‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 155 sur 235 · BAYONNE 3 1 J · texte numérisé non relu

BAYONNE 3 1 J

Murat pour n'avoir pas dit à l'Empereur quand il en était temps, que l'Espagne était une nation redoutable, que le peuple espagnol avait assez de courage et d'enthousiasme pour défendre sa liberté.

Thiers ^ admet l'authenticité de cette lettre, mais ajoute qu'elle n'a pas été envoyée. Napoléon l'aurait mise dans un tiroir pour la sortir à Sainte-Hélène, pour l'édification de la postérité?

En vérité Napoléon n'était pas si timide : s'il avait blâmé ou seulement désapprouvé son beau-frère, il était de caractère à le lui faire connaître ; il n'était pas de caractère à se laisser entraîner malgré lui dans une aventure pareille. Mais quoi ? Le 27 mars, deux jours auparavant, il écrivait à Louis pour lui offrir la couronne d'Espagne, annonçant son prochain départ pour Bayonne'.

Ce même 29 mars, Champagny écrivait à Beauharnais, sur instructions de l'Empereur, pour recommander précisément la conduite que Murat venait de tenir, c'est-à-dire de ne rien faire qui puisse être interprété comme une reconnaissance du prince des Asturies comme roi d'Espagne, de continuer à traiter les affaires avec les ministres « toujours comme si Charles IV gouvernait encore... L'Empereur désire qu'on n'attente pas aux jours du prince de la Paix. Il abhorre le sang et les vengeances populaires, et un thrône ensanglanté serait celui qu'il voudrait le moins reconnaître '■ . » En dehors de cette lettre extraite du Mémorial, il n'y a rien dans la Correspondance et dans les ordres de l'Empereur qui soit le moins du monde un désaveu ou qui exprime le moindre regret de la conduite de Murat. Il faut laisser à Napoléon toute la responsabilité de l'affaire d'Espagne. Il la poussa

Page 1