Aff. Etr., Corr. de Russie, vol. 148, f
LES ARMEMENTS DE LALTRICHE Bgi
elle avait voulu contenir l'essor de l'aigle napoléonienne ; vaincue à Austerlitz, elle avait perdu tous ses domaines en Italie et en Allemagne ; elle avait perdu le vrai titre impérial, et, à cause de la diversité de ses nationalités, elle ne peut pas être une nation, elle ne peut être qu'un empire : c'est encore vrai un siècle plus tard.
Or après Tilsit, prise entre les deux colosses russe et français, qui semblaient se partager l'Europe, elle était à peu près réduite à la condition de la Prusse, elle était menacée dans son existence même. Comment ne se serait-elle pas tenue sous les armes?
Les afifaires d'Espagne, de Bayonne à Baylen, n'étaient pas pour décourager ces dispositions, soit qu'elle en éprouvât de l'inquiétude, François II pouvant craindre pour luimême le sort de Ferdinand VII, — et nous verrons en efiet que Napoléon un peu plus tard chercha à le détrôner, — soit qu'elle y prît l'espérance de vaincre enfin, en profitant de cette diversion imprévue. Les conversations d'Erfurt n'étaient pas pour la dissuader de la guerre ; elle soutenait depuis des mois un rude efi"ort financier et militaire, qui ne pouvait se résoudre que dans l'action. A voir l'extraordinaire vigueur de la nation espagnole, au souvenir de celle de la nation française, elle eut l'idée d'employer aussi la force révolutionnaire ; elle fit appel à la « nation allemande ». Dans l'excès de son malheur et de ses inquiétudes, elle sortait de son naturel ; il lui devait revenir au galop.
Ses armements étaient dès lors achevés, et elle était décidée à la guerre, moins ruineuse peut-être que les préparatifs auxquels elle s'obligeait depuis si longtemps. Andréossy écrivait le 1 5 janvier : « Au moment où je terminais ma dépêche, il m'est revenu que le cri de guerre s'est fait entendre ; l'attaque serait au commencement de mars^ »