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c’est l’immense majorité, appellent de tous
leurs vœux une violente commotion révolution-
naire, et n’ont reculé devant aucun des moyens propres à la provoquer. Si les patriotes italiens
n’ont pu réussir jusqu’à ce jour, s’ils n’ont fait
couler le sang qu’au profit du despotisme, et non au profit de la liberté, c’est que le fatal aveuglement que Dante signalait déjà chez ses contemporains est demeuré leur partage. Et pourtant les Italiens sont habiles ; hommes
d’action au besoin, ils savent aussi s’abstenir et
calculer les forces nécessaires au succès ; mais
les questions de nationalité les ont toujours jetés dans cette sorte d’exaltation qui compromet le
succès des meilleures causes. Au lieu de s’en prendre à eux-mêmes, ils né savent qu’accuser leurs princes et l’Autriche. Que demandent-ils, ' en effet? A être affranchis du joug étranger.. Mais que ne commencent-ils plutôt à secouer le joug de leur mauvaise foi, de leur mobilité passionnée qui les pousse toujours vers les folles exagérations, des défiances et des haines invé-.
térées de province à province, de ville à ville et d’individu à individu, causes premières de la profonde division de l’Italie, et, par conséquent, de sa servitude séculaire.
Ce n’est que lorsque les Italiens auront compris la valeur du mot patriotisme et les sacrifices qu’il impose, lorsqu’ils Seront persuadés qu’ils ne peuvent affranchir leur pays qu’en subordonnant leurs intérêts particuliers à ceux de l’unité nationale, lorsque, par leur retour à une vertu éprouvée, ils auront fait leur noviciat de liberté, c’est alors, dis-je, mais seulement alors, que l’Italie sera mûre pour l’indépendance.
Mais, hélas! qu’il y a loin de la réalité à cette séduisante perspective, et combien tous les amis de cette noble contrée doivent craindre de ne pas voir de longtemps s’effacer ces tristes paroles que depuis tant de siècles l’Italie porte gravées sur son front :
Servir sempre, o vincitrice, o vinta!
Quels sont les moyens les plus propres à re-
médier aux fatales conditions faites à l’Italie? Tel est le problème sans cesse posé et non encore résolu. \
En ce qui concerne Naples spécialement, on ne saurait douter que le climat n’ait contribué à amollir et à dégrader les mœurs. Pour se rendre compte de ses propriétés énervantes, il .suffît de l’avoir habité pendant quelque temps. Jusqu’à un certain point, la race façonne l’individu et le pays façonne la race.- On a beau se révolter contre ces nécessités, contre cette per-
pétuité de vice et d’indolence, si rarement démenties par l’histoire, il est impossible, dans ces régions, de n’en pas reconnaître laréalité ! Le climat de l’Italie est, il est vrai, celui des anciens
Romains ; le climat du royaume de Naples est celui dans lequel se rendirent célèbres les Samnites,les Sicules, les Normands; mais ces grands souvenirs ne mettent que mieux en relief la dégénération de ces races guerrières et courageuses devenues des races efféminées et sans énergie. De là les invasions fréquentes et faciles;
de là les révolutions, les corruptions de tout
genre, effet d’abord et causes naturelles ensuite. Aux zones tracées par la nature semblent correspondre des zones intellectuelles; dans les temps modernes, à mesure que le soleil s’élève, le niveau moral s’abaisse. •
Une seconde cause d’avilissement pour ce pays, c’est la longue servitude dont il a souffert et dont il souffre encore. Elle l’a rendu inca-
pable de toute aspiration généreuse et l’a privé même des notions les plus élémentaires de la liberté et de la responsabilité humaine. Pour donner aux facultés individuelles tout leur ressort et créer des vertus nationales , il faut que chaque homme trouve une large voie où il puisse marcher avec le sentiment de son avenir et de sa dignité. La forme et les traditions du régime en vigueur aujourd’hui ne sont pas faites pour remédier au mal. Aussi, les écrivains qui se sont occupés de l’Italie semblent-ils, .en général, voir le salut de ce pays dans l’abolition des institutions actuelles. A mon sens, on s’exagère
singulièrement l’importance de ce spécifique humanitaire et social ; et, en effet, ne venonsnous pas d’observer que les institutions napolitaines, bien que portant des fruits empoisonnés, sont excellentes en elles-mêmes? Ne sait-on pas qu’à Rome lesjnodifications apportées depuis la
mort de Grégoire XVI dans les rouages du gouvernement pontifical, modifications consistant dans l’ accessibilité des laïques aux fonctions administratives et en d’autres mesures plus ou moins libérales, n’ont en aucune façon remédié aux abus engendrés par la vieille et déplorable routine cléricale ?
Une révolution serait-elle plus efficace qu’un
simple changement dans les institutions ? Les
douloureuses expériences de 18 A 8 ont prouvé
une fois de plus que chaque révolution ne fai- «
sait que river plus étroitement les chaînes de l’Italie, parce que après la crise, les mêmes éléments se retrouvent en présence, plus hostiles et plus impuissants que jamais. Pareils aux fils de Cadmus qui se dévoraient entre eux , les
Italiens ont, plus que les étrangers eux-mêmes, déchiré l’Italie.
Jusqu’ici,, les diverses parties de la Péninsule ont montré qu’elles étaient à peine susceptibles d’agrégation et bien moins encore d’assimila- ■
tion. La division territoriale qui contribua à sa gloire devint bientôt une des causes de sa décadence, et enfin de son asservissement.
De nombreux ouvrages ont été écrits pour prouver un fait qui semble n’avoir pas besoin de démonstration , à savoir que ce pays n’est pas bien organisé politiquement. Le principal argument sur lequel on s’appuie, c’est qu’il ne jouit pas tout entier de la plus importante condition de l’ordre politique, de celle sans laquelle tous les autres biens sont nuis, je veux dire de * l’indépendance nationale. L’opinion publique, vivement émue par les événements actuels, semble rendre l’Autriche seule responsable de
l’anéantissement de la nationalité italienne, éle-
vaut ainsi un drapeau qui rallie tous les partis. On feint d’oublier, ou on oublie réellement, que
309 NAPLES ET LES N A POLIT Al NS.
c’est la papauté qui est la cause première, directe ou indirecte, de la perte de cette même nationalité. Pendant plusieurs siècles, l’indépendance de F Italie parut grandir en raison de la puissance temporelle des papes, parce qu’ils marchaient alors à la tête de la civilisation; mais, après avoir brillé d’un vif éclat, la nation italienne tomba au dernier rang des peuples chrétiens, quand la papauté, donnant elle-même l’exemple d’une corruption mortelle, perdit toute activité religieuse. L’influence politique de la cour de Rome, qui, sous Grégoire VII, touchait à la domination universelle, devint fatale à l’Italie et fut l’origine de sa propre servitude. Le gouvernement des papes ne s’est-il pas montré, d’ailleurs, le pire des gouvernements? Bien loin de servir d’appui à la liberté, les~principes ecclésiastiques s’y sont toujours montrés contraires. Pie IX, ce pape plus généreux qu’éclairé, n’aurait point consenti à octroyer une constitution à son peuple, s’il avait saisi la. portée des concessions auxquelles inclinait son
cœur, et l’altération profonde qu’elles devaient apporter aux principes de son gouvernement.
Aussi, lorsqu’il eut compris, recula-t-il épouvanté devant son œuvre.
L’Église a sans doute conservé une certaine activité sacerdotale , mais elle a perdu tous les éléments de progrès administratif et politique. Les prêtres n’ont de confiance que dans les prêtrès, et l’Église ne se résigne pas volontiers au nouvel état de choses qui l’oblige à se contenter du domaine spirituel et lui interdit d’absorber le domaine civil.
On a émis l’idée de faire du pape le président d’une confédération italienne, de lui conférer une sorte de protectorat sur toute la Péninsule, • en amoindrissant son pouvoir temporel et en allégeant sa responsabilité politique. Cette sorte de transfiguration de la papauté est-elle réalisable? N’est-ce point là une papauté imaginaire créée pour le besoin d’une cause dont les par- tisans sentent, plus qu’ils 11e se l f avouent, que
le principal obstacle à son triomphe est à Rome? .
Dans la brochure semi-officielle qui a attiré l’attention publique il y a quelques moisson s’appuie sur l’opinion de l’illustre écrivain piémontais Balbo; mais on s’est gardé de signaler son avis sur un point important, celui du protectorat du pape. Balbo déclare « que les confédérations sont indubitablement le meilleur moyen de conquérir l’ indépendance , seule capable de les maintenir, mais que les papes, puissants auxiliaires d’une pareille entreprise,
n’en sauraient être utilement les chefs. »
Où seraient, d’ailleurs, les limites du temporel et du spirituel? Dans la création projetée, l’esprit d’empiétement de la papauté et sa ténacité intempestive ne seraient-ils pas une barrière insurmontable? Us n’ont réussi jusqu’à ce jour qu’à faire de la bonne cause une cause révolutionnaire et à tourner tous les gouvernements italiens vers ün seul but, l’oppression des intelligences et des caractères. Cette solidarité malfaisante est semblable dans ses effets au vent du midi dont le souffle énerve toute la
Péninsule. Dans l’intérêt bien entendu de l’Italie, loin d’étendre le pouvoir temporel des
papes, il faudrait le supprimer; il faudrait qu’il n’y eût à Rome qu’un pontife suprême et non un souverain, car tant que siégera dans la ville
éternelle un prêtre-roi, l’Italie ne saurait être
affranchie. - . .
Les diverses causes que nous venons d’énumérer suffiraient à elles seules pour expliquer
’état actuel de la noble contrée qui nous occupe; il en est une cependant que je n’ai point encore abordée et qui fait mieux comprendre que toutes les autres comment une si profonde et si rapide décadence a pu succéder à un aussi
admirable développement de toutes les facultés humaines. Si l’Italie a vu s’évanouir si vite sa suprématie intellectuelle en même temps que s son indépendance, c’est parce qu’elle est restée étrangère à la Réforme. Privé de cette force nouvelle, déchiré par des factions politiques ou ecclésiastiques sans foi ni pudeur, incessamment miné par l’égoïsme effréné d’une multitude d’ambitieux et par l’abâtardissement des consciences, œuvre des papes plus encore que celle des princes, ce pays ne fut bientôt plus que l’ombre de lui-même, la grande ombre , comme on pourrait l’appeler encore aujourd’hui.
Malgré l’évidence de ces faits, les ennemis du protestantisme ont avancé sur ce point d’étranges raisonnements, celui-ci, par exemple, que j’emprunte à un éminent écrivain déjà cité: u Depuis le commencement du xvi c siècle jusqu’à nous, les trois nations qui s’avancèrent le plus, et qui parvinrent tour à tour à la suprématie, l’obtinrent précisément en raison inverse de la part qu’elles prirent à la Réforme.
Ainsi, l’Espagne, qui en fut pure, resta la première; puis la France; ensuite l’Angleterre:
. preuve irrécusable que la Réforme ne vint pas
en aide au progrès; preuve, ce me semble.qu’elle fut pour lui une entrave. » Ce raisonne-
ment est spécieux, mais fragile, comme tous . , les raisonnements inspirés par l’esprit de parti.
Dans un chapitre précédent, notre philosophe, défendant la religion contre ses détracteurs, soutenait que , si le christianisme a mis une si longue suite d’années à faire sentir son in- V
fluence civilisatrice, c’est qu’il fallait des siècles pour asseoir une prépondéfance durable et re-
• nouveler l’humanité. Cela est confirmé par les faits. Pourquoi le même raisonnement ne s’ap- * pliquerait-il pas à la Réforme? n’y a-t-il pas
dans ces deux phases de l’histoire religieuse
une incontestable analogie d’action et de dé-
veloppement? . • , .y
. Balbo considère, à juste titre, le christianisme comme le plus grand progrès humain, comme le plus puissant propagateur de la civi-
lisation et des lumières ; mais, en comparant
entre elles les différentes nations chrétiennes
et en appréciant l’influence de la Réforme sur chacune de ces nations, il n’envisage la question qu’au point de vue purement intellectuel, oubliant ce qui constitue le fond même de l’homme, sa grandeur morale.
Il est très -vrai que le grand mouvement religieux du xvi c siècle n’eut pas pour effet immédiat, en Allemagne et en Angleterre, d’activer le progrès des manifestations les plus brillantes de la pensée ; mais il fit davantage : il régénéra l’hommS intérieur, et le préserva de la corruption de l’Italie, qui, en propageant les arts , les sciences et toutes les séductions de sa civilisation si vantée, propageait en même temps le relâchement et la dégradation des mœurs.
L’Espagne, elle, échappa à la Réforme. Elle
, se mit, pour ainsi dire, à l’école de l’Italie, et en rapporta, avec les merveilles de la renaissance, des germes destructeurs qui se dévelop-
péreiït rapidement. A peine le mal s’était-il déclaré, qu’il était déjà sans remède. La monarchie -de Philippe II n’avant pas, pour se retremper, le souffle vivifiant du protestantisme, ne fit qu’un saut de la virilité à la décrépitude.
Après l’Espagne vient la France, qui, elle aussi, emprunta des lumières de toutes sortes
au grand foyer qui rayonnait au delà des
Alpes, et, là encore, sous François I er et ses successeurs, alliés aux Médicis, on vit s’introduire une corruption d’autant plus dangereuse qu’elle se déguisait sous des dehors plus bril- •
lants. Si la France ne succomba pas à son tour comme les deux Péninsules, c’est que les doctrines de Calvin passèrent ses frontières. La Réforme n’y domina point, elle y éprouva même de cruelles défaites; mais ses tendances morales et son esprit rénovateur y imprimèrent
des traces profondes et durables. Sous son in-
fluence, la France est demeurée gallicane et
janséniste, quoi qu’en disent les ultramontains
de nos jours, qui ne parviendront jamais à étouffer chez nous les semences de libéralisme et de tolérance. Si la condamnation des Madiai ou la séquestration du jeune Israélite Mortara excite leur joie à Rome, en France ces faits ne provoquent que la plus énergique réprobation.
Il est vrai que la culture intellectuelle en Angleterre n’a produit tous ses fruits que plus tard, à une époque qui n’est pas très-éloignée de nous. Mais la précocité est-elle un signe de force, et ce retard, dont se prévalent les détracteurs de la Réforme, ne prouve-t-il pas,
au contraire, d’une façon éclatante la puis-
sance spirituelle et durable d’un mouvement religieux qui a progressivement amené un peuple à ce degré d’élévation et de développement universel, tandis que le catholicisme des Borgia et des Méclicis laissait retomber l’Italie dans les ténèbres intellectuelles et morales, en même temps qu’il la plongeait dans une humiliante servitude ? Ne pouvant nier la supériorité des sociétés protestantes, les ultra-
SERVITUDE ET AFFRANCHISSEMENT. 31 i
montains cherchent à établir . que, loin d’être due à la renaissance religieuse , cette supériorité doit être attribuée à l’affaiblissement de son influence sur ces peuples et à l’infiltration nouvelle dans leur sein des tendances catholiques.
Adopter ces conclusions, ce serait vouloir s’armer contre le protestantisme d’arguments
puisés dans ses succès mêmes. Ce serait rai- , sonner — ou déraisonner — comme l’a fait un écrivain catholique, M. Nicholas, qui a publié un lourd volume pour prouver que la réfor-
mation est la mère du socialisme, du commu- . ,
nisme et de toutes les erreurs coupables qui troublent les sociétés modernes: Le moment, était assez mal choisi pour émettre cette opinion. On était au lendemain de la révolution de 1848 , et, pour faire justice d’un sophisme aussi grossier, il suffisait d’avoir observé en témoin impartial les grands désordres politiques et sociaux de cette époque. On avait pu .voir, en effet, que, tandis que l’Autriche, l’Ita-
lie, l’Espagne et la France étaient minées par le socialisme, les nations entachées d’hérésie, l’Angleterre, la Prusse, la Hollande, les États- Unis, se maintenaient dans un calme d’autant plus remarquable que les bouleversements des pays voisins semblaient fatalement contagieux. M. Nicbolas ne se troubla point pour si peu, et se retrancha bravement derrière l’argument que voici : « Si les nations protestantes , dit-il gravement, ont su conserver leurs institutions et la paix intérieure, cela tenait au reste de
catholicisme qu’elles avaient gardé ; si les na-
tions catholiques ont été bouleversées, cette explosion ne doit être attribuée qu’aux éléments protestants qu’elles renferment. »
L’illustre Balbo reconnaît bien cependant
que les nations hérétiques ont part au trésor de moralité chrétienne, principe de toute civilisation , de toute culture intellectuelle et de
tout progrès. Il reconnaît qu’elles ont plus de
vertu que la nation italienne. Il accorde une vertu supérieure à l’Angleterre et déclare qu’il
l’envisage comme étant chargée de F apostolat chrétien dans les temps modernes; ce qui ne -l’empêche point d’affirmer que, pour parvenir à une si grande situation, elle a suivi un mauvais guide.*
L’argumentation de M. Nicliolas est nette et
concluante pour un ultramontain ; mais, mal-
gré tout ce quelle a d’irrésistible, je doute
que les Italiens y soient très-sensibles. Ils se '
seraient peut-être résignés sans trop de peine à faire usage d’un instrument de progrès, et à suivre un guide qui les eût' conduits — lente- v ment, mais sûrement — à la grandeur, à la vertu
età l’indépendance des nationalités protestantes.
En ce qui les concerne spécialement, il serait plus logique et plus exact de dire avec un de leurs penseurs éminents, Leopardi . « Pourquoi l’Italie, qui était demeurée tout aussi étrangère à la Réforme que l’Espagne, se laissa -t- elle ravir sa suprématie des siècles antérieurs et tomber dans cet abaissement dont elle n’a pu se relever depuis ? — Parce quelle
perdit son indépendance. — Mais pourquoi la perdit-elle? — Parce quelle était corrompue.
— Or, comment son orthodoxie catholique ne Pavait-elle pas préservée de la corruption ? » Parce que, apparemment, cette orthodoxie, privée des forces vives de la Réforme, était impuissante à lui donner la vertu comme moyen d’indépendance, pas plus que l’indépendance comme moyen de vertu.
Les donneurs de conseils répètent aux Ita-
liens opprimés : « Que l’indépendance soit
votre but, la vertu votre moyen. » Mais où
puiseront-ils cette vertu qu’on leur recommande, sinon dans des croyances plus capables de donner l’essor à l’activité individuelle et publique, aux notions du droit et de la justice, aux inspirations de la morale chrétienne, qui seules peuvent élever et maintenir une nation ? La renaissance religieuse est le sine qua non de la renaissance politique.
Les Italiens, dans ces derniers temps, ont
compromis souvent, et parfois déshonoré leur
cause, en traduisant leurs aspirations les plus légitimes par des folies ou des attentats. 11 est à craindre que ces tendances funestes ne fassent avorter toute tentative de rénovation qui se produirait en dehors de l’élément moral et religieux. Toutefois, ce n’est point une raison de désespérer de l’avenir, car ces ardentes passions contiennent plus de germes de vie que l’indifférence et l’engourdissement universels. Elles ont déjà fait naître nombre de courageuses individualités; il reste au peuple à montrer que leurs sacrifices et leurs souffrances n’ont pas été incompris.
Les révolutions et les interventions étrangères ne sont pas les uniques moyens de salut. Elles sont sujettes à inspirer des soupçons et des défiances qui paralysent les plus généreux efforts.
Ce ne sont pas seulement les systèmes ou les hommes au pouvoir qu’il faut changer; il faut transformer l’homme lui-même « le relever de son avilissement, lui procurer les bienfaits
d’une éducation libérale et éclairée, et sur-
tout le nourrir de l’esprit du christianisme dégagé des erreurs qui l’obscurcissent ou le dénaturent. '
. Je ne crains pas dë le répéter, il n’y a guère
d’affranchissement possible de l’Italie qu’à condition qu’elle secouera la tutelle sacerdotale et > * * ■* *' rejettera le billon clérical pour ne conserver
que l’or pur de l’Évangile. Je demeure convaincu que ce noble pays, si grand encore ♦ * , dans ses ruines, si riche dans sa pauvreté, où
la civilisation moderne a brillé de son premier et de son plus vif éclat, mais qui n’a plus aujourd’hui dans ses veines inertes que le vieux
sang papal , je suis convaincu, dis-je, que ce pays ne trouvera que dans la transformation de ses croyances un remède à sa caducité . intellectuelle et morale, d’autant plus frappante que les nuages de l’obscurantisme se sont étendus sur un ciel plus lumineux. >
Combien de temps durera ce grand travail de rénovation ? Dieu seul le sait , car seul il
modère ou précipite le cours des événements.
Ce qui importe, c’est que les Italiens sachent bien que vers ce but doivent se tourner leurs vœux et leurs efforts. Si longue et si pénible que soit l’épreuve, l’issue n’en saurait être douteuse, car « les nations chrétiennes peuvent être atteintes de maladie, mais non pas mourir'. » .