s'étaient plaints à l'autorité , la suppliant de faire cesser cet étourdissant vacarme: mais ils n'avaient pu rien obtenir, et l'opiniâtre baron, fort de ce que sa ménagerie se trouvait située à l'extrémité de la ville, montrait à ses voisins des dents, non aussi blanches que celles de ses carnassiers, mais tout aussi longues, tout aussi aiguës. Le fluide électrique se chargea de rendre aux piteux voisins le repos, objet de leurs vaines réclamations. — Un après-midi, la foudre tomba sur la volière, fondit trois à quatre mètres de la toile métallique qui lui servait de couverture, et de là, suivant
la ligne des chenils, aux portes desquels dormaient couchées les bêtes fauves, brisa leurs chaînes, sans leur faire aucun mal. Alors les oiseaux s'envolèrent, les oursons, loups, renards, chiens sauvages s'élancèrent par dessus les haies et gagnèrent la forêt prochaine. Le baron, suivi de ses gens, arriva pendant ce sauve qui peut général, et, en voulant s'opposer à la fuite des retardataires, lui et ses valets reçurent de profonds coups de dents, sans même pouvoir retenir un seul fuyard. Tout s'envola, s'échappa! Il ne resta dans la ménagerie que le baron furieux et mordu, au milieu de ses gens également couverts de morsures, et quelques chiens roquets. — Ainsi furent délivrés de ce voisinage incommode les paisibles bourgeois de la petite ville d'Allemagne.
Un petit propriétaire de province, dont le défaut n'était pas d'être prodigue , vêtu à neuf d'un habit- veste et d'un pantalon de Nankin, revenait paisiblement, la canne à la main, de
visiter ses champs, lorsque les premières gouttes d'un orage le surprirent en chemin Ce qui l'inquiétait le plus, en cette fâcheuse occurrence, était son chapeau de soie, sorti , le matin même, des étagères du chapelier. Son beau chapeau neuf! le troisième quMl achetait depuis vingt ans!... Aussi avait-il commencé par l'envelopper scrupuleusement de son mouchoir, et le tenait-il, en outre, sous le bras, de peur que la pluie n'endommageât son lustre et ne ternît ses reflets chatoyants. Il préférait se laisser mouiller le chef, l'économe rentier ; d'ailleurs, l'eau ne pouvant pénétrer l'épaisseur de ses cheveux gras, devait couler comme sur une toile cirée.
Il hâtait le pas , afin d'éviter l'averse que lui préparait un gros nuage noir, poussé par le vent tout justement dans sa direction. Déjà les larges gouttes d'eau se multipliaient, le maudit nuage le gagnait -, bientôt l'averse l'atteignit. Ce n'était rien que d'être trempé ; mais son beau chapeau
miroitant! .. Pendant qu'il le cachait sousla basque raccourcie^de son habit- veste, réclair fendit lanueavec un affreux craquement, et le pauvre bourgeois tomba à la renverse. Heureusement pour son individu qu'il n'y eut, dans cette chute, que son chapeau d'écrasé; la pomme d'argent de sa canne avait aussi disparu. Après quelques minutes, lorsqu'il se releva tout étourdi, efirayé jusqu'à la moelle, son habit et son pantalon se détachèrent par pièces et morceaux-, la foudre en avait décousu toutes les coutures aussi minutieusement qu'aurait pu le faire un portier-tailleur de la capitale, s'il se fût agi de les retourner. Le bienheureux homme, né coifTé sans
doute, reprit piteusement sa canne dégarnie de pomme; puis, avec un serrement de cœur, releva son chapeau devenu claque , et dont il chercha en vain à redresser les enfoncements; ensuite, il ramassa un à un les lambeaux de ses vêtements, et force lui fut de regagner le logis en chemise.
On trouve consigné dans ia chronique des horticulteurs de Fontainebleau, le fait suivant :
Deux maîtres jardiniers, voisins et amis d'enfance, assis à table en face Tun de l'autre , occupaient les loisirs du dimanche à vider gaîment quelques verres de vin, en causant de leurs alfaires.
— Le soleil est bien chaud pour la saison, disait l'un ; en octobre une journée d'été, cela se voit rarement. Tenez, père Pierre, ces nuages que nous avons aperçus ce matin à l'horizon, me font peur 5 ils pourraient bien nous apporter de la grêle. Je crains pour mes chasselas superbes; cette année, ils étaient assez mûrs, j'aurais dû
les cueillir ces jours passés; mais par un temps si beau j'ai voulu les laisser dorer au soleil : la treille est épamprée, je pourrais m'en repentir.
— J'ai aussi une ligne d'espaliers, reprit l'autre, de poires cuisse-madame délicieuses, qui me donnent des inquiétudes ; j'aurais à m'accuser comme vous, compère, car elles devraient
déjà ôtrc cueillies. Mais il faut espérer que ce ne sera que du vent.
— Vous verrez que ce sera de la grêle.
— Je gagerais pour du vent.
— Vous perdriez, père Pierre?
— C'est à savoir.... eh ! que diable, vous n'êtes pas sorcier, père Jérôme?
Un coup de tonnerre interrompit le dialogue. Les nues ne tardèrent pas à crever : une pluie épaisse chassée par le vent de l'orage vint fouetter les vitres d'une croisée donnant sur le jardin; les deux maîtres s'en approchèrent le cœur serré ; en voyant le ciel si noir et Teau qui tombait par torrents :
•—Hélas! mes beaux chasselas, s'écria Tun.
— Hélas ! mes belles cuisse-madame , ajouta l'autre.
Soudain un brillant éclair les contraignit à fermer les yeux ; deux épouvantables coups de tonnerre ébranlèrent la maison jusque dans ses fondements. Un instant ils se crurent morts
Revenus à eux au bout de quelques minutes : -Hem! père Pierre, nous l'avons vu de près, j'espère?
— Oh ! pour sûr le tonnerre est tombé dans le jardin.
— Pourvu qu'il ne soit point tombé sur mes chasselas!...
— Non plus sur mes cuisse-madame .
— Vos cuisse..... toujours vos cuisse-madame; ce mot là est indécent... il sonne mal aux oreilles...
-Vos chasselas,., c'est bien plus bête encore. Chasselas I faites-moi le plaisir de me dire ce
que cela représente? Au moins les cuisse-madame..<
— Vous paraphrasez, père Pierre !
~ Vous alambiquez , père Jérôme !
Une femme entra et mit fin à cet assaut, qui aurait pu mal finir, car on commençait à s'émoustiller.
L'orage passé , les deux amis s'empressèrent d'aller voir au jardin s'ils n'avaient point à déplorer quelques grands dommages.
— O mon Dieu! que vois je, cria maître Jérôme, tous mes chasselas par terre... Puis s'étant approclié, et après avoir ramassé plusieurs grappes :
— C'est étonnant, surprenant!.... La foudre, en un moment, a vendangé les treilles aussi proprement qu'auraient pu le faire trois habiles vendangeurs, en une journée.
— C'est vrai , dit maître Jérôme ébaubi ; on pourra dire que le tonnerre vous a fait profit de trois journées d'ouvrier.
— Allons visiter vos espaliers , maître Pierre; si par hasard le tonnerre vous avait joué le même tour... qui sait?...
Une haie vive était la seule séparation des deux jardins; ils l'enjambèrent.
— Miracle! miracle ! s'écrièrent-ils à la fois ,
en apercevant toutes les madames des espaliers réunies en tas à Tangle d'un vieux mur.
Tout à coup maître Pierre pâlit; un juron
s'échappa de ses lèvres Malheureusement
pour lui, la foudre n'avait respecté que les poires vertes, les bonnes se trouvaient écrasées.
D'après ce qu'on vient de lire, on voit qu'il est des effets de foudre tellement extraordinaires, si prodigieux I qu'on serait tenté de les accuser de contes et de les nier comme impossibles. Et cependant ce sont des faits réels, des faits vus et constatés par une foule de personnes dignes de foi. De môme que la raison humaine n'a pu, jusqu'ici, découvrir la cause de certains phénomènes offerts par le magnétisme et l'éleclrosympathisme, de même aussi, une infinité de phénomènes électriques sont restés inexplicables. Il est à présumer que l'électricité joue un rôle plus étendu sur notre globe, qu'on ne Ta * cru jusqu'à ce jour. Dans la suite, peut-être, un de ces hommes s^^mblables aux Ne>Yton; aux
Kepler, qui ont découvert la loi des graves, un de ces génies qui font la gloire d'un siècle, Tadmiralion et l'orgueil de riiumanité , découvrira-t-il la loi qui régit la matière intelligente.