LE PREMIER PHILOSOPHE
Les mors dont resusciteront?
s. POL.
Rèsuscitcront voirement.
- LE PREMIER
En âme ou en corps, ou comment ?
LA CONVERSION DE S. DRNtS 43
S. POL
En âme et en corps ne doubtez.
LE PREMIER
Escoutez, seigneurs, cscoutez Que dit ce semeur de frivoles; Vecy nouvelles paraboles !
Cest an oie cy nous entroingne Que depuis que nostre charoigne Sera anienté et pourrie, Et que de vers sera mengie Tout en Pestât qu'il est ou miex, Son crucefix , son nouvel Dïex La fera de mort retourner.
Il veult nature bestourner:
C'est forssennerie, c'est rage.
Tous ly diables l'ont fait sy sage Plus qu'Àristote né que Platon , Que Socrates ne que Chaton.
Il est yvre ; Sy dit tempeste.
Par nos Diex il serait bien beste Qu'il nul arguement feroit oire Contre fausseté sy notoire ; Et pour ce je m'en vueil aler .
De maie mort puisse-il baler Qui en Grèce l'a attroté !
Lors se trestourne.
publics le second philosophe , à S. Pol.
Homs , homs , vous estes assoté.
Dictes, seront vaches et vcaulz,
Brebis, chevaulz, truies , pourciaulz , B es tes, oysiaulx , resuscitez?
s. POL.
Bien quéréz gràns absurditez ï Doit-on faire comparaison De beste qui est sans raison A homme qui a sentement Et raison et entendement ?
L'âme de beste est sensitive :
L'âme d'omme est intellective.
L'âme de beste , sans ressort , Est morte quant le corps est mort ; Mais l'âme d'omme desseurée Du corps ne sera jà finée Combien qu'ait cncommancemënt ^ Et quant vendra au jugement, Nostre Seigneur qui la créa Dedens son corps la remetra, Qui fist homme ffour ly servir Et pour sa gloire desservir Par euvres bonnes et honnestes.
Il ne fist pas les mues bestes Pour tel félicité avoir.
s. DENIS, le tiers philosophe.
Biau sire, vous devez savoir Qu'il ne soufïist pas entre clers Dire : mez diz sont vrays et clers ; Àinçois il les convient prouver
Par vive raison pour trouver Saine et vraye conclusion, Pour ce la résurreccion Que vous preschiez sy haultement , Prouvez par raison ; autrement Jamais ne la pourrions croire.
s. PÛL.
Maistre Denis , le roy de gloire
Qui créa toute créature
Et ordena toute nature,
De quant que fist , fait et fera,
A son plaisir ordenera
Par-sus entendement humain ;
Car il est seur tout souverain.
Ce doncques qu'il a de néant fait
Puet refaire quant est défait.
Sy est folie à homme en terre Des secrez de Dieu trop enquerre Et à la loy Dieu fait injure Qui la veult soubzmetre à nature.
Ne mérite aussy n'y aroit Qui par sen humain la saroit.
Simplement sy fault asséntir, Car celuy qui ne puet mentir La nous a bailliée et monstrée Et par plusieurs vertus prouvée Où il failloit nature taire .
Doncques à tout sen qui veult faire Quant il le puet et il le dit Doit-on croire sans contredit.
Car il est puissance et vérité,
Et sy est justice et bonté
Qu'il nul bien ne lesse périr
Ne nul mal aussy sans punir.
Por ce honnoure-il ceulz qui le servent
Et punist oéulz qui le déservent.
Or voit-on souvent que les bons
Son t des mauvaiz et des félons,
Grevez, troublez et tourmentez.
Les mauvaiz fout leur volentezr
Et en ce monde cy florissent
Et les bonnes gens y languissent. >
Les maulz n'y sont pas tous punis,
Les biens n'y sont pas tous méris ,
Or fault-il de nécessité
Qu'ilz le soient par équité;
Car Dieu sy feroit injustice
S'il ne faisoit partout justice.
Injustice faire ne puet :
Pour ce raison contraint et muet
A mettre autre vie et espace
Où Dieu à tous justice face
Et quant à l'âme et quant au corps.
La résurreccion des mors
Convient doncques croire par droit,
Où àme et corps comme orendroit
Sans plus mourir rassembleront
Et ensemble jugiez seront.
Les bons yront en beneurté
Et les mauvaiz en maleurté,
Lk OOMVERSIOH DE S. DENIS. if?
En paine horrible et«n misère.