‹ Nankin d'alors et d'aujourd'hui;Chapitre 64 sur 167 · NANKIN SOUS LES T*ANO · texte numérisé non relu

NANKIN SOUS LES T*ANO

Cette dynastie, une des plus illustres, fondée par Li Yuen ^ JJ3î s^" premier Empereur sous le nom de Kao-tsou ^ jQ^ (620-627), se tint également au nord, à Tch'ang-ngan ^ ^ mieux connu par son appellation moderne de Si^ngan fou. Aussi, est-il h peine question de Nankin, ruiné politiquement, voire même éclipsé parfois par Tchen^kiang (à 18 lieues en aval du Yang^tse), où réside un membre de la famille impériale, avec une certaine autorité sur les provinces méridionales.

Nankin restait pourtant célèbre au loin pour ses richesses, ses temples, ses édifices, son commerce, les raffinements de sa civilisation. Découronnée, la capitale déchue exerçait encore une attraction puissante; elle demeurait un centre littéraire et policé; mainte illustration lui valut, au cours des siècles suivants, un renom de gloire, dont l'éclat n'est point évanoui.

Comme ville, et géographiquement parlant, elle ne subit d'abord que d'insignifiants changements. Sa topographie est assez clairement exposée sur la carte VHP. Au point de vue administratif, les modifications dans la cité et dans sa grande banlieue, furent aussi nombreuses que variées et profondes (1).

(1) La glose accompagnant la carte VIII«, Nankin sous les T^ang^ rappelle que cette ville porta divers noms sous cette dynastie, au caprice des empereurs. Vers la fin, on l'appelait Cheng-tcheou ^ Jrli • L'Iiîmpire chinois était divisé en 10 Tao JS (circuits, ou provinces). Tan-ya7ig kiun Ty Iw W (Nankin) était d'abord placé sous la dépendance àvL Kiang-nan tong-tao fjC m J^ 55 "circuit du irmn<7-?m;* oriental."

La 2» année Ou-té ^ ^ (619), on installa à Tan-yang kiun un fonctionnaire pourvu du titre de Iling-Vai chang-chou clieng fj ^ W S *© ' dignité correspondant aujourd'hui à celle de Fou-t'ai BR 5"

L'année suivante, la sous-préfecture de Kiaiig-ning hien fut changée en celle de Koei-hoa hien ^ TU jÇp» puis elle reprit son nom de Kiang-ning hien. Celle de Kiuyong hien fut nommée Miw-tcheou ^ J|t| • Li-yang hien ™ ^^i supprimée jadis par la dynastie des Soei fut rétablie, en empruntant du territoire à deux sous-préfectures.

En 654, le titre de Iling-t^ai (cf. supra) fut remplacé par celui de Ta-tou tou-fou >fc W H /iï» et l'on reprit le nom de ville Tsiang-tcheou^ naguère supprimé. Cette ville, après que Mao-tcheou eut retrouvé son nom de Kiu-yong hien^ coinmandait aux 4 sous-préfectures de Kiu-yong^ Kin-Ung^ Li-choei et Li-yang.

I I. GHKISTIANISME ET BOUDDHISME. 123

Le fondateur T'ang Kao^tsou Jg î^ jjft (620-627) avait fait bâtir un temple à Lao-kiun ^ ^ (Lao-tse) patron du Taoïsme, pour lequel il professait un culte spécial. Puis il avait obligé 100.000 bonzes à prendre femme, en vue d'élever le chiffre de la natalité dans son Empire, et de préparer le recrutement ultérieur de ses armées. Il ne semble pourtant point, à en juger par le nombre des pagodes datant de cette époque, que le bouddhisme ait eu à beaucoup souffrir, au pays de Nankin, de cette défaveur impériale (1). Il abdiqua 9 ans avant sa mort et choisit pour successeur son deuxième fils, qui fut l'illustre T'ang T'ai tsong JSic ^ (627-650).

Quelques années plus tard, au nord encore, en 684, la sanguinaire impératrice Ou heou ^ ^, concubine (sous le nom de Ou-che ;^ SU ^^ Tempereur Kao tsong ^ ^, 3® de la dynastie, qui l'avait associée au pouvoir, usurpa l'autorité suprême pendant 21 ans. Elle prit alors le titre dynastique de Tcheou ^, on l'appelait THen-heou JÇ J^ reine du Ciel, reine céleste ; elle s'arrogea le droit — forfait politique, attentat de lèse-majesté, sacrilège odieux chez une femmes — d'offrir les sacrifices de premier ordre au Ciel et à la Terre; elle persécuta 15 ans et sans pitié la religion chrétienne, tolérée, ou mieux en crédit à la Cour depuis quelque temps. (M&^ Favier donne son portrait p. 63).

On sait, en effet, que sous T'aUlsong, nommé plus haut, la religion du Christ était rentrée en Chine, la 9® année de son règne, par la nouvelle et mémorable tentative, dont fait foi le célèbre monument élevé en 781 et découvert en 1625, bien connu sous le vocable de Stèle syro-chinoise de Si-ngan fou W ^ /îï JS ^ ^

^Wi.mn^mn (2).

Nous ignorons la part de Nankin dans cet essai de rénovation chrétienne; le bouddhisme y resta probablement plus intolérant, loin de la Cour, que partout ailleurs. En 684, Siu King^yé j^, ^H

En 626 (9e année Ou-tê SJ ^) la ville de Xin-i/wgr 7/ ten fut transférée au bourg de Pé-hia tsuen H r W-» prenant le nom de Pé-hia hien; la 7® année de Tcheng-koan M^ wi (633) elle fut nommée Koei-hoa hien Itff Yu Jfê ? comme au début de la dynastie, puis, deux ans après, encore Kiang-ning hien. Enfin en 757 (2® année Tche-té ^ ÎS) ? son titre de hien fut élevé à celui de préfecture, sous le nom de Kiang-ning kiun.

(1) Par suite d'intrigues ou de revirements d'opinion, le Bouddhisme, éprouva plusieurs fois sous les T^ang les rigueurs du pouvoir. Cf. de Mailla, VIII, 469-491, — et du Halde, II, 590-598, sur le décret de sécularisation porté par Joei tsoîig Ç ij^ (710-713) en 711, contre les bonzeries. Nous n'en citons que cette phrase : «Quant aux bonzes étrangers, venus ici pour faire connaître la loi qi^j a cours dans leurs royaumes, ils sont environ 3.000, tant du Ta-tsin que de Mou-hou-pa. Mon ordre est qu'ils retournent au siècle.»

(2) Naturellement, les meilleures références à conseiller sur la question de la Stèle sont les n<» des Variétés sinologiques, où le P. H. Havret semble bien près de l'avoir épuisée pour le moment. Un édit de T'ang T'ai tsong (638) autorisait la construction d'un monastère chrétien à Tch*ang-ngan (Si-ngan fou), et un autre de T*ang Hiuen tsong (745) changeait le terme "Pose se. Temple du royaume de Perse" en celui de "Ta TsHn se. Temple de Ta Ts'in.*'

124 CH. vin. DYNASTIE (xiii**) DBS t'ang, 620-907.

y entra en campagne. Le rebelle se donnait la mission de rétablir la dynastie des T'ang opprimée par l'Impératrice Ou-che, et prétendait réinstaller la capitale à Nankin. Dans ce but, il y envoya son lieutenant. Ts'oei Hong Jg ^ remettre en état la ville forte de CheA'eou tch'eng. Mais Li Hiao-i ^ :# 3I, dépêché par le gouvernement usurpateur, réduisit k néant ses projets de restauration dynastique.

Vers 724, un épouvantable incendie «qui dure plus d'un mois», cause d'énormes dégâts à Nankin. Puis une sécheresse excessive permet de passer à pied sec la Ta'in Hoaiy dont le débit normal était sans doute beaucoup plus considérable que de nos jours. Actuellement, le phénomène n'aurait point ce caractère extraordinaire que lui attribuèrent les Chroniques d'alors.

Nous trouvons, en 756, Yen Tchen-king ^ 9k 9^ gouvernant une partie de la ville, avec le titre de ^ |^ m '^, équivalant peut-être à Vidame de Tan^yang. L'Empereur T'ang Sou tsong Jg ^ ^ l'avait comblé d'honneurs, et pourvu de cette charge, qui indique nettement la déchéance en notre ancienne capitale au milieu du VHP siècle.

Vers 728, à la suite d'un nouvel incendie terrible, on répare à Kin-ling les murailles, les ponts, les canaux, tous les édifices publics, y compris les pagodes de Fo.

Li T'ai-pé ^ ;j[c|â (699-762) l'un des poètes favoris des Chinois pour sa verve et son esprit, mourut retiré près de Nankin, qui aime à montrer encore quelques-unes de ses compositions. Nous en avons cité une, gravée à Ling-kou se, sur la stèle ornée du portrait de Pao-tse Kong, (Ph. XXVIL) Li Yang-ping ^ |^ Jjc, sous-préfet de Tang-tou '^ ^ (1) le couvrait de sa protection (Il avait parfois besoin de cette égide). Dans les 40 vues, la 4®, Pè-lou tcheou g ^ iW? 8 /i S. 0. de la préfecture, célébrée par les vers de T^ai-pè, a 15 li de tour.

Durant l'été de 759, il prit à l'Empereur T'ang Sou tsong la fantaisie de rendre un décret par lequel on devait établir, dans tout l'Empire chinois des étangs spéciaux, où l'on "rendrait la vie" aux animaux aquatiques. Il s'agit de la superstition bouddhique appelée Fang-cheng tch'e J^^i^; pratique encore largement observée autour de nous. Ces étangs devaient être aménagés le long du Yang-tse et près des villes. De Kiang-tcheou Jt jHi (Kieoukiang) à Cheng-tcheou ^ ji\ (Nankin) on en compta 81, parmi lesquels la tradition range celui du Siao Si hou, existant intra muros entre Ts'ing-liang chan et* le Han-si men, au sud du Tse- Vang de Chen Pao-tchen J^ ï^JI-

Le rebelle Lieou Tchan glj J^ vint, à la fin de 760, attaquer Nankin, dont le Gouverneur, nommé Heou Ling-i ^ >^ f| prit

(1) Une des trois sous-préfectures dépendant jadis de Tsiang-tcheou ou Tanyang hiun.

î I. t'ang hien tsong, 806-821. 125

honteusement la fuite. T'ien Chen-kong 03 jji^ Çfj en fit lever le siège deux mois après, et rétablir Tordre habituel (1).

Douze ans plus tard, à Toccasion du soulèvement de Tchou TsH ;^ \^, Han Hoang ^?$!gtnJ^'ÊËl?îS releva les travaux de défense autour de Che-t'eou tch'eng, et répara les murailles et les principaux édifices publics, depuis Kien-k'ang ^^ jusqu'à King-hien ^; (1 (colline non loin de Tchen-kiang), Tout cela en prévision de la réception éventuelle de l'Empereur Té tsong jf^ ^, attendu à Nankin.

Vers la fin de l'année 807, Li K'i ^^, le gouverneur de Joen-tcheou ^ ji\ (ainsi s'appelait alors Nankin), tenta un mouvement insurrectionnel. Il dépécha Yu Pé-liang J||^ fjg g, un de ses officiers, à Che-t'eou tch'eng, pour mettre cette place sur le pied de guerre. Un autre de ses officiers, Tchang Tse-liang i}^ ^ ]g, fidèle à l'empereur, lui livra le gouverneur rebelle.

En 819, Hien tsong ^^ ^, des T'ang, fît rendre à la Cour des honneurs extraordinaires à un doigt de Fo qui s'ouvrait tous les 30 ans, circonstance qui présageait une ère de prospérité pour l'Empire (2). Han Yu |f ;^, '^assesseur du Tribunal des crimes", envoya au souverain un courageux placet. Il représente que la Chine, heureuse avant l'introduction du Bouddhisme, est des plus malheureuses depuis. Les empereurs favorables à cette secte ont tous éprouvé mille infortunes. Parmi eux aLiang Ou ti seul a régné 48 ans. Que n'a-t-il pas fait pour Fo ? Il s'est vendu jusqu'à 3 fois et fait esclave dans un de se» temples. Or, il est mort misérablement de faim, pressé par Heou Kingy) (cf. suprà). Je brave Fo, ajoutait-il, qu'il m'écrase s'il est tout-puissant!

Hien-tsong épargna Han Yu pour lequel on intercéda (3). Cet empereur périt en 820 pour avoir une dernière fois pris l'élixir

(1) Vers 763-780, King-tcheoii au Houpé, Yang-tcheo7t au Kiang-sou et Ilang-tcheou au Tché-kiang possédaient des temples mo-ni (probablement manichéens) ou moniens^ dit Chavannes. Nankin avait probablement aussi les siens.

(2) On envoya ce doigrt dans tous les pays de l'Empire. Le Yen-hiang se qft w ^^ autrefois Fou-yong se ^ ^ ^pj près de la Tuilerie, au S. O. du Nan-men, sur une butte (pagode refaite) daterait originairement des T'ang. Une princesse y aurait été guérie par un poyssah d'une grave maladie d'yeux : d'où le nom. Autres tuileries très importantes (sous les Ming) pour Heon-li iva fM *^ ^L au sud, aux tuileries de la route de Slaovgnn-té men >J"* ^ ® l" ' ^ l'endroit nommé Si-cJian kH&o B ^? tW* Un peu plus loin, au S.O. est THê-sin k^iao ^ j^ fip* (Pé-hia souo-yen).

(3) Han Yu obtint, dans la suite des temps, des honneurs comparables à ceux rendus à Confucius et à Mencius. Il écrivit contre le Bouddhisme, exaltant la doctrine de ces deux Sa.']fes, corrompue après leur mort. Son acharnement contre la secte de Fo, ses mœurs irréprochables et l'intégrité de son administration, ont fait dire que le grand ministre était chrétien, assertion que j'ai entendu formuler par des indigènes convertis au catholicisme. Cf. de Mailla VI. 421. It. Mémoires concern. les Chinois. V. 434. Dans ce mAme tome (p. 375), voir la notice consacrée au vertueux ministre Yao Tsong, mort en 721. L'auteur rappelle que le christianisme fiorissait alors à la Cour, ajoutant que si Yao Tsong ne fut pas baptisé, il vécut en chrétien. Mk^ Favier donne le portrait de HanYu p. 64; et aussi des Empereurs, et autres personnages célèbres.

126 CH. VIII. DYNASTIE (xiir) DBS T*ANO, 620-907.

d'immortalité, préparé par des tao*c/ie. Plusieurs de ses successeurs moururent en punition de la môme folie (1).

§ II

HEou ou-TAi (907-960)— CARTE #„ (923-936).

Les historiens chinois comptent d'ordinaire cinq petites dynasties avant les T'nng: Ts'ien Ouatai; (Song, Ts'i, Liang, Tch'en, Soei, — 24 empereurs en 195 ans. V suprà. ch. 3. 4. 5. 6 et 7.); et cinq petites dynasties après eux, Heou Qu'état (13 empereurs en 53 ans). Les tyranneaux de ces dynasties secondaires suggèrent une assez juste idée de ce que nous appelons des chefs de partisans.

Voici le tableau de ces dynasties (907-960).

Heou Liang ^ ^ 907-923 2 emper. en 16 ans. Capitale à Lo-yang

,, T'^ng ^11923-936(2) 4 „ „ 13 „ „ „ it.

,, Tsin ^Ç 936-947 2 ,, ,.11., K'ai-fong fou.

,, Han ^É 9^7-951 2 „ „ 4 „ it. (Pien-liang),

„ Tcheouf^^ 951-960 3 ,, ,, 9,, it. it.

(1) En 1503, Ilong-tchc des Ming allait, pour complaire à des bonzes, bâtir une tour de pagode auprès de son palais (Pé-hin), tour appelée Yen-cheon Va, "tour qui prolonge

la vie." Ses ministres s'y opposèrent: "De tous les princes qui ont occupé le trône, aucun n'a été plus attaché aux sectes de Fo et de Lao-tse que Ou H des Liang, et Hoei taong [Hini tsong ?) des Song ; l'un et l'autre ont fini leurs jours d'une manière déplorable qui déshonore leur mémoire." de Mailla X. 262.

L'on peut voir, p. 247 et seq. des Var. ain. n^ 12. "Stèle chrét. de Si-ngan fou, II" P." de copieux renseignements sur l'édit de l'empereur T*ang Ou taong, daté de 845, sur la sécularisation de 260.000 bonzes des deux sexes, habitant 460 grandes pagodes. L'édit ordonne la destruction de 40.000 petites bonzeries, la confiscation des terres qui eu dépendent et l'assimilation aux gens du peuple de 150.000 esclaves des bonzes ; 3000 prêtres étrangers du Tn-taHn et d'ailleurs sont aussi sécularisés. On ne laisse subsister que deux grandes bonzeries " .\ chaque Cour du nord (T^ai-yuen fou, cap. du Chan-s i et de l'est (Ho-nan fou)." Le décret débute en rappelant la diffusion du bouddhisme en Chine aux premiers temps de l'ère chrétienne.

(2) De Groot, p. 1052, expose comment TcJioang taong f^ jy;» premier des heou T*ang, qui renversa les heou Liang, projeta de violer la sépulture de Liang Ou fi le fondateur de cette dynastie, de briser le cercueil et de mutiler le cadavre (c'est le meilleur moyen de nuire aux descendants en ravalant leurs ascendants, et de Groot conseille cet expédient, contre les sépultures impériales, aux armées européennes qui marcheraient sur Pékin.). — Tchoang taong se contenta de détruire la porte de la sépulture. En 1891, les lettrés habillés de soie et armés d'éventails qui dirigeaient à Ou-hou les émeutiers, ne se contentèrent pas de faire brûler la bibliothèque, mutiler les fûts de colonnes et tout saccager dans la résidence de la Mission. Ces sauvages violèrent les trois tombes européennes et firent subir en particulier au cadavre du P. André (mort en août 1890) les derniers outrages. Non contents de le mutiler, ils lui plongeaient je ne sais quel instrument dans le cœur et les entrailles, en proférant des paroles horribles." Lettres de Jersey 1891 p. 183.

s II. HEou OUATAI, 905*.960. 127

Après les Tcheou, viennent les Song, 18 Empereurs en 319 ans : 9 au nord (167 ans), 9 au sud (152 ans). Le 1*^ de ces derniers neuf, Song Kao-tsou, établit d'abord sa cour à Nankin, puis à flang-tchfiou.

Voir le Tableau inséré en tète du T. V du P. de Mailla. Un carton du tableau synoptique est réservé aux «Royaumes indépendants élevés après les T*ang,yi La liste en comporte 13, parmi lesquels celui de ''Nan-T'ang ou de Kiang-nan'' (937-975.) Durée, 39 ans, sous 3 princes. Capitale Kin-ling, commandant à 35 villes.*

A l'époque des 5 dynasties qui précédèrent les Song^ les diverses régions de la Chine virent plus de 10 rois gouverner en maitres

indépendants et fonder des dynasties qui furent plus ou moins

éphémères. Ainsi la maison de Ou ^^ dont la tige était Yang Hing^mi ^f}^^ compta successivement quatre de ses membres sur le trône. Vingt-quatre départements au sud de la Hoai formaient ses états. La maison de Ou Yué ^ jg fournit cinq rois. Var. sin. n« 8. allus. litt. p. 107.

Alors qu'en 894, Yang Hing-mi i^ fj ^j roi de Ou (1), trônait à Yang-tcheou, Fong Hiong-to ?S| ^ ^ lui livra ce même Nankin, redevenu Cheng^tcheou ^ji\ (2). Ses 3 fils régnèrent après lui.

A l'aurore du X® siècle, Siu Wen f^ ^^ premier ministre de Ou, charmé de l'heureuse situation de cette ville, s'en improvisa (909) le Gouverneur attitré, bien qu'il résidât à Koangling H 1^ (3) (Yang-tcheou) ^JâJm^l^^l^BPUS^^

Au commencement de juillet 1900, au moment où l'on craignait que les "Ministres de toutes les Légations" ne fussent massacrés à Pékin, un correspondant duN. C.D.N. proposait d'avertir officiellement les autorités chinoises que si ce crime était perpétré, les Étrangers se vengeraient en détruisant les tombes impériales de la dynastie des Ming. On insinuait que cette atroce menace venait du Consul anglais à THentsin. Diverses protestations se firent jour dans la même feuille qui profita de l'occasion pour protester qu'elle n'endosse nullement les opiuions de ses correspondants.— Quelqu'un fit remarquer quelle injustice inutile il y aurait à profaner les tombes des Ming pour venger les crimes des Taing. Note de Véditeur.

(1) Les Ou Wang (3® royaume de Ou) régnaient au sud de la Hoai. En 45 ans, de 892 à 937, ils fournirent quatre princes gouvernant 38 villes. Yang Hing-mi (892-906) Yang-pou (906-908), Yangtong-yn (908-921), Yang-pao (921-937); le dernier essaya mais en vain de se faire reconnaître Empereur à Sou-tcheou.

(2) "Aux temps troublés des 5 dynasties (907-960), Ts'ien Leou ^ ^ (851-932) qui de simple contrebandier de sel était devenu prince de Ou et de Yué -^ j® i ) était un vrai roi; il avait sa résidence à Hang-tcheou. Mais, en vrai condottiere, il se prêta à celui des Empereurs éphémères qui lui accordait le plus d'avantages." Var. Sin. n" 10. Eoyaume de Ou du P. A. Tschepe S. J. p. 165. Ce passage semblerait contredire notre texte: mais il est facile de l'expliquer en se reportant à la liste des royaumes indépendants au temps des 5 dynasties donnée par le P. C. Pétillon S.J. Var. Sin. n° 8 p. 108, et qui indique deux royaumes distincts : l'un de Ou au sud de la Hoai, l'autre de Ou Yué dans les deux SR*

(3) En dépendaient les 4 sous-préfectures : Chwng-yueny Kiu-yong, Li-choei et Li-yang; on refit alors le palais de Yé-chcm.

128 CH. VIII. DYNASTIE (xiir) DBS T*ANG, 620-907.

75 & « # W JW Ife a * 81- Il se fit suppléer à Cheng^tcheou (Nankin)' par son fils adoptif Siu Tche-kao |^^ fj, confirmé dans cette charge, en 912, par Yang Long-yn ^ ^tïM' roi de Ou ^, établi lui-même à Yang-^tcheou, Nankin n'eut qu*à ^e louer de l'administration de Siu Tche-kao, attentif à faire les meilleurs choix pour les ofTices mandarinaux.

Par ses soins l'on rebâtit Cheng-tcheou et le palais du Gouverneur (914); Siu Wen y vint en personne trois ans après et •résolut de s'y fixer avec toute sa famille.

Cependant Yang Long-yn (deuxième fils de Yang Hing-mi) affermissait progressivement son autorité de roi de Ou, En 920, il transforma en KinAing fou ^ fê Jj^ le nom du tribunal du Gouverneur de ChengAcheou, tribunal appelé jusque-là Cheng- Icheou Ta-tou tou-fou ^ )^ ^^^ J^- ^^^ Wen fut promu au rang de Préfet de Kin~ling, La ville s'embellit merveilleusement, et le palais Tse-ki kong ^i^'ë ^"^ construit sur l'ancienne place de Yé tch'eng îé M (^)-

En 922, Yang P'ou ^^ (4« fils de Yang Hing-mi) roi de Ou 3^, s'empara de la moitié de la pagode de T^ong^Vai .se [^ ^ ^, rendue fameuse par les folies de l'empereur Liang Ou ti, pour en faire une vaste bonzerie, nommée T'ai-tch'eng ts'ien-fou yuen SF M ^ jffi ^' ^^ ^'^ P^s oublié que l'antique ville de T'ai tch'eng existait dans le voisinage immédiat du monastère bouddhique T'ong-t^ai se (Pé-ki ko et Ki-ming se).

La pagode de Hing-kiao se ^ ^ ^ à Che-t'eou tch'eng, remonte aussi à cette époque (924).

A la mort de Siu Wen ^ ^, grand ministre de Ou (927), son fils Siu Tche-siun f ^ ^ ||l lui succéda en qualité de préfet de Kin-ling ^ ^. Mais Siu Tche-kao le remplaça bientôt par son frère Siu Tche-ngo ^Sï JM H (928). Et Siu Tche-kao lui-même vint, à la fin de 931, gouverner en personne la ville de Kin-ling, comme avait fait Siu Wen, son père adoptif. L'année suivante, cette ville fut agrandie ; dans le palais du Gouverneur, on bâtit le Li-hien yuen H R fê, sorte d'Hôtel ou Club des Lettrés.

Song Ts'i-K'ieou ^ $ f^, secrétaire de Siu Tche-kao f^^ J5| |§, exhortait son maître à presser Ou Siun-ti ^ ^ ^ (roi de Ou) de venir fixer sa résidence à Kin-ling 4^ gf . Pour l'y déterminer, on exécuta au palais du gouverneur des réparations qui le transformèrent en palais royal (934). Siu Tche-kao alla habiter sa résidence particulière à T'ai tch'eng. Un décret du roi de Ou le nomma TsH wang ^ 3£ (Prince de Ts'i), lui prescrivit d'habiter

(1) Au Kiang-iran,Y(ti!g Ou ^ fM prince de Hoai-ngan fj^ ^î était à peu près indépendant. Il fut assassiné vers fl09. La guerre désola de nouveau la région de Tchevhiang et de Nankin ; ou plutôt, il semble que ce fut alors la condition presque normale de ces pays.

f II. HEOU OU TA!. NAN-T*ANG. T'aNG Lï-TSOU, 987-943. 129

le palais qu'il lui avait préparé et le constitua lieutenant-général du royaume.

• On construisit pourtant au nouveau Ministre d'Empire un palais spécial, le Ta-yuen-c/ioai /bu ;^ 7C 6l|l /(ï, puis (11® lune, 936), un décret du roi donna à notre Kin-ling fou^^j^ le titre et le rang de Capitale occidentale.

Aussi, à la l^re lune de 937, Siu Tche^kao commença à y établir son royaume de TsH ^. Il transforma Kin^-ling fou^J^J^ en Kiang-ning fou Û! ^ /iï (^® ^^^ actuel); La petite ville de Ya tch'eng ^ ^, qui renfermait le Ta-yuen-choai fou^ devint le Kong tch'eng ^ ;jjg, la "ville impériale", puis les salles du THng Vang j|| ^ furent métamorphosées en Tien ^.

A la 3« lune (937) le roi de Ou, Joei ti Yang-p'oui§^^ (921-937) fît remettre au Ts'i \K>ang tous les insignes princiers. Son nom, abrégé d'une syllabe, fut modifié en celui de YsH-wang Kao^^'^, (Plus tard, il abandonnera ce noni de Siu Tche-kao ^^ ^ f^ pour adopter celui de Li Pien ^ ^- Quà non ascendant? murmurait ce favori de la fortune.

On Ta pressenti: il s'acheminait insidieusement au souverain pouvoir. A l'automne de 937, il.détrôna son maître, le roi Ou Joei ti ^^ c. àd. ;|^^, réduit au titre assez ironique de Jang Hoang || ^ «le monarque démissionnaire». Un mois après, il se proclamait luimême empereur; il est connu sous le nom de T'ang Li-£souJg ^^jjg, fondateur de la dynastie des Nan T'ang, ou T'ang méridionaux.

Cette dynastie particulière (937-975) qui compta trois princes, rois ou empereurs, tous fixés à Nankin (Kin-ling), ne laissa pas de faire preuve d'une certaine vitalité, malgré de perpétuels bouleversements. ' Ces princes sont: Li Pien ^^ 937-943; LiKing ^J^^ 943-961; Li Yu^ig^ (961-975). Leur principauté, comprenant 19 préfectures (tcheou) et 180 sous-préfectures ^/iienj, n'atteignait pas Sou-tcheou; mais ils étendaient leur domination au nord jusqu'à la ifoai et Ou-ho, et à l'O. jusqu'à Kieou-kiang,

L'un des premiers actes de Nan-T'ang Li-tsou ^^Ij^ fut de commander à SrnKmg ^,^ï^o Prince Ou wang, de concentrer 80.000 cavaliers et fantassins au pont T^ong-t'ou k'iao j^ ^ i^ pour, de grandes manœuvres. Nous copions, sans les discuter, ces gros chiffres dans les chroniques locales. Elles nous apprennent aussi qu'en 939 (2® 1.) le nouveau souverain, lors d'une audience générale accordée aux mandarins, transforma officiellement le titre de Royaume de Ou en celui de T'ang. Avant de tenir cette espèce de Cour plénière, il avait présidé le sacrifice au Ciel du Sud, Il alla officier à celui du T'ai miao à la 4® lune. Le mois suivant, on éleva, à l'O. du lac Yuen-ou hou la terrasse pour le Sacrifice au Ciel du nord. Li-tsou se fît construire un vaste palais, ou résidence particulière, comprenant plus de 1.000 appartements (1).

(1) Kien ^ ) " chambres," déterminées par les travées de la charpente dans les oons^ tractions chinoises.— N.B. Il ne faut pas confondre ces Nan-T^ang avec les Heou-T^ang^ seconde des 5 dynasties Ou-tai, cf .pp. 126, 127. g

130 CH. TIII. HIOU OU-TAI, 907-960.

Alors aussi fut créé une sorte de Jardin zoologique, de *'Ja*din des Plantes,» pourvu de volatiles et quadrupèdes rares, dans le voisinage de la montagne Tchong chan, aux portes mômes de Nankin.

Nankin subit alors quelques remaniements de peu d'importance, intéressant plus l'histoire que la topographie. Ts'i-ming men ^ ^ f^ devint la porte Kien-yuen men (g ^ P^.

La résidence officielle appelée Cheng-yuen ko était Tancien Ou-hing ko^f^^(Ko désigne une maison à étage). Cheng-'yuen ho # X IH fut le vocable nouvellement assigné à Tantique pagode Wa-koan se%'^^, la Pagode de la tuilerie, qui fut changée enCheng-yuen se |f. ;jc ^, (cf. suprà). Cheng-yuen ^ yc était le titre de règne (Nien-hao ^ SE) du présent souverain Li-tsou |Sljg. Notons encore la reconstruction du grand Collège gouvernemental, le Tai-hio 33J; <^. Que valaient ces édifices publics, incessamment rebâtis, refondés, refaits de fond en comble. L*examen des constructions actuelles nous permettrait de répondre à la question.

Une amnistie générale fut accordée aux prisonniers lors de la renonciation que Li King a|S Jf , c. à d. Siu King (d'abord Prince Ts'i et dans la suite second empereur des Nan T'ang) fit de ses droits au trône des, Ts'i.

Vers la fin de cette année 939, le souverain se rendit à Yangtcheou IK jH|« la Capitale orientale; à son retour, il changea encore les dénominations de plusieurs salles.

Vers cette époque aussi (hiver de 941) on assit la taxe de la cote personnelle, ou impôt capital^ fixé d'après l'embonpoint ou la maigreur des imposés. 'JÈ R^KIW^IÊ ISif^-

Nan-T'ang Li-tsou ^ ^^XW. mourut dans la salle Chengyuen tien ^7C jR »" début de 943. A la 7** lune de 942, il avait enjoint à son frère, Li King ^ ;^, Prince TsH wang ^^, d'occuper le palais de l'héritier du trône, et il l'avait contraint d'obéir, malgré ses résistances. Ce dernier lui succéda donc sans retard et fit inhumer le défunt à la sépulture Yong ling ^ ^.

L'an 947, une comète illumina l'orient. L'été de 951, un bolide énorme sillonna le ciel et s'abattit sur le sol avec un fracas terrible. Même phénomène à la 1®^® lune de 954.

Souvenir consigné ici dans les annales et digne de passer à la postérité! '^A Nankin, on pêche alors un dragon dans une mare".

Nous inclinons à croire que ces dragons, mentionnés avec persistance, dans l'histoire de Nankin, sont des spécimens de l'alligator sinensia, tels qu'en recèlent encore les eaux du Wangp'ou et du Yang^tse kiang, comme on peut s'en assurer en face des vitrines du Musée d'histoire naturelle de Zi-ka wei. Peuple et mandarins croient pourtant au dragon, omnipotent, amphibie, terrestre et aérien tout à la fois, habituellement figuré plutôt comme un quadrupède que comme un reptile ou saurien. Chaque ville renferme sa * 'pagode du roi-dragon", le Long-wang miao. Celle de Nankin n'est pas une des moins belles ni des moins

f II. ALLmATOKs. aBût;«*TCHBOtr (xurDYN,) 951-960. ÎSI

fréquentées par les hauts mandarins. Pratiquement, on y ftdoroi dans les grandes ciroonstanoes, un léssard ou un inoffenaif petit serpent. Les gravures ci-contre sont empruntées à l'étude de M, A. Fauvel, «Alligators in China» publiée par la G, B. of the R. Asiatic Society. 1879.

La Gazette de Pékin, le King^paOj du 29 oot. 1895, insère un décret impérial, prescrivant au Directeur Général des travaux du Hoang ho des sacrifices spéciaux d'actions de grâoes en l'honneur des quatre grands rois-dragons, le jaune, le rouge, le châtain, etc. L'empereur envoie dix bâtons d'encens tibétain, à brûler devant les tablettes de leurs majestés draconiennes. Le King-'pao de cette année (1897) insère un décret semblable, pour remercier le Roi-Dragon de ce que le Fleuve Jaune n'a point rompu ses digues^

Lors d'un débordement du Pei hOj un petit serpent fut pris et porté en procession au T'ai-wang miao (Temple of the great King). '*The great vice-roy Li Hong-tchang' foUowed by a retinue of high officiais, vsrent to do homage to the wretohed little snake, and to implore its interposition against the Hoods". G. Owen p. 342.

Il serait facile de multiplier ces citations à l'infini. L'habitude^ le préjugé empêchent des gens intelligents d'apercevoir le ridicule de pareilles pratiques. N'est-ce pas aussi une punition de l'orgueil qui les empêche de se soumettre au joug du vrai Dieu? (1).

T. de Lacouperie ''Western origin', p. 208. '-The To of the ancient Chinese was probably an alligator, whose species has now almost disappeared." cf. Pauvel (Alligators in China). Journal de la Soc. asiatiq. Changhai 1879. ^-Alligator, 0-yu il^ j(^ du Hoanig^ p'ou, selon Mesny's chinese Miscellany W vol. p. 27.

A la fin de l'année 955, Li Tsong-kia $ |K j|(plus tard Li YU ^ ffii 3® empereur de Nan T'ang en 961), Comte Ngan^'ting kiUn ^ % SiSi reçut la difficile et périlleuse mission de garder le passage du Kiang contre les incursions d'une puissante armée, mise sur pied par la Dynastie des Tcheou (2). La lutte, après diverses péripéties qu'il nous faut omettre, tourna à l'avantage de oes derniers.

On recourut à un compromis: pour acheter la paix, l'empereul* Nan-rang Yuen tsong "^ ^ y(^ ^ (943-961) leur abandonna les territoires au delà du Yang-tse, Il renonça à son titre personnel d'empereur (Ti ǧ) par déférence pour l'empereur des Tcheou dont 11

(1) Le P. Simon (mort évoque de Nankin) disait un jour à un mandarin : "Maïs vous ne croyez pas à la divinité des lézards ! c'est bon pour le peuple ! — Mais si, nous y croyons ! si vous aviez vu ses petits yeux intelligents, nous regardant, alovs qu'il s'agitait et faisait ses évolutions dans le baquet d'eau où nous l'avions mis! "

(2) Il s'agit des Heou-tcheou (951-900) ou Tcheou postérieurs ^ règniknt îi Pien-tiatip (K^ai-fong fou P| M jff) î ils forment la 5® des cinq petites dynasties (légitimes) que les historiens placent, de 907 à 960, entre les Tang et les Song^ et qu'ils nomment S^eou Ou-tai, les "cinq dynasties d'après," pour les distinguer des TsHen Ou-tai^ les "ô dynaaties" d'avant les Tang.

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