‹ Naissance, vie et mort des maladies infectieusesChapitre 22 sur 42 · RETOUR A LA SPÉCIFICITÉ · texte numérisé non relu

RETOUR A LA SPÉCIFICITÉ

Il ne faudrait pas exagérer l’importance des faits que nous venons d’exposer. Sans être absolue, la spécificité reste le caractère le plus important peut-être des maladies infectieuses. Et d’ailleurs, si la règle, posée par Pasteur, semble trop stricte à qui considère les microbes, elle reste rigoureuse si l’on considère leurs poisons.

Ce sont des substances mal définies que les poisons microbiens, et il en existe de multiples dont les modes d’action sont très différents. Ee microbe de la diphtérie, celui du tétanos en produisent d’une activité extrême. Roux a pu isoler le premier de ces poisons par la filtration des cultures du badlle diphtérique et il a reconnu par les inoculations que tous les symptômes de la maladie

VIE DES MALADIES INFECTimSES (y compris la fausse membrane) sont dus à 1 action de ce poison.

A côté de ces substances particulièrement actives, il en est de moins diffusibles, plus attachées au corps des microbes. Les unes et les autres sont vraiment spécifiques et, comme c’est par elles en somme qu’agissent les êtres qui les produisent, on peut dire que leur spécificité impose celle des microbes.

Ce ne sont pas les seules substances spécifiques qu’on sache reconnaître chez les agents pathogènes. Ceux-ci en présentent d’autres, douées d’une spécificité tellement stricte que nous pourrions la dire absolue, si l’absolu se rencontrait en biologie.

Ces substances qu’on nomme antigènes (ou corps) donnent naissance, chez les animaux infectés naturellement ou inoculés des microbes qui les portent, à des substances douées de propriétés contraires ; spécifiques elles-mêmes et que l’on nomme aniicorfs. Si bien que, par des méthodes de laboratoires qu’ü serait trop long d’exposer ici, fais^t agir une substance sur l’autre, à condition d’en connmtre une, on reconnaît la substance contraire. C’est sur ces réactions qu’est basée la méthode de sérodi^ostic qui, avec un sérum spécifique.

LES MALADIES INFECTIEUSES

permet de reconnaître le microbe correspondant on bien, avec la culture d’un microbe connu, de déceler la propriété inverse dans le sérum d’un malade et, par conséquent, de faire le diagnostic de la maladie. On reconnaît ainsi au laboratoire la fièvre typhoïde, les paratyphoïdes, la fièvre méditerranéenne, le typhus exanthématique, he procédé de Bordet-Wassermann qui permet de diagnostiquer la syphihs est une appHcation détournée de la même méthode.

Nous serions donc mal avisés de dénier à la spécificité sa valeur. Si nous nous trompons, c’est en ne mettant pas la spécificité où elle est. EUe n’est pas dans le complexe microbe ; elle est dans certaines des substances qui le composent, dans chacun de ces antigènes dont l’ensemble donne son individuahté à chaque microbe. Mon frère aîné Maurice Nicolle a défini le microbe : une mosaïque d’antigènes. Avec cette représentation tout s’explique.

On conçoit par conséquent que, dans tme même espèce, chaque individu ne présente pas la totalité des antigènes qui caractérise le microbe type de l’espèce et qu’ü y ait des antigènes communs à des espèces microbiennes différentes.

Nous sommes naturellemeht portés à consi-

dérer les agents de nos maladies au point de vue de leurs propriétés pathogènes. Nous les classons d’après ces propriétés. Nous avons raison en tant que médecins ou malades, tort à d’autres points de vue. I.a virulence, le pouvoir toxique ne sont pas des caractères plus essentiels d’un germe que tel ou tel autre qui nous intéresse de moins près.

son pouvoir fermentatif sur les sucres, sa propriété

d’être précipité, ^glutiné par telle substance, d en fixer telle autre, la coloration de ses cultures, etc.

Tous ces caractères sont modifiables (nous le verrons clairement à propos de la virulence) smvant les conditions de vie des microbes ; ils sont le fruit des rencontres, des accidents, de la nécessité où tout être se trouve de s’adapter pour conserver l’existence.

Un microbe bien différencié, hautement pathogène et hautement torique, tel le badlle iphterique n’est que le type le pins tepr^taüf a nos yeux d’un vaste groupe botanique. B est a la fois le mieux adapté à notre organisme (le plus virulent) et le plus nodf (le plus torique). I,me ou

l’autre de ces propriétés peut s’amoindrir chez m individu du même groupe, y manquer

peuvent aussi bien taire défaut. Pour le med^, un tel microbe, dépourvu de virulence et de toxi-

NISOUX.

LES MALADIES INFECTIEUSES

dté, ne saurait être un bacille diphtérique. Si l’on envisage tel autre des éléments de la mosaïque d’antigènes, cet élément peut manquer aux individus les plus virulents et les plus toxiques. I,a qualification d’une espèce, son groupement sont donc affaire de point de vue. Il n’y a pas de caractéristique d’une espèce, parce qu’ü n’y a parmi les microbes, comme parmi les autres êtres vivants, que des individus plus ou moins voisins, des groupes et non des espèces.

Causées par des agents pathogènes non identiques, les maladies infectieuses ne sont donc pas plus strictement spécifiques que ces germes. Ce qui est spécifique en elles, c’est la production des anticorps par lesquels l’organisme répond à l’attaque de chacun des antigènes. Anticorps et antigènes sont les seuls éléments doués de spécificité. En pratique, devant la compléxité des phénomènes, le plus sage est de considérer pourtant, avec Pasteur, que microbes pathogènes et maladies infectieuses sont spécifiques.

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