‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 211 sur 235 · Cf. A. Vandal · texte numérisé non relu

Cf. A. Vandal

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d'irréparable ; il y avait de l'opportunisme dans la politique de ce conquérant.

Alexandre P'' pourtant n'en fut point rassuré ; il lui déplut de voir l'influence de la France aussi près de la Russie ; il déclara aussitôt qu'il ne pourrait pas souffrir que l'on créât une province française sur ses frontières ; il supplia dans l'intérêt de l'alliance qu'on ne lui laissât aucune inquiétude sur ce point, et il s'exprima à ce sujet « sur un ton très prononcé '■ » . Décidément l'alliance franco-russe avait perdu toute intimité ; on n'y rencontre plus que la défiance.

Quoi d'étonnant que les opérations de l'armée russe aient été sans efficacité ? Il est vrai qu'elles furent pires. Au moment où elle entrait en Galicie, l'archiduc Ferdinand avait quitté Varsovie et s'était mis à la poursuite de Poniatowski en remontant la Vistule ; il attaqua Sandomir qui commande un important passage du fleuve, au confluent du San. PoniatOAvski accourut, mais avec des forces très inférieures ; heureusement une division russe était proche; elle pouvait par un simple mouvement jouer un rôle décisif, sauver la ville ; elle n'approcha point, d'abord parce que c'était un lundi et que le lundi est un jour défavorable pour l action ; parce que le général qui était à sa tête avait perdu sa croix de Saint- Georges, ce qui était évidemment un signe funeste. Poniatowski dut se retirer ; derrière lui, les Autrichiens s'emparèrent de Sandomir le 18 juin. Il demanda une entrevue au général Galitsyne, arrivé à Lublin, afin de mieux coordonner les opérations des deux armées « alliées «.

Galitsyne déclara que ses instructions ne lui permettaient pas de coopérer avec les Varsoviens (singulières instructions) ; il ne consentit qu'à une convention verbale par laquelle les Russes agiraient sur la rive droite de la Vistule, et les Var-

I. Afl". Élr., Corr. de Russie, vol. 149, f^ 3i. Driault. — ïilsit. a8

soviens sur la rive gauche : troupes alliées qui tenaient surtout à être séparées.

Les Russes occupèrent donc la Galicie orientale que leur abandonna Poniatowski. Ils s'y trouvèrent en présence des quelques troupes autrichiennes qui la défendaient encore ; mais ils ne leur firent aucun mal ; ils évitèrent avec elles les chocs violents. Lorsque ces adversaires sans haine se trouvaient en présence, ils échangeaient des parlementaires; « les avant-postes dessellaient les chevaux et causaient comme au milieu de la paix ». Si quelque patrouille polonaise survenait, on se remettait en bataille, mais sans brusquerie, ou bien même on ne s'en donnait pas la peine, et l'on reprenait ou continuait cordialement la conversation *. Une fois les Russes tuèrent quelques Autrichiens, les ayant pris pour des Varso viens ; ils envoyèrent des excuses.

Cependant les généraux autrichiens et russes étaient en continuelle correspondance ; ils s'entendirent pour s'établir, sans autres manœuvres, de part et d'autre de la \ isloka. Dans la région occupée par eux, les Russes, avec une exquise courtoisie et un pai'fait désintéressement, rétablissaient les autorités et les couleurs autrichiennes.

Ainsi les Varsoviens avaient soulevé la Galicie contre l'Autriche; les Russes étaient intervenus pour éloigner les Varsoviens et restaurer Tautorité de l'Autriche. Les desseins de la politique russe s'éclairaient d'une lumière très suffisante, où ils apparaissaient en tout cas comme absolument contradictoires avec les engagements d'Erfurt.

Que survienne une autre bataille comme Essling : on voit se dessiner, autour de l'armée française concentrée dans la petite île Lobau, un soulèvement général des peuples et des rois, l'Espagne, l'Italie, la Hollande et l'Allemagne, la Prusse

I. Aff. Étr., Corr. de Russie, vol. 148, f'^ 38i), 409» 4i3, lettres de Poniatowski à Caulaincourt.

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et la Russie aux cotés de l'Autriche ; toute l'Europe frémissante autour de Ihomme qui la dompte; un spectacle d'une admirable grandeur.

La vigueur de Napoléon y est incomparable ; on dirait que les difficultés excitent son génie. Pendant le mois de juin, parmi la confusion des intrigues et des révoltes qui couATent autour de lui l'horizon de menaces, il a accumulé dans l'île Lobau de formidables ressources. Marmont vient d'arriver de Dalmatie; Eugène et Macdonald ont chassé l'archiduc Jean d'Italie ; ils l'ont suivi à travers les Alpes, battu le i4 juin devant Raab, et ils amènent à l'Empereur la jeune armée d'Italie toute enfiévrée de sa première victoire.

L'île Lobau — qu'on appelle alors l'île Napoléon — , les îles Alexandre et Lannes, enveloppées, en bas de Vienne, par les bras du Danube, sont hérissées d'ouvrages dont on montre encore la place, après un siècle. Napoléon y rappelle César jetant sur le Rhin les ponts fameux où s'était révélé le plus merveilleusement l'art des ingénieurs militaires de l'antiquité ; mais César n'avait pas en face de lui une armée ennemie de 200.000 hommes, avec i5o pièces de canons de position, 8 à 900 pièces de canons de campagne, sous le commandement d'un général de premier ordre.

L'Empereur inventa des ponts de systèmes inconnus jusque-là, les uns, ponts volants, tout d'une pièce que l'on pouvait jeter sur le fleuve en cinq minutes, les autres, ponts de bateaux, plus robustes, que l'on montait en une heure et demie, et où pouvaient passer des armées.

Dans les premiers jours de juillet, il fut prêt ; il examina tout cet outillage de guerre, les positions de l'archiduc Charles ; il roula en sa pensée des combinaisons stratégiques dont il ne confia le secret à personne, comme il ne confiait à personne le secret de ses ambitions ; il vit où il passerait, où il frapperait ; et il attendit le moment.

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