LE BROUETIER
Pour l'amour du doulz roy de gtoire, Donnez ou denier, ou mallete Au povre enfant de Ja ixroueje.
Mielx ne le povez emploier, Car par m'âme il ne puet ploier Memhre nul qu'il ait, ne estendre.
J'eusse plus chier qu'il fust <xn cendre.
Il n'ot, ne ne voit, ne ne parle, N'a plus meschant de cy en Arle.
Donnez-ly, pour Dieu,crote ou 'mie :
Vous ferez aumosne flourie.
Par cest ame, je dy vérité.
Cy se sié après l'autre.
t/tftROWQUE.
Diex, vostre aide pair charité!,
Je ne sens qu'éngoisse et mcscrrief
Du fons du pté jusquçs au chief.
Hélas , j'ay goûte tniseraigae,
J'ai rifle et rafle, et roigne et taigne,
J'ay fièvre lente et sms podagre,
J'ars trestout dti mal samt Fiacre,
J'ay ou ccrl ïez esmoroides;
Sy ne pufe chier , c'est grant Mdes ;
Je chie souvent du tnal saînt Lcru,
J'ay cors, j'ay le fi!, j'ay le lou,
Je suis roupt, j'ay maise fourcelle,
J'ay la pierre, j*ay la gravelle,
Je suis enflez et ydropique,
Et d'un cosftê paraKtiqufe ;
J'ay Falaine puante et forte ;
Mort, qu'astens-tu ? vien, sy m'emporte :
Je ne me puis plus sousteriïr.
Gy se assié après lez autres.
LE BOÇU.
An Diex, que pourray devenir?
D iex , de quelle heure f u-je né !
Halas, je mris trop inal mené.
Je suis boçu et contrefait : , Le feu saint Frémi pis me fait * Qui m'art tout ; or ay de la.goufte La destre jambe enflé toute.
Le chancre m'a rongîclc mcrfbrc.
384 JLES MIRACLES
Las doulant! quant je me remenbre Du dueil que ma famé en demaine, C'est mal suz mal, peine suz paine.
Et que feray-je, bonne gent ?
J'ay despendu tout mon argent En merdeifines et en mires.
Je croy qu'où monde n'a gent pires, Soit tort, soit droit, hapent, ravissent, Et trestout quant qu'il sont honnissent Lez uns pour oster une espinc, Les autres pour veoir une orine Vourroient le monde essillier.
On ne puet mielx lez gens pi Hier; Lez yeux crevez puissent avoir Ceulx qui ne font bien leur devoir.
Je me doubte plus que de tous Que je ne lez maudisse tous.
Doulx DieXj qui estes le vray mire, Délivrez-moy de cest martire Et me donnez mort ou confort.
Cy se siée après l'autre.
LE FIÉVREUS.
Ha, Nostre-Dame de Monfort !
Je tremble dent à dent ; hareu !
Se j'estoye .1. droit leu gareu Sy ay-jc assez hâve couleur.
An Diex, que je sens de douleur !
Or ay le bout et double quarte, Et sy me semble qu'on me parte
Lez ventraiiles affroiz contraus,
Et qu'on me tranche lez boiaus.
Lez dons me refont enragier ;
Je ne puis boire ne mengier ,
Tant sueflre d'angoisse et de rage:
Je crie comme .1. ours sauvage,
N'endurer ne puis doulcement
Mes maulz qui sont durs durement,
Hé, mère Dieu ! mère de grâce !
Et que puet-ce estre, et que sera-ce
De sez dureces infernales
Qui sont sy dures et sy mal?
Comment les pourrôie endurer
Qui pour si pou ne puis durer?
Et toute voiz endurer fault
Ou cy, ou là; mez en défault
Vient mielx durer temporelement ,
Qu'endurer perpétuelement
Ne qu'endurer neiz purgatoire ;
Car sy n'a durté transitoire
Qui soit à endurer sy dure :
C'est doncques du mielx que j'endure.
Or doint Diex qu'en ceste durece
Dure sy que m'àme ne blece,
Et vueille que toute durté
Puisse endurer à ma purté ;
Sanz sa grâce ne senz sez biens
Ne puis durer n'endurer riens.
Sy me face sy endurcy
S'il ly plaist tant com je dur cy ,
a86 lus mlrajClbs
Que par la durece mondaine
Gaigne liece souveraine.
Amen, Diex, à vous en souviegne!
Lors se siée après les autres.
l'aveugle.
Varlet?
LE VARLET
Maistre?
l'aveugle.
Par la mon piegne, Il fust temps d'aler en la ville.
LE VARLET
Maistre, prenez-vous crois ou pille?
l'aveugle.
Tez-toy, alons.
le varlet.
Où?
l'aveugle.
Au pourchas.
LE VARLET
Petis poissons sont bons pour chas.
l'aveugle.
Hé Diex , quel varlet!
le varlet.
Diex, quel maistre!
l'aveugle.
Maine-moy, maine, va, cbevestre.
le varlet.
Par où ?
I ■ Il ■»
DE SAINTE GENfcVfÈVE. 287
i'àvbugle. .
Par FroitvauhL
LE VAKLBT,
Par là?
Ii'AVBtlGLfe.
Voire.
le varlet.
Chantez, vous estes à la foire ; Tout est plain d'ommes et de famés.
l'aveuglé , hault et atttit Halas! mez seigneurs et met dames, Pour l'amour âaint-père do Romûic, Faites vostre aumosne au povre homme Qui ne voit n'oncques ne vit goûte Nient plus des yelx qu'il fait du coûte:
Ainssy vous vueille Dtex aidier.
Je puis bien seurement plaidier $ Il n'y a ètne qui responne.
Diex n'y a-il qui rietoà mb donne , Ne qui me tende pié ne main ?
Oïl, oïl, c'est à demain, Madame va à Besançon . Je parole de enfençon:
Nul n'a cure de povre ge»t> Se je fusse roy ou régent Ou .1. grant maistre Aliboron, Chascun ostast son chaperon, Ou m'enclinast, ou me fist rage :
Je feusse tenu pour trop sage.
Or me t*fent-en pour une ordure ,
Pour .t. fol, pour .1. burelure; Il n'y a ne grant ne petit Qui de moy voir ait appétit.
Diex! qu'il est povre qui ne voit!
S'il va, s'il vient, s'il dort, s'il poit, Autant de l'un comme de l'autre, C'est .1. droit y mage de peautre.
Hélas! mon filsHanequinet, Meinc-moy en ce matinet A celle bonne et sainte dame Qui de meschief oste maint âme , Que lez gens nomment Geneviève.
LE VARLET
Sire, j'ay tel dueil que je criève De 6e que je suis sy gouteus Que dez .h. hanches suis boisteus, Et ay la tous, maise poitrine , Clous, pous, cirons, lentes, vermine.
J'ay la rougole et la vérole , J'ay chascun jour la fcinterole, J'ay le jaunice et suis éthique, Ne guérir n'en puis par phisique.
Merdefins et ciurgiens M'ont eu long-temps en leur liens :
Maintenant, quant je n'ay que frire, Que riens n'a en ma tirelire , Par m'âme il n'ont cure de moy.
l'aveugle.
Par mon serement , je t'en croy. Aussy, Hanequin, sy m'aist Diex,
Il m'ont du tout crevé lez yeub-.» :
Mengier puissent- il leur boiaus!
Je dy " ceulx qui ne sont loyaus Selon leur po voir et savoir.
Alons où j'ay xiit ; car là, voir, Nous trouverons miséricorde.
LE VARLET, en baillant la corde.
Alons donc; tenez bien la corde.
Cy voisent aus autres malades , et lors die le varlet:
Qu'atendez vous cy,mez amis?