I. A. Lefebvre, III, 5i
•1. G. de Grandmaison, L Espagne et Xapoléon, p. iog.
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Tout ce cortège était gardé par de nombreuses troupes françaises, surveillant les ponts et les défiles de la route, fouillant les hameaux, les villages, obligées souvent de faire le coup de feu sur des groupes isolés, parfois de fusiller sommairement, pour l'exemple. Joseph était navré d'une aussi misérable situation, et effrayé.
Napoléon le consolait, l'encourageait comme un enfant, comme un adolescent inquiet des embûches de l'existence. Il faut suivre un moment cette correspondance des deux frères, ne fût-ce que pour préciser encore un peu plus le caractère de leurs relations.
Dès le lendemain de leur séparation, l'Empereur demande des nouvelles ; car lui-même sans doute il n'était pas sans inquiétude : « Je désire que vous m'écriviez tous les jours dans votre voyage. » De son côté il écrivit à Joseph, jusqu'à l'arrivée à Madrid, tous les jours, quelquefois deux lettres dans un même jour ; et il exigeait de longues lettres avec beaucoup de détails.
Il ne cessait de rassurer le malheureux roi sur la situation des troupes, disant qu'il n'avait rien à craindre, que rien ne manquerait, qu'il fallait être gai, et content, même si Ton n'en avait pas envie : ce qui était généralement le cas. Joseph s'inquiétait de n'avoir pas de nouvelles de Madiid : Quoi d'étonnant.' répliquait 1 Empereur; on n'avait pas de nouvelles, parce qu'il n'y avait pas de nouvelles à en avoir, parce qu'il ne s'y passait rien d'extraordinaire. Il ne faut pas se tourmenter ainsi ; on mettra de l'infanterie, de la cavalerie, de l'artillerie en Biscaye, partout où il en faudra pour assurer la tranquillité du pays, et les communications avec la France, dont Joseph avait un souci particulier.
L'Empereur essayait de le distraire, lui montrait combien sa tâche était « belle et glorieuse », le comparait à Philippe V, à Henri IV, obligés aussi de conquérir leur royaume : « Soyez gai, ne vous laissez point affecter, et ne doutez pas
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un instant que les choses finiront mieux et plus promptement que vous ne pensez. Tout va très bien à Saragosse... Vous régnerez, vous aurez conquis vos sujets pour en être le père : les bons rois ont passé à cette école'. »
Le 20 juillet enfin, comme Joseph approchait de Madrid, Napoléon et Joséphine quittèrent Bayonne pour rentrer à Paris par Bordeaux et Nantes. Il n'était pas prudent pourtant de laisser Je pauvre roi tout seul.
En fait, tout le royaume était debout contre « le roi intrus ». Il était roi, ou à peu près, là où il y avait des troupes françaises, mais non pas une lieue plus loin. Toute la population espagnole était animée d'une sorte de fureur, et répétait, en les exagérant encore par l'imagination, les scènes du guet-apens de Bayonne. Elle montrait autant de colère contre ceux qui conseillaient la prudence, que contre les Français eux-mêmes ; la guerre, non pas la guerre civile, comme disait toujours Napoléon, mais la guerre nationale, la guerre de l'indépendance, prit aussitôt un caractère d'exaltation patriotique et de violence sauvage. Joseph était l'homme le moins fait pour une pareille situation.
Bientôt d'ailleurs, le danger diffus, le mystère d'inquiétude dont il était enveloppé sur la route de Madrid, et à Madrid même, s'exprima en épisodes précis. La flottille de Rosily, que Napoléon avait envoyée à Cadix, y fut bloquée par les Anglais qui Tobligèrent à capituler et jetèrent une garnison dans la ville, fraternisant avec la population. L'événement était grave ; il eut un grand retentissement dans toute l'Espagne ; le mouvement national en fut définitivement encouragé.
Les divisions Dupont et Vedel qui étaient chargées de conquérir l'Andalousie, se trouvèrent ainsi arrêtées, aux environs de Séville, et très éloignées de leurs bases, séparées de