CHAPITRE X
Aux premiers coups la victoire se montra encore fidèle à Napoléon. En cinq jours, du 19 au aS avril, il dispersa Tarmée de Tarchiduc Charles ; à Eckniuhl notamment, il faillit lui infliger le même sort qu'à Mack ; Tarchiduc eut grandpeine à se dégager par les ponts de Ratisbonne pour gagner la Rohème. Il crut même qu'il convenait de faire aussitôt une démarche pacifique auprès du vainqueur, et il adressa à Napoléon, avec l'autorisation de l'empereur François, la jolie lettre que voici :
« Sire, Votre Majesté m'a annoncé son arrivée par un tonnerre d'artillerie, sans me laisser le temps de la complimenter. A peine informé de votre présence, j'ai pu la pressentir par les pertes que vous m'avez causées. Vous m'avez pris beaucoup de monde. Sire ; mes troupes ont fait aussi quelques milliers de prisonniers là où vous ne dirigiez pas les opérations. Je propose à Votre Majesté de les échanger homme pour honmie, grade pour grade, et si cette offre vous est agréable, veuillez me faire savoir vos intentions sur la place destinée pour rechange.
« Je me sens flatté, Sire, de combattre avec le plus grand capitaine du siècle. Je serais plus heureux si le destin m'avait choisi pour procurer à ma patrie le bienfait d'une paix durable. Quels que puissent être les événements de la guerre
4lO LE TRAITÉ DE VIE>'.NE, 1809
OU l'approche de la paix, je prie \ otre Majesté de croire que mon désir me conduit toujours au-devant de vous, et que je me tiens également honoré de me présenter à Votre Majesté, soit répée, soit le rameau d'olivier à la main \ »
Napoléon ne répondit pas à ces avances, d'ailleurs indirectes. Il estima qu'en agissant ainsi le gouvernement autrichien avait surtout le souci de l'arrêter sur le chemin de Vienne. Il ne se laissa pas retarder ; le 1 1 mai, il était de nouveau maître de Vienne ; il s'installait au palais de Schœnbriinn : il y devait rester cinq mois.
Il n'avait pas, comme en i8o5, une armée russe à aller vaincre en MoraAie. Mais il avait laissé quelques difficultés par derrière. Il avait le souci de l'armement anglais dont tout le monde parlait : quand et où allait-il tomber ? S'il apparaissait sur les côtes de la Baltique, il pouvait avoir de redoutables répercussions dans toute 1 Allemagne. Et qu'allait-il se passer en Espagne ? Lannes avait enlevé Saragosse en février : Sébastian! et Victor avaient intallé Joseph à Madrid et chassé les bandes espagnoles de la région voisine, de la Manche et de l'Estramadure. Mais Soult était aux prises avec Wellesley dans la région de Porto.
Les « prêtres » agitaient l'Italie ; les agents de l'Empereur à Rome lui affirmaient la connivence du pape avec l'Autriche, prétendaient qu'à la première occasion des troupes anglaises seraient débarquées à Civita-Vecchia, et que si par malheur de mauvaises nouvelles arrivaient de l'armée, toute l'Italie se soulèverait comme en 1799 pour chasser les Français.
Napoléon prit les devants. Le i y mai, de son camp impérial de Vienne, il lança le décret qu'il préparait depuis plusieurs mois. — « Les Etats du Pape sont réunis à l'Empire français. — La ville de Rome, si célèbre par les grands souvenirs dont elle est remplie et premier siège de la chrétienté,