MOSCOU
les derniers rangs, qui ne voyaient rien encore, s'écrièrent aussi : « VoHà Moscou ! »
Elle était là, cette ville, avec ses trente-deux faubourgs, ses mille clochers, ses coupoles d’or, ses flèches orientales, indiennes, gothiques, chrétiennes; cité immense, qui ondoie parmi les nombreuses collines sur lesquelles elle se repose, semblable à une caravane de tous les peuples du monde, qui se serait arrêtée là, et y aurait tendu ses tentes.
L'armée française, se déployant sur le mont du Salut, contemplait ce magnifique spectacle, et promenait des yeux éblouis des lourdes tours du Krprglie aux clochers étincetants d’Ivanweliskoï. « La voilà! » dit l'empereur en piquant son cheval blanc, et il traversait les rangs avec cette splendeur du conquérant qui illuminait son front. |
L'armée cependant continuait sa marche.
« Halte ! » s’écria-É-il; et son ordre retombant comme en cascade sur tous les rangs, mille voix obéissantes, du maréchal au sergent, crièrent à leur tour : « Halte ! »
Les généraux se réunirent auprès de lui, et il tint conseil devant la ville sainte.
Elle paraissait calme et soumise, comme un ennemi vaincu qui tremble ; mais trop silencieuse peut-être.
Les généraux attendaient ses paroles. :
« Ils ne viennent pas!» murmurait-il; et il marchait rapidement au milieu de ces hommes qui reculaient devant ses pas et épiaient quelle pensée s’échappait de ses yeux baissés.
Puis, un quart d'heure après, comme s’il était las d’attendre quelque chose, il demanda au roi Murat ce que signifiait ce calme.
-« Qui aurait cru, dit-il, qu'il. ne.sortirait pas | de cette capitale quelque boyard avec les inutiles clefs d'or de sa cité? »
RASPTOCHIN. d
En Méme temps, un offitier d'ordonnance arriva; il annonça que le général Miloradowitch venait d’évacuer la ville, et que son arfière-garde en était déjà sortie.
Un autre officier vint ensuite avec quelques Français trouvés aux portes de Moscou ; ils apprirént qu'elle était déserte.
Deux cent cinquante mille Moscovites s'étaient retirés de leur Jérusalem.
Moscou était déserte !.…
« Marchons donc, dit l'empereur ; c’est à mon armée à la repeupler. »