‹ Napoléon en paradis; vaudeville en un acte. Par MM. Simonnin, Benjamin et Théodore NChapitre 13 sur 20 · ET OUVRIERS, VICTIMES DES JOURNEES DE JUILLET · texte numérisé non relu

ET OUVRIERS, VICTIMES DES JOURNEES DE JUILLET

( Ils ont un drapeau tricolore, Us entrent sur l'air de la Par^i^ sienne. ) ( On entend encore le bruit du canon. ) AzAEL, quia été voir de nouveau d travers lesnuageset quivient

d^ essuyer une bouffée.

Encore cette fumée qui sent la guerre !

GARRIEL.

Quel drôle d*encens les Parisiens font monter au ciel !

SAINT-PIERRE

Yous prenez ça pour de l'encens!., il est charmant l'ange Gabriel ! il prend celle fumée pour de Tencens.

MARENGO

Il a raison, morbleu !. . . .

Air : On n'offense pas une belle ^

L'airain ou le bronze ! sur terre , A ce parfum sert d'encensoir ,• C'est l'encens qu'on offre à la guerre ; Il fait plus d'honneur à r'cevoir....

Celui que brûlent maints esclaves Au nez des rois, même aux conclaves , Est souvent moins pur et moins bon.

C'est pour ça qu'en Franc' , mon fiston , On embaume le corps des braves Avec de la poudre à canon.

SAINT-PIERRE

Il parait qu'il y a eu du grabuge là-bas ?

MARENGO

Oui^ fiston.

SAIKT-PIERRE.

Ah ça, mais dites donc, voilà deux fois que vous m'appeîe* fiston. . . . est-ce que j*ai l'air d'un fiston?. ... Je suis Saint - Pierre, portier du paradis.

GARRIEL, d Marengo.

C'est Saint-Pierre, le vieux pécheur.

MARENGO

Ah! c'est un vieux pécheur! Eh bien, moi, je suis un vieux

grognard, soldat de Napoléon. ... (Il ôte son chapeau,) yèlais avec lui à Marengo, dont que le nom m'en est re.slé. . . Alors puisque tous demandez ce qui Tient de se passer là-bas, vous saurez donc qu'il est bon que vous sachiez, qu'il y avait un ministère qui voulait commander la manœuvre et qui n'y entendait rien : ça s'ycit souyent, mais celui-là, non content d* vexer les particuliers , leur envoyait des boulets; c'était une boulette. C'est pas pour moi que je dis çay»5ar c'est de la mitraille qui m'a tué. . . v'ian. . . assez causé. . . j'ai descendu la garde.

Ernest.

C*cst vrai, je tous ai vu tomber.

FRANÇOIS

Moi aussi vous d'vez ben me reconnaître. . . François. . . . l'compagnon charron

Attendez donc que je vous fisque oui ma foi. . . . vous

étiez au Louvre ?

GABRIEL, leur présentant ArcoUe.

Et celui-là le reconnai-sez-vous? C'est le jeune Arcolle.

MARENGO, et les autres.

Arcolle!....

ERNEST, vivement d Arcolle.

Eh bien, camarade, vous pouvez être tranquille, si tous êtes mort, votre nom se porte bien , et il ne mourra pas : on Tient d'en baptiserle pont de l'Hôtel-de-Ville, que nous avons enlevé, et où vous avez péri; il ^'appelle le pont d'Arcolle ! ARCOLLE, joyeux.

Il serait possible!

ERNEST

Et du moins, en mourant, nous avons eu le plaisir de voir que notre sainte cause était triomphante.

SAINT-PIERRB.

Votre sainte cause? comnjent! Totre cause est une

sainte ! et qu'est-ce que c'est que cette sainte-là ?

MARENGO, et les siens.

La Liberté !

GABRIEL

Ses défenseurs ont bien droit aussi à une place dans le ciel.

SAINT-PIERRE

Ah ! par exemple ! s'il fallait faire de tous les braves autant

de saints dans le paradis, ça augmenterait joliment la légende

UARENGO.

Il n'y aurait pas de mal à cela ; au moins on verrait de nou- Teaux saints sur le calendrier.

Air : Des Amazones,

Or y Terrait saint Jean-Bart , saint Turenne , Saint Chevert , auxquels subito Viendraient s*unir saint Beauharnais Eugène , Saint Kelermann, et saint Montebello ; Les saints Desaix , Rléber , Hoche et Marceau.. Ces grands héros , si chers à la victoire, Par leurs exploits sont immortalisés ; Puisqu'au canon ils doivent tous leur gloire, Ils mérit'nt bien d*êlre canonisés.

Eh ben, voyons, en supposant qu'ils soient tous en paradis, comme nous, qu'est-ce qu'ils y verront?.. Qu'est-ce que l'on fait ici?..

GABRIEL

Je vais vous en instruire.

Air ; Bonjour, men ami Vincent.

On r'gard' se lever l' soleil , On r'gard' se coucher la lune;

Et par un retour pareil , S'coucher l'autre et s'ievcr l'une :

Bras croisés l^on chante et soir et matin ; C'est comme ça la veille et d'mêm' le lend'main ; ^

On se désennuie A voir la pluie Ou bien les oiseaux et les nuag' passer. Et c'est tous les jours [ter) à recommencer.

T demande pas c' qu'on y r'garde et c' qu'on y.rqit ; mais c'qu'on y fait ?

GABRIEL

On n'y faitVien.

MAREISGQ.

Eh ben , ou doit aroir du temps de reste.

SAINT-PIERRE

Ah! ça, mais, vous êtes tous entrés malgré moi ; c'est

fort bien, mais maintenant, montrez-moi vos laissez-passer. .{^Tous lui présentent un papier. )

MARENGO

Et le mien, que Toilà !..

SAINT-PIERRE, regardan les signatures.

Béranger! Béranger!». Toujours Eéranger!..

MARENGO

Voyez-vous ça , fiston , c'est une signature qu'on ne doit pas laisser en souffrance.

SAINT- PIERRE

Qu'est-ce que c'est que ce Béranger qui signe des laissezpasser, qu'on ne peut pas laisser en souft'rance? Je ne le connais pas...

CàBRlEL.

Vous êlesle seul; quant à nous, il y a long-temps que nous savons ses chansons.

Je voudrais bien savoir, par exemple, comment elles sont entrées ?

GABRIEL

Verbavolant, papa portier; ça nous est venu d'en bas!

MARENGO. '

Âh! dame 5 c'est que c'est du nanan ; par e' que c'est un bomme...

Air : des Comédiens.

Honneur à lui ! La chanson libre et fière Sur le Parnasse a droit de se ranger; La France encor ne compte qu'un Molière ; La France aussi n'aura qu'un Béranger.

Bon citoyen, de bassesse incapable,

Quand l'étranger chez nous donnait le ton , Il ne vint pas d'un rime coupable Diviniser Blucher et "Wellington.

Mais d'un parti fameux par sa démence, Ses vers fouettaient les risibles héros; Et son audace invoquait la clémence,

Quand les ultra demandaient des bourreaux.

Ah! l'on a dû calomniersa vie!

Il repoussait un régime sanglant ; Et nul n'a droit, sans exciter l'envie. D'être honnête homme avec un beau talent. Tremblez, caffards, son vers ridiculise

L'hypocrisie, en ses pieux excès :

Tremblez ingrats, son vers immortalise Les détracteurs du courage français.

Honneur à lui, etc, , etc.

CHOEUU. Honneur à lui, etc., etc.

MABEISGO.

C'est très bien, ça! Allons, mes enfans, puisque nous sommes ici , nous avons tous un devoir sacré à remplir... Il s'agirait de saluer notre ancien.

SAINT-PIERRE

Qu'est-ce que c'est que votre ancien ?

MARENGO

C'est Napoléon... Je pense qu'il doit habiter ici ?

SAINT-PIERRE

Certainement, il a un bail depuis bien long-temps... et pour peu que cela vous soit agréable, je m'en vais le faire prévenir.

MARENGO

A la bonne heure donc, fiston.

SAIKT-PIERRE.

Il paraît qu'il tient à m'appeler fiston.. . Azael , va dire à ISapoléon... justement.. . je l'aperçois, qui se promène làbas... les bras croisés...

MARENGO

Derrière le dos... c'est lui...

SAÏNT-PIERRE.

Non... croisés sur la poitrine.

MARENGO

Est-il à pied ou à cheval ?

Il esta cheval... sur un nuage... Eh, signor Napoléon!., le voilà. . .

{On voit Saint-Napoléon traverser le fond du théâtre sur un nuage.)

Tors , le voyant passer.

Air : de Léonide.

Quoi! ce long Nourrisson, Dans sa longue tunique, Sérieusement se pique D'être ^apoléon !

HÀREKGO.

Qu'est-ce que c'est qu*ça ?

SÀINT-PIERRE.

C*est Saint-Napoléon.

MÀKBlfGO.

Une s*agit pas de ça... où est mon ancien général en chef! . . l*ex-empereur, enfin ?

SAINT-PIERRE

II n'est pas ici...

MÀREN60.

El pourquoi ça , s'il tous plaît ?

SAINT-PIERRE

Parce qu'il y a eu de la cabale contre lui.. . on l'a trahi. . .

MIRENGO.

Alors, c'est comme à Waterloo .

St.-Napoléen a fait tout ce qu'il a pu pour le faire reccToir en paradis, impossible !

ERNEST et ARCOLLE.

C'est injuste !..

FRANÇOIS

Cré coquin ! oui, c'est bien injuste !

SAlNT-PIÉRRE.

Cré coquin?., quelle drôle de locution !.. Au surplus, messieurs, je Tais vous dire ce qui fait que St.-Napoléon qui vient de passer n'a pu faire entrer ici le grand homme dont il est le patron , c'est que lui-même il s'est fait beaucoup d'ennemis en paradis à cause du quinze d'août.. . ça a excité des réclamations, des propos. . .

ARCOLLE.

Ah, ça a fait des cancans !..

SAINT-PIERRE

Oh! je vous en réponds que ça en a fait !.. avec ça qu'ils sont cancaniers dans le paradis, ah. Dieu ! sont-ils cancaniers !

MARENGO

Tout ça est bel et bon l mais ce n'est pas ça que je vous demande ; c'est mon général!.. l'Empereur Napoléon...

ERNEST

Il a raison ! il faut absolument qu'il soit ici.. .

FRANÇOIS

Certainement ! puisqu'il n'y est pas il faut aller le chercher... Voyons, où?..

GABRIEL, qui vient (le regarder à travers les nuages. Vous demandez l'Empereur Napoléon, eh bien , voilà quelqu'un qui vient de là-bas, et qui dit que dans ce moinent à Paris on l'annonce partout.

ÀZÀEL.

Eh bii^n, envoyez-le chercher à Paris !..

TOUS

C'pst cela ! il faut l'envoyer chercher !. . sAiNT-piERRK , aux auges'.

Ne vous en avisez pas ?. . jamais cet homme-là ne sera reçu

MARENGO

Quoi! vous osez le refuser !

ARCOLLE.

Un grand homme comme celui-là !

ERNEST

Le plus gaand héros de la France !

MARENGO

Un homme qui a fait le totir <le l'Europe, et mieux qu'ca , même, si on compte l'Egypte, la canne à la main, on pourrait dire en s'pronienant; pour fair' connaître à ses soldats toutes les capitales... quVétait comme un cours de géograpliie pratique, et qui tout en marchant improvisait des lois, d' l'administration , des alliances, des concordats , du génie.. . est-ce que je sais, moi! enfin., un homme qu'avait fait d'Ia France l'entrepôt central de toutes les gloires, 1' point de mire du monde, l'admiration de l'univers : c'est pourtant quelque chose que ça !

Air : ci* Aristlppe.

J'ai pris ma part dans ces brillantes fctf ? , Lorsqu'il faisait la queue aux polentats ; Lorsqu'il faisait pleuvoir sur tant de fôt€5 Grades et croix, cordons et majorats; Lorsqu'il faisait tant de .rois et d'ingrats ; Lorsqu'il greffait dans les Qours étrangères Ses inarécbaux e:i tout leur bataclan , Il en est deux, dans ses jours de misères , Qu'ont pu l'trahir et le laisser en plan!. .

El faites-moi le plaisir de BOter en manière de post-scriptum que c'est c'ihommc-là (\m a.iropwft les églisps. C'est TOt' affaire ça... ça vous regarde... . .

CkHRiLh, à Sainl-Pierrc.

Oui, cerlainement, nous lui ouvrirons la porte inulgrc

SAiRT-piERRE, en colère, Ali, c'est-à-dire, monsieur Gabriol !..

AZAEL.

C'est-à-dire que vous n'êtes que le concierge !. .le portier.. .

SAINT-PIERRE

Je suis le suisse du paradis.

FRANÇOIS

Vous êtes suisse !.. Eh bien , vous ne risquez rien ; si l'on vous traite ici comme on les a traités là-bas... AZAEL et GABRIEL , menaçant.

Cela se pourrait bien !..

FRANÇOIS

Ont-ils du toupet, ces petits atigcs-là!..

Oui , il paraît qu' c*est de fameux cadets tout de même!..

ARCOLLE.

Attendez, attendez... je me souviens... je vais vous donner des cocardes nationales. J'en avais une pacotille...

TOUS LES ANGES joyCUX.

Afr !'qu« c'est joli- des cocardes tricolores ! i^L€s uni mettent l^s cocardes, tes autres se Jettent sur Snini- Pierre. )

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