‹ Napoléon apocryphe, 1812-1832Chapitre 126 sur 154 · PRESSENTIMENTS LES PEUPLES · texte numérisé non relu

PRESSENTIMENTS LES PEUPLES

puissent étre réalisés. Ainsi des voix prophétiques étaient entendues dans Rome et dans toute l'Italie, pendant les jours qui précédèrent la mort de César. Ainsi des courriers inconnus traversaient les villes de Picardie et de Flandre, s'écriant que Henri IV venait d’être assassiné, quelques jours avant que l’attentat eût été consommé.

Il en était de même dans toute l’Europe; des voix venaient murmurer à toutes les pensées le mot de monarchie universelle. Toutes les âmes étaient saisies de ces mots ; tous les hommes en parlaient avec une conviction sainte. Le monde, disaient-ils, est désormais acquis à la domination de l'empereur; aucune terre sur le globe n’est déjà plus en dehors de sa puissance. L'œuvre est accomplie.

Ils parlaient ainsi, et cependant il n’y avait de connu encore que la souveraineté de l'Europe et la conquête de l’Asie et de l'Océanie; on savait bien que l’Afrique était en ce moment parcourue et sans doute conquise, mais cela n’était point certain, et d’ailleurs aucune nouvelle n’était venue apprendre si l'Amérique avait éprouvé quelque changement dans sa position politique à l'égard de l’empereur. Il y avait lieu de croire au contraire que les révolutions incessantes du nouveau monde y occupaient exclusivement les nations, et que Napoléon, tout entier au vieux continent, ne songeait point à elles. Néanmoins on voyait depuis quelque temps les télégraphes agiter sans relâche leurs bras mystérieux ; on annonçait que des ambassadeurs avaient débarqué à Cadix et à Brest ; enfin, tous les rois de l'Asie et de l’Europe, les sénateurs, les membres du corps législatif, les grands de l'Etat, avaient été convoqués pour la même époque à Paris, et ce concours de circonstances avait révélé sans doute à cette nation pressentante des Français le grand événement qui allait s’accomplir, la monarchieuniverselle.

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