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ARANJUEZ 3 I I

Espagnols n'avaient plus confiance en eux; ils songèrent à l'uir ; Napoléon le craignit ; ses projets en eussent été contrariés : il envoya l'escadre Rosily à Cadix pour arrêter les fuyards .

Les troupes de Murât approchaient de Madrid. L'agitation devenait terrible autour de la famille royale. La foule, entendant parler de son départ, se portait à Aranjuez, ne voulait pas la laisser partir, ne voulait pas que le royaume fût livré aux Français. Ferdinand dut promettre de ne pas s'en aller. Godoy parla dans le même sens ; mais les préparatifs de départ continuèrent ; le bruit courut, était-il fondé ? que le prince de la Paix expédiait ses trésors à l'étranger. L Espagne eut peur de se trouver tout d'un coup abandonnée par ses rois, à la merci de l'Empereur.

Le 17 mars, l'émeute inévitable éclatai Le palais royal d'Aranjuez fut assiégé, envahi par la foule, aux cris de « Meure Godoy ! » Charles IV effrayé enleva au prince de la Paix toutes ses fonctions et dignités. Godoy, après de longues heures d'épouvante, fut arraché du grenier où il s'était caché, fort maltraité, conduit au prince des Asturies qui le fit enfermer pour le sauver de la colère populaire. Le 19 mars, Charles IV abdiqua. Ce fut une faute de Ferdinand que de prendre la couronne dans ces conditions ; ainsi il la devait à la révolution ; il passait pour un usurpateur, pour un mauvais fils. Napoléon ne manqua pas d'en profiter.

Le roi, la reine, leur fille, la reine d'Etrurie, en appelèrent à Murât, sollicitèrent sa protection dans les termes les plus vils : « Mon fils, écrit la reine, était à la tête de la conjuration ; les troupes étaient gagnées par lui ; il fit sortir une lumière à l'une de ses fenêtres, signe qui fit commencer l'explosion... Je crois que le grand-duc doit prendre des mesures

1. Voir le récit de lémeute d'Aranjuez. dans G. de Grandniaison, L'Espagne et ÎS'apoléon, p. i4")-i47-

L AFFAIRE DESPAGNE

pour empêcher qu'ils ne tuent le pauvre prince de la Paix... Ils feuont de même du Roi et de moi. Nous sommes entre les mains du grand-duc et de l'Empereur... Ils vont lui couper la tête en public, et ensuite à moi,.. Le roi et moi avons plus d'intérêt à sauver la vie et Thonneur de notre innocent ami que le nôtre même. Mon fds est l'ennemi des Français quoiqu'il dise le contraire. Je crains qu'il ne fasse quelque attentat contre eux. Le peuple est gagné avec de l'argent, et ils l'enflamment contre le pauvre prince de la Paix et le roi mon mari et moi, parce que nous sommes alliés des Français et que nous les avons fait venir... * »

Murât entendit tout cela ; il leur répondit par le conseil de protester contre leur abdication, de déclarer qu'elle leur avait été imposée par la violence. Le 21 mars, Charles IV rédigea l'acte suivant : « Je proteste et déclare que j'ai été forcé d'abdiquer la couronne en faveur de mon fils, par mon décret du 19 mars, pour prévenir de plus grands malheurs, arrêter l'effusion du sang, et que par conséquent ce décret n'a aucune valeur. » Et il écrivit aussitôt à Napoléon :

« Monsieur mon frère, Votre Majesté apprendra sans doute avec peine les événements d'Aranjuez et leur résultat. Elle ne verra pas sans quelque intérêt un roi qui, forcé d'abdiquer la couronne, vient se jeter dans les bras d'un grand monarque son allié, se remettant en tout à sa disposition, qui seul peut faire son bonheur, de toute sa famille et de ses fidèles et aimés sujets. Je n'ai déclaré m'en démettre en faveur de mon fils que par la force des circonstances, et lorsque le bruit des armes et les clameurs d'une garde insurgée me faisaient assez connaître qu'il fallait choisir entre la vie et la mort qui eût été suivie de celle de la reine. J'ai été forcé d'abdiquer, mais rassuré aujourd hui, et plein de confiance dans la magnanimité et le génie du grand homme qui s'est

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