MYTHOLOGIE ÉGYPTIENNE
la figure d'une vache, n'est autre qu'/o. Horus est Apollon ; AnuMs, Mercure. L'Orient civilisé par Osiris, par son fils et par les neuf musiciennes, c'est l'expédition de Bacchus, enseignant à planter la vigne et à faire le vin. (La civilisation de l'Egypte remonte très haut : les Grecs allèrent puiser dans cette contrée les principes de leur théologie, de leurs arts et de leurs sciences.)
e) HARFOCRATE.
Harpocrate , dieu du silence chez les Egyptiens, est ordinairement représenté sous la figure d'un jeune homme debout, qui a le doigt collé sur les lèvres, et dont le vêtement est une peau de loup parsemée d'yeux et d'oreilles : emblèmes qui signifient qu'on doit tout voir et tout entendre, mais parler peu. Les Romains adoptèrent cette divinité dont ils placèrent la statue à l'entréo de leurs temples, pour marquer qu'il ne faut parler des dieux qu'avec circonspection, xDuisque l'homme ne les peut jamais connaître qu'imparfaitement.
f) L'IBIS.
L'Egypte rendait aux animaux un culte particulier ; les temples de ce pays étaient pleins de leurs simulacres. Logés et nourris avec soin pendant leur vie, ils étaient embaumés après leur mort, et enfermés honorablement dans les catacombes qui leur étaient destinées. Ce culte était fondé, 1° sur la persuasion où était le peuple que les dieux, poursuivis par le géant Typhon, s'étaient cachés en Egypte sous la figure de divers animaux ; 2o sur le dogme de la métempsycose, ou transmigration des âmes
dans différents corps d'hommes et de bêtes ; 3° sur l'utilité qu'on retire de plusieurs de ces animaux. L'ibis, par exemple (oiseau du genre de la cigogne), était en si grande vénération étiez les Egyptiens, qu'il y avait peine de mort pour quiconque tuait un ibis, même par mégarde. Ce respect venait des services que cet oiseau rend à l'Egypte, en y détruisant les chenilles, les sauterelles et surtout les serpents ailés, qui, aux premiers jours du printemps, sortent en grand nombre de l'Arabie , et infestent les bords du Nil. Ils adoraient aussi Vichneumon, sorte de rat, qui cherche sans cesse les œufs de crocodiles pour les casser ; — le chat, — le faucon, et beaucoup d'autres animaux, tant volatiles que quadrupèdes... Vous riez, lecteurs, de cette superstition ! Mais nous-mêmes ne rendons-nous pas une sorte de culte aux hirondelles , à ces oiseaux si utiles et si confiants? Ne croyons-nous pas que c'est un crime de les tuer, et que ce crime ne demeure jamais impuni ?
g) LE PHÉNIX.
Le Phénix, oiseau fabuleux, fruit de l'imagination des prêtres d'Egypte, ressemble au paon pour la grandeur ; il a une huppe ou aigrette sur la tête, les plumes du cou dorées, la queue blanche mêlée d'incarnat, et les yeux étincelants comme des étoiles.
Quand il voit sa mort approcher, il se construit un nid avec du bois résineux et des gommes aromatiques ; il l'expose aux rayons du soleil, s'y couche et s'y éteint. De la moelle de ses os naît un ver , qui produit un autre phénix , jeune, brillant, radieux, dont le premier soin est de rendre à son père les honneurs de la sépulture. Cet oiseau-merveille n'apparaissait qu'une fois tous les cinq siècles , tantôt
dans une contrée, tantôt dans une autre , mais surtout à Héliopolis , ville d'Egypte. Il fut aperçu une dernière fois, lorsque Byzance, Tan 330, prit le nom de Goustantiiiople, et l'on en tira, pour les destinées de cette capitale , un favorable augure. ~ Chez les Païens , le phénix était le symbole de la chasteté et delà tempérance. Il est devenu chez les Chrétiens le symbole do la résurrection des corps.
h) X.E LAC D'ÂCHSRtTSIE.
Non loin de Memphis , et au delà d'un petit lac nommé Âchèrusie, était le cimetière principal des Egyptiens ; on apportait sur le rivage de ce lac les cadavres de ceux qui ven::ient de mourir, et ils y étaient jugés selon leurs œuvres. Si le personnage défunt avait violé les lois du pays, on le Jetait dans une espèce de voirie appelée Tartare; s'il s'était conduit en homme de bien , un batelier le transportait au delà de ce lac, dans une prairie charmante , embellie de fleurs , de ruisseaux et de bosquets, Où il recevait la sépulture. Ce lieu se nommait Elysion, c'est-à-dire séjour du repos et de la joie. — La fable des champs Elysées, celle du Tartare, celle des Juges de l'enfer, ceile de Garon et de sa barque, doivent sans doute leur origine à cette coutume..
§ 27. Hies sept xner' veilles du monde.
Les anciens donnèrent ce nom à sept monuments d'une grandeur et d'une magnificence prodigieuses. C'étaient le Temple de Diane, à Ephèse ; — les Pyramides d'Egypte ; — les Jardins de Sémiramis , à Babylone ; — le Colosse de Rhodes ; — la Statue de
Jupiter Olympien ; — le Tombeau du roi Mausole -, — et le Phare d'Alexandrie.
I. Temple de Diane a Ephèse. Ce superbe édifice avait plus de quatre cents pieds de longueur sur deux cents de largeur. On admirait, dans l'enceinte intérieure, cent vingt-sept colonnes (hautes chacune de de soixante pieds), élevées par autant de princes, qui avaient cherché à se surpasser les uns les autres dans la dépense qu'ils faisaient pour la somptuosité de l'ouvrage. Les rois de l'Asie contribuèrent tous à la construction et à l'ornement de ce temple , qui ne fut achevé qu'après deux siècles. Il était décoré de peintures, de statues et de bas-reliefs, chefs-d'œuvre des meilleurs maîtres : les portes en étaient de bois de cyprès, la charpente de bois de cèdre , la statue de Diane était d'or. On venait de fort loin visiter ce temple, et les étrangers tâchaient à Tenvi d'en emporter des modèles. Un fanatique obscur, nommé Erostrate , voulant s'immortaliser par un grand crime, incendia ce monument, l'an 356 avant notre ère. Les Ephésiens le réédifièrent avec une égale beauté; mais Néron le pilla, etles Scythes le brûlèrent, vers l'an 260 après J.-C.
IL Pyramides d'E&ypte. Ces Pyramides , la seule des merveilles du monde qui subsiste encore, furent bâties par les anciens monarques de l'Egypte pour servir de sépulture aux rois , à la famille royale et aux grands dignitaires de la nation. Ce sont d'immenses constructions granitiques , à base carrée , dont les quatre arêtes se réunissent en un sommet commun. L'intérieur est percé de souterrains qui conduisent à des chambres sépulcrales voûtées. La plus grande des pyramides , peu éloignée du Caire,
s'élève à une hauteur de 450 pieds (1) : on parvient jusqu'à la cime sans trop de difficulté.
III. Jardins de Sémiramis. Sémiramis , épouse de Ninus, roi de Babylone, agrandit cette capitale, l'embellit de palais, de temples, d'aqueducs , et surtout de jardins suspendus, qui excitèrent une admiration universelle. Ces jardins étaient soutenus en l'air par des colonnes de marbre , sur lesquelles reposait un plancher fait de poutres de palmier , et recouvert d'un fond considérable de terre. Dans ce sol artificiel croissaient les légumes, les fleurs, les plantes et les plus grands arbres ; l'eau y arrivait en abondance par des canaux et des machines hydrauliques. L'historien latin Quinte-Gurce nous a laissé une description détaillée de ce prodige de l'art.
IV. Colosse de Rhodes. C'était une statue de bronze , haute de soixante et dix coudées , soit 105 pieds, et dédiée à Apollon. Ses pieds reposaient sur deux rochers à l'eutrée du port, et les navires pouvaient passer à pleines voiles entre ses jambes. Un escalier intérieur conduisait au sommet de ce monument, du haut duquel, on découvrait, dit-on, les côtes de Syrie et même les vaisseaux qui croisaient dans la mer d'Egypte. Quatre-vingts ans après son érection, un tremblement de terre l'ayant renversé, les peuples voisins, désirant qu'il fût remis sur pied, envoyèrent, à cet eifet, des sommes considérables ; mais les Rhodiens se partagèrent l'argent, sous prétexte que les décisions de l'oracle s'opposaient à ce qu'il fût jamais rétabli. La statue resta ainsi gisante pendant dix siècles. Mais, vers l'an 651, les Arabes,
(1) C'est la hauteur de la cathédrale de Strasbourg.
conduits par Moawiah , s'étant emparés de l'île de Rhodes, le colosse fut mis en pièces , et vendu à un juif, qui en chargea neuf cents chameaux (un cha- ' meau porte jusqu'à huit cents livres pesant).
V. Statue de Jupiter olympien. Cette statue, ouvrage de Phidias, athénien, était d'or et d'ivoire. Elle représentait Jupiter couronné d'olivier , assis sur un trône d'or, tenant delà main droite une Victoire et de la gauche un sceptre surmonté d'un aigle. Aux quatre coins du trône étaient sculptées quatre autres Victoires, qui semblaient se donner la main pour danser ; les Grâces et les Heures , chefd'œuvre du même ciseau , s'inclinaient mollement sur la tête du souverain des dieux. Quand Phidias eut terminé son ouvrage, il pria Jupiter de témoigner par un signe décisif l'approbation qu'il donnait à ce travail : et aussitôt les tonnerres commencèrent à gronder, le pavé du temple fut frappé de la foudre, et aucune trace du coup ne put s'y apercevoir (1).
VI. Tombeau de Mausole. Mausole^ roi de Carie, un des plus riches et des plus puissants princes de son siècle, fut si regretté à' Artémise II, son épouse, qu'elle lui flt dresser dans Halicarnasse un tombeau magnifique , dont la splendeur effaçait tout ce qu'on avait vu jusqu'alors en ce genre. Il avait 400 pieds de tour, 140 de hauteur, et renfermait trente-six colonnes dans son enceinte. La pyramide qui couronnait le monument était surmontée d'un char de marbre attelé de quatre chevaux. Plusieurs sculpteurs célèbres, entre autres Timothée, Scopas et Léocha-
(1) Ce monument était élevé dans le temple de Jupiter , à Olympie, et ce temple pouvait passer lui-même pour une merveille.
rès, l'avaient enrichi de statues et de bas-reliefs. — Le nom de mausolée a été donné depuis à tous les monuments funèbres élevés en l'honneur d'un prince ou d'un autre personnage de distinction.
VII. Phare d'Alexandrie. On appelle phare une tour bâtie à l'entrée d'un port ou aux environs , et sur laquelle on tient des feux allumés pendant la nuit, pour guider les navires qui approchent de la côte. Le phare d'Alexandrie, en Egypte, construit sous le règne de Ptolémée II, se composait de plusieurs étages, qui, allant chacun en se rétrécissant, donnaient à l'ensemble une forme pyramidale : chaque étage, soutenu par des colonnes de marbre blanc, était embelli d'une galerie extérieure. L'intérieur du phare contenait quelques centaines de chambres et une multitude d'escaliers qui s'entrecroisaient avec art, et formaient une sorte de labyrinthe. Sa hauteur , s'il faut en croire les écrivains orientaux, était de mille coudées, soit quinze cents pieds (hauteur presque fabuleuse) , et la clarté du fanal pouvait être aperçue à une distance de deux cents lieues : autre exagération (I). Un premier tremblement de terre le diminua de moitié; un deuxième le réduisit à deux cent trente coudées ; un troisième à cinquante. Il se soutenait à cette modeste élévation, lorsque, en 1303, une dernière et terrible secousse acheva sa ruine, et n'en laissa plus que d'insignifiants vestiges.
— Certains auteurs substituent d'autres Merveil-
(1) Le fanal de Nieuwediep , à l'extrémité septentrionale du Nord- Hollande, est formé de la réunion de 34 lampes, et se voit à une distance de huit lieues. Le phare de BeLle-Ue (Morbihan) , qui est à feux tom-nants , a une portée de 9 lieues (ou 5 myriamètres) .
les à quelques-unes de celles que j'ai rapportées. Ils retranchent la Statue de Ju^ùter Olympien et les Jardins Je Sémiramis , qu'ils remplacent par le Labyrinthe (le Crète (1) , et par le Palais de Cyrus à Ecbabatane, ou par le Lac Elœris , en Egypte , lac creusé près de la ville de Meniphis, pour recevoir les eaux du Nil quand elles étaient trop abondantes, et ; les répandre au moyen d'écluses sur les plaines, dans les années où le fleuve fertilisateur ne débordait pas (2).
§ 28. Emblènies «li-vers.
a) EiaBLÈi^SS DBS ANIMAUX.
L'Abeille est le symbole du travail ; — l'Agneau, de la douceur ; — l'Ane, de la stupidité ; — le Bœuf, de la patience; — le Caméléon, du changement; — le Chat, de la liberté; — le Cheval, de la victoire et de l'autorité; — le Chien, de la fidélité; — la Colombe et le Pigeon, de la tendresse ; — le Coq, de la vigilance; — la Fourmi, de la prévoyance; — le Lièvre, de la timidité ; — le Lion, do la force ; — le Paon, de Torgaeil; — le Papillon, de l'inconstance ; — la Pie , du bavardage ; — le Pienard , de la ruse ;
(1) Le Labyrinthe d'Egypte surpassait de beaucoup en magnilicence celui de Crète. C'était un assemblage de douze palais qui contenaient ensemble 1300 chambres éclairées, et 1500 chambres souterraines taillées dans le roc ; ces chambres souterraines étaient des temples et des sépultures.
(2) Les différentes merveilles du monde dont il vient d'être question ont été longuement décrites dans les tomes I et II des Lectures historiques de M, C. Raffy. Un trouvera, dans le tome II des Lectta-es géographiques du même auteur , les détails intéressants sur la flèche de la cathédrale de Strasbourg , le phare de Cordouan à l'embouchure de la Gironde , etc.