‹ Napoléon et l'EuropeChapitre 217 sur 235 · Aff. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 384, f'^^ 214 et s · texte numérisé non relu

Aff. Étr., Corr. d'Autriche, vol. 384, f'^^ 214 et s

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récrièrent, déclarant qu'ils ne pouvaient partir d'une telle base.

« L'empereur Napoléon, dit Champagny, veut une paix solide ; sans cela il ferait la guerre ; mais il ne veut pas perdre par la paix les avantages qvie la guerre lui a procurés ; il veut une paix solide et avantageuse. Sa position justifie cette prétention. — Mais, observa M. de Metternich, pourquoi suivre une marche différente de celle de Presbourg ? — Parce que la paix de Presbourg ne nous a point garantis de la guerre actuelle. — La paix de Presbourg, reprit Metternich, n'a pas prévenu la guerre actuelle parce que cette paix, ni celle de Campo-Formio, ni celle de Lunéville, n'ont établi ces rapports d'amitié, qui, bien plus que toutes les stipulations possibles, assurent la durée de la paix. Etablissons ces rapports entre nous. Lorsque vous avez fait la paix de Tilsit avec la Russie, vous n'avez pas établi la base de Yuti possidetis^ pas même à l'égard de la Prusse, à laquelle pourtant il ne restait plus de territoire ni d'armée. Vous avez trouvé de votre politique d'agrandir la Russie : eh bien ! nous pouvons vous servir comme la Russie, et peut-être plus constamment que la Russie, car notre cabinet n'a pas une politique aussi changeante. . . Faites-nous entrer dans votre système, et vous serez sûrs de nous. Ne nous laissez plus dans la situation d'une personne qui, placée dans une chambre avec deux autres, les voit chuchoter ; car c est là la véritable cause de la guerre actuelle. Voilà sur quelle base, utile pour vous, honorable pour nous, nous avons compté faire la paix.

« — Vous parlez d'alliance, Monsieur de Metternich, reprit Champagny ; mais, avant de songer à un traité d'alliance, il faut faire un traité de paix. — Je n'ai pas prononcé le mot d'alliance. — Eh bien ! Vous voulez que nous vous fassions entrer dans notre système? Mais n'y avez-vous pas déjà été.^ N'avez-vous pas déjà fermé vos ports aux Anglais ? N'avezvous pas rappelé votre ministre de Londres et chassé le mi-

Driali.t. — ïi!bi!. 29

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nistre anglais qui était à Vienne ?. . . Et c'est précisément dans ce moment que vous avez projeté de nous attaquer. Vous étiez supposés en guerre avec les Anglais lorsque vous vous êtes ligués avec eux contre nous. Ce qui est arrivé une fois n'arrivera-t-il pas encore ? Est-ce donc là une garantie ? Nous n'aurons fait que réchauffer un serpent dans notre sein. »

Les positions adverses se précisaient : Champagny demandait la réduction de l'état militaire autrichien et Viiti possidetis ; Metternich consentait à la réduction militaire moyennant l'intégrité territoriale de l'Autriche en offrant de la faire entrer dans le système français.

Après ces premiers sondages dont Champagny n'avait pas lieu d'être mécontent, les représentants de l'Autriche lui demandèrent de préciser ce cpi'il entendait par Viiti possideîis et les compensations qu'il y avait admises en sa première note. Il leur proposa d'abord un exemple, en établissant bien qu'il ne s'agissait que d'un exemple et non d'une proposition formelle. « Puisque, dit-il, vous voulez que j'entre dans quelques détails à cet égard, je vous offrirai de vous rendre la partie de la Moravie et de la Hongrie que nous possédons, et vous nous donnerez une nouvelle frontière en Bohême pour la Saxe, et la Croatie qui peut être à notre bienséance. »

Là-dessus, Metternich et Nugent poussèrent une grande exclamation : « La frontière de la Bohême ne peut pas être entamée ; c'est une frontière naturelle : consentiriez-vous à céder le Rhin ! — Oui, si vous étiez à Paris. — Mais l'empereur d'Autriche peut-il céder ce qui fait la défense de son pays? Dans les autres paix, il vous a abandonné des provinces presque étrangères à sa monarchie ; mais aujourd'hui il ne pourrait vous faire la moindre cession sans vous mettre dans le cœur de ses Etats. — N'y sommes-nous pas? — Est-ce que jamais la France céderait les Pays-Bas? — Oui, si elle avait éprouvé dé grands désastres. La France a subsisté sans avoir ni la Flandre, ni la Lorraine, ni l'Alsace ; elle subsis-

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terait également sans ces provinces ; et 11 y aurait toujours un empire d Autriche quand la frontière de la Saxe serait à moitié chemin de Dresde à Prague, et que les provinces limitrophes de TAllemagne et de l'Italie auraient changé de domination ^ »

Il y avait en ces formules une argumentation bien dangereuse pour l'avenir, et que Metternich put reprendre en sens inverse cinq ans plus tard.

Enfin, dans les derniers jours du mois d'août, Champagny consentit à déclarer en termes précis les exigences qu'il fondait sur Viiti possidetis. Il y en avait long; il mit quinze jours à les dire toutes, les distillant goutte à goutte, d'une séance à l'autre, pour en faciliter la digestion.

Le 29 août, il demanda pour la Bavière Salzbourg et la Haute-Autriche jusqu'à l'Enns. — « L'Autriche jusqu'à l'Enns? s'écria Metternich. Mais si l'Empereur faisait cette cession, il ne voudrait pas habiter Vienne. — Vienne, répondit Champagny, est toujours bonne à posséder, même lorsqu'on ne l'habite pas. » Et Metternich, revenant toujours à dire : « Mais vous n'avez jamais procédé de cette manière, » et à citer Presbourg, « je lui rappelai, écrit Champagny à l'Empereur, l'entrevue de Votre Majesté avec l'empereur d'Autriche et la générosité dont Elle avait cru devoir user dans cette circonstance et dont elle avait été assez mal payée pour n'être pas tentée d'y revenir. » Champagny ajouta qu'il avait d'autres demandes à faire pour les frontières de l'Italie.

Ce fut pour le lendemain 3o août. Il demanda en efifet la Carinthie, la Carniole et les pays situés au sud d'une ligne qui, de la Carniole, suivrait le cours de la Save jusqu'à la Bosnie : — « C'est la Croatie, dit Nugent. — Non, répondit Champagny, ce n'en est que le sud ; Agram n'est pas compris dans cette ligne. »

I. Aff. Étr., Corr. d Autriche, vol. 384. f"' 2i5-23i. — A. Vandal, II, i3i-i 33.

45a LE TRAITÉ DE VIE>'>E, 1809

Les plénipotentiaires autrichiens demandèrent si c'était là le total des exigences françaises, désirant le connaître exactement avant d'entrer en discussion ; Ghampagny déclara qu'il devait en référer à l'Empereur, Il y fallut quelques jours.

Le 17 septembre, il annonça les intentions de son souverain : <( La ville de Dresde se trouvant placée sur les frontières de la Bohême, il paraît convenable et utile, pour que chaque Etat ait la garantie de son indépendance, que l'Autriche cède à la Saxe les cercles de Leutmeritz, de Saatz et d'Ellenbogen en Bohême, sauf la forteresse de Theresienstadt qui, étant située sur la frontière, resterait à l'Autriche. »

« Si les bases premières et celles-ci sont acceptées, l'Empereur restituera Vienne, les cercles de Znaïm et Brûnn, toute la Basse-Autriche et la Styrie qui sont les plus belles et les plus importantes portions de la monarchie, dont la population monte à près de 1.800.000 âmes.

Quant à la Galicie, c'est-à-dire aux pays occupés par l'armée russe et par les troupes saxonnes, le plénipotentiaire français déclara que ces pays, n'étant pas occupés par l'armée française, devaient être l'objet d'une discussion particulière, se compenser entre eux et former un uti possidetis à part. Sauf sur ce dernier point, les propositions de la France étaient désormais claires et complètes*.

Mais les propositions de l'Autriche étaient bien loin de s'y accorder. Metternich offrait Salzbourg et une partie de la Galicie, moyennant la restitution du Tyrol et du Vorarlberg par la Bavière, l'empereur François « préférant se séparer de pays qui lui avaient témoigné très peu d'affection au sacrifice de ses anciens sujets qui lui montraient tant de dévouement )). Si l'on ne voulait pas rendre le Tyrol à l'Autriche, on pouvait le donner à la Suisse, ou en faire une principauté

I. Aff. Élr., Corr. d'Autriche, vol. 084, f"^^ 231 et s. — Corr. de Napoléon, XIX, 391, 4o4; 4i8.

indépendante, par exemple pour l'archiduc Antoine qui renoncerait à la grande maîtrise de TOrdre teutonique. Champagny refusa d'entrer dans cette voie, répétant que la Galicie était une question à part et qu'il ne fallait pas la mêler au reste.

« Mais nous ne sommes point en guerre avec la Russie », remarqua Metternich. Champagny essaya de lui prouver qu'il se trompait, ce qui ne fut pas facile. Metternich, dans la chaleur de cette discussion, laissa échapper cette phrase : « La Russie nous assure de son intérêt... », puis il essaya de retirer cette expression. En vérité, il avait fait exprès de la jeter dans le débat, et Champagny, qui n'était pas tout à fait dupe, en écrivit à l'Empereur : « Il est sûr que les Autrichiens tiennent moins à la Galicie qu'à leurs autres provinces, et qu'ils ont à ce propos le secret désir de nous brouiller avec la Russie ^ »

La négociation après un mois n'avançait pas ; elle ne pouvait pas avancer. Elle avait été en apparence assez décousue ; Champagny pourtant, stylé de près par Napoléon, y avait mis beaucoup d'esprit de suite et beaucoup de fermeté ; il avait lentement, méthodiquement posé ses bases, et il s'y tenait : elles étaient assez larges pour pouvoir en céder quelque chose en gardant beaucoup. Il fallut du temps et beaucoup d'ingéniosité pour y amener l'Autriche.

Avant d'aller plus loin et de pousser l'offensive sur les positions autrichiennes, il fallait être renseigné sur les intentions de la Russie, qui pouvait, n'ayant rien à craindre, avancer quelque ultimatum gênant, ou du moins soutenir la résistance de 1 Autriche.

Napoléon demanda d'abord au tsar Alexandre s'il désirait être représenté aux conférences d'Alten bourg : une telle proposition était loyale et le fait d'un allié sincère. Mais la ques-

I. AIT. Etr. , Corr. d'Autriche, vol. 384, f"^ 3o2 : en date du 9 septembre.

lion de Galicie était entre eux extrêmement délicate : elle avait été posée avec une certaine vigueur dans la note russe du 26 juillet. Or Napoléon était résolu à enlever cette province à lAutriche.

Il s'arrêta à un plan très souple qui fut Fobjet dune dépêche adressée le 1 2 août par Champagny à Caulaincourt, et dont nous reproduisons les principales formules ^ : « Les Galiciens ont pris dans la guerre actuelle fait et cause pour la France ; ils ont combattu sous ses drapeaux. L'Autriche a des vengeances à exercer. L'honneur de la France serait compromis si l'Empereur abandonnait au fer et au joug de 1 Autriche des hommes qui 1 ont servi. L'empereur Alexandre a trop de noblesse dans le caractère pour ne pas sentir ce devoir imposé à l'Empereur. Sa Majesté n'a pas d'autres vues que de concilier ce devoir et la dignité de la France avec les intérêts de la Russie : tel est le but de ses pensées actuelles.

« C'est en vain qu'on chercherait des moyens de garantir les Galiciens du ressentiment de l'Autriche; la souveraineté 5ur un pays dont on conserve la possession reste toujours entière, et son exercice ne peut être restreint par aucune clause de traité. Il n'y en a pas qui ne soit violée, et chacune de ces violations deviendrait un motif de guerre, comme chaque vexation exercée sur un Galicien serait pour l'Empereur un coup de poignard.

« En donnant toute la Galicie à la Russie, ce mal serait prévenu sans doute ; mais le principe sur lequel est fondée l'alliance ne permettrait pas une telle concession sans une compensation équivalente. Où la trouver ? La Galicie ne peut donc être donnée qu au grand-duché de A arsovie. Mais il sera juste d'en laisser une part à la Russie, par exemple un homme sur cinq, cette inégalité étant fondée sur la différence des positions.

1. Air. Étr. Corr. de Russie, \ol. i^^A" Ii3. — A. Vandal, II, laS.

« Si la France était limitrophe de la Galicie, elle partagerait également avec la Russie; mais elle est loin, elle ne s'approprie aucune des provinces conquises. Elle les donne à la Saxe qui un jour changeant de fortune pourrait s'unir à la Russie contre la France. La Russie au contraire incorpore à son empire les provinces qu'elle acquiert, et les ressources de ces provinces seront dans tous les temps à sa disposition.

« La France garantirait à la Russie ces nouvelles possessions, qui se trouveraient dans la partie la plus orientale de la Galicie du côté de Zamosc et de Leopol. Tout ce qui dans les usages du grand-duché a pu choquer la Russie, comme l'existence d'un ordre de Lithuanie, serait réformé. On remédierait aux inconvénients qu'on n'avait pu prévoir à Tilsit ; la dénomination de Pologne et de Polonais serait soigneusement écartée.

(( Voilà, Monsieur, le texte d'entretiens à avoir avec le ministère russe. Ces ouvertures, qui exigent le plus grand ménagement, doivent paraître venir de vous, et non de votre cour. Ce sont des idées que vous mettez en avant. Vous n'êtes pas sûr encore des vues de l'Empereur. Mais vous savez que ses principes d'honneur, de loyauté, d'attachement envers ceux qui l'ont servi, peuvent le faire pencher vers ce partage. Vous savez aussi que, fidèle à l'alliance de la Russie et désirant la maintenir par les avantages mêmes que la Russie en retire, et ne cherchant dans la présente guerre que d'affermir le repos du continent et la récompense des efforts faits par ses alliés, il met au premier rang la Russie, qui certes en aura retiré de grands avantages, puisqu'elle aura acquis et incorporée son empire la Valachie, la Moldavie, la Finlande, et dans la Galicie un million de population, tandis que la France ne se sera pas accrue d'un seul village, et n'aura eu d'autre avantage que celui d'acquitter les dettes de la reconnaissance... La reconnaissance doit être la première

vertu des souverains, comme l'honneur est leur première loi...

« Marchez avec mesure, tâtez le terrain, insinuez, discutez, disposez les esprits à des ouvertures plus formelles, ne montrez ni cartes, ni dépêches, et prévenez les soupçons au lieu d'éveiller les défiances...

« Je reviens sur l'objet de cette lettre, pour que vous ne vous y mépreniez pas. Il n'est pas question de faire une ouverture à la Russie, encore moins une proposition directe, mais de sonder ses dispositions, de savoir si lappât d'un million de population pourrait la porter à consentir volontiers à ce partage de la Galicie. L'Empereur veut avant tout rester en bonne intelligence avec elle ; vous ne devez donc rien hasarder qui pût la refroidir sur notre cause et l'éloigner de nous : mais la disposer à accéder aux vues que je vous communique doit être le but de vos efforts. L'Empereur vous saura gré du succès ; mais il vous recommande de ne rien compromettre. »

Négociation délicate en effet, d'autant plus qu'à Saint- Pétersbourg l'opinion était alors très mal disposée à l'égard de la France, justement à propos de la Galicie. On y reprochait sévèrement à Alexandre de n'avoir pas pris possession de toute la province, en mettant les Varsoviens à son arrièregarde : « Il faut mourir les armes à la main, disait-on, plutôt que de souffrir que la Galicie soit réunie au grandduché, ou soit, d'une manière quelconque, sous l'influence de la France. » La question de la Galicie était devenue « le thermomètre politique ». Le prince Adam Czartoryski reprenait naturellement son plan de i8o5^; il conseillait au tsar de revendiquer toute la Galicie et le titre de roi de Pologne.

Caulaincourt ne put pas entamer aussitôt les subtils entretiens dont il était chargé. L'empereur Alexandre se trouva

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malade pendant quelques jours, des suites d un accident de voiture. Roumiantzoff était absent pour achever la négociation avec la Suède, qui aboutit à ce moment au traité de Frederikshamn (17 septembre 1809) laissant à la Russie la Finlande et les îles d'Aland. Roumiantzoff à cette occasion fut nommé chancelier, juste récompense de ce succès diplomatique qui, après l'acquisition de la Moldo-Valachie, jetait sur son ministère une gloire nouvelle; il en fut mis en appétit, et plus libre pour traiter l'affaire de Galicien

A ce moment l'empereur Alexandre put recevoir Caulaincourt et commencer de lui faire connaître ses idées. Il parla de donner la Galicie à un archiduc, qui ne fût pas sous l'influence française ; mais ce n'était que pour entrer en matière ; et presque aussitôt il déclara : « Si l'on veut faire un partage entre moi et le grand-duché, il faudra qu'il ait la petite portion et moi la grande ; car je ne puis ni ne veux consentir à rien de ce qui peut donner l'espérance ou même faire naître l'idée de la possibilité du rétablissement de la Pologne. » Comme Caulaincourt cherchait à savoir ce que le tsar entendait par la « grande portion », Alexandre se déroba et passa la parole à son chancelier.

Roumiantzoff se plaignit d'abord de la conduite de la France, qui depuis fort longtemps avait préparé en secret l'insurrection des Galiciens : « Tout ce qui s'est fait généralement dans le grand-duché depuis Tilsit a été dans la pensée du rétablissement de la Pologne, tout, jusqu'au langage qu'on a fait tenir au roi de Saxe ; et il a fallu tout le calme de l'empereur Alexandre, toute la circonspection, et, j'ose le dire, toute la sagesse que je porte dans les affaires, surtout dans celles qui ont rapport à l'alliance, pour qu'on n'en soit pas venu à des explications désagréables. » Le fait est qu'on en était presque venu là dans la note du 26 juillet.

I. Aff. Etr., Corr. de Russie, vol. 149, f'^' 119, i32, 167, i83.

4;'8 LE TRAITÉ DE VIE»E, iSot)

Quelques? jours aprèîj, ce lut de nouveau le tour de l'Empereur : « Je vous Tai toujours dit : il est entièrement contraire ù mes inlérèls que la puissance du grand-duché s'accroisse ; peu ou beaucoup, cela nourrit toujours les idées du rétablissement de la Pologne et \ est même un acheminement. Fondons la pai\ siu" des bases inébranlables, et ne semons pas, pour l'avenir même le plus éloigné, des brandons de discorde ; resserrons l'alliance contre l-Vngle terre, en écartant tout ce qui peut nous désunir, par conséquent en ne taisant rien qui puisse mener au rétablissement de la Pologne. C'est à cela que tient la paix maritime aussi bien que celle du continent, o

Caulaincourt vit bien que ta Russie voulait la Galicie pour elle-même 11 lit remarquer que « la moindre acquisition qu'elle ferait mettrait un poids immense en sa faveur dans la balance de l'Europe, tandis que la France n'acquerrait riot\ en Galicie et que ce que pourrait obtenir le grandduché n'en lerait jamais un Etal qui pût donner de l ombrage à la Russie, véritable colosse à côté d'un nain. J'ajoutai encore, écrit il, qu il \ avait une telle disproportion dans les moyens que si, sur une cession de Soo.ooo âmes, la Russie en acquérait loo.ooo, cela serait bien plus pour elle que les 4t>^"^t>o restants pom' le grand-duché. S. M. me répondit toujours que la France ne pouvait mettre les TUtérêts du grand-duché en balance avec ceux de la Russie, que si le grand-\.luché acquérait un peu en Galicie, la Russie devait acquérir beaucoup et que ce beaucoup géographique ne compenserait jamais le désavantage politique et intériem' que lui causerait dès à présent un accroissement quelconque du grand duché ni les conséquences qui pouvaient en i-ésuller pour l'avenir '. »

On n avançait pas, on ne se rapprochait pas. on ne devait

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pas se rapprocher davantage. Cependant il y avait dans ces conversations quelques résultats appréciables, dont il était possible de tirer un parti, dont il fallut se contenter.

Caulaincouit fut amené par la tournure de ces entretiens parfois presque vifs à défendre la conduite de la France en des termes énergiques. Il observa que si les généraux russes avaient fait leur devoir, s'ih avaient agi comme le comportait l'alliance, 1 empereur Napoléon n'aurait pas eu besoin de faire appel au concours des Galiciens et de les soulever contre l'Autriche. Tennemi commun. Il annonça, d'après les nouvelles qu'il avait des conférences d'Altenbourg, que l'Autriche ne voulait rien céder qu'en Galicie, elle voulait bien céder toute la Galicie, à laquelle elle ne tenait plus en aucune manière : si donc la Galicie passait à la Russie, quel avantage la France aurait-elle des victoires qu'elle avait remportées seule? Etait-il juste que la Russie eût tout le bénéfice du sang versé à Essling et de la gloire de Wagrana ? Les Ruïses ne pouvaient rien répondre à cela, n ayant rien fait en vérité pour autoriser un gain quelconque, et ne sachant pas le détail de la négociation franco-autrichienne. Caulaincourt acheva son argumentation : un partage, quel qu'il fût, de la Galicie entre la Russie et le grand-duché sera par lui même une garantie contre le rétablissement de la Pologne : en en acceptant quelque chose, si peu que ce soit, la Russie sera partie directement intéressée dans la questiooJ^ de Pologne, qui ne pourra plus être traitée sans elle.

Le raisonnement porta, quoiqu'il ne fût pas absolument convaincant. L empereur Alexandre admit formellement que le grand-duché eût une part de la Galicie pour>Ti que ce ne fût que la petite part et que le reste fût pour la Russie. Caulaincourt fit connaître à l'empereur Napoléon ce résultat capital que d ailleurs il avait fait prévoir depuis le premier jour de cette négociation. Il était facile aussi de voir qu il n'aurait pas davantage, qu'il n'obtiendrait pas de la Russie

46o LE TRAITE DE VIE>'>"E, 1809

quelle se contentât d'un cinquième du lot galicien. Mais il était avantageux aussi que la Russie n'agît point d'autre manière, et qu'elle se laissât aller tout au long d'une négociation interminable, pendant que les conférences d'Altenbourg allaient pouvoir prendre une allure décisive. Combien la Russie eût été plus habile à se faire représenter à côté de Champagny ! Mais elle ne voulait pas paraître dans le camp de Napoléon contre l'Autriche. Elle n'était plus qu'une alliée honteuse ; il n'eût pas été juste qu'elle fût récompensée de sa duplicité.

Pendant que Napoléon se préparait à user des renseignements qu'il avait et du temps que la Russie lui laissait, Roumiantzoff se réjouissait d'avoir gagné à si peu de frais toute une province nouvelle. Il accentua sa pensée et la formula en termes définitifs :

— Il admettait le partage de la Galicie entre la Russie et le grand-duché de Varsovie ; mais il fallait que la Russie eût la plus grande part. Par exemple on pouvait donner 200 ou 3oo.ooo âmes au grand-duché ; il fallait bien le récompenser un peu du rôle qu'il avait joué dans la guerre. Si on lui donnait davantage, il fallait en tout cas que la Russie eût les deux tiers du butin : on était loin du cinquième que Napoléon lui avait réservé. Il y a dans ces chiffres la mesure exacte du dissentiment qui séparait les deux puissances « alliées ».

— Il fallait effacer tout souvenir de l'ancienne Pologne, et le partage ainsi réparti y contribuerait puissamment, finir les illusions des Polonais, les « dégrisera) . Il fallait que l'empereur Napoléon prît l'engagement de ne pas rétablir la Pologne; ou du moins ilfallait s'interdire tout rétablissement de la Pologne autrement qu'en faveur de la Russie.

Par là on revenait en quelque manière au plan Czarto-

I. AëF. Étr., Corr. de Russie, vol. 149, f"^ 273. — A. Lefebvre, Histoire des cabinets de V Europe, TV, 337-33 1. — A. Sorel, VII, 160.

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ryski, et même à la grande politique de Catherine II ; lorsqu'elle avait établi Stanislas PoniatOAVski sur le trône de Varsovie, elle s'était réservé le protectorat, la domination de toute la Pologne : un grand pas vers l'unité des Slaves dans l'empire russe ; mais elle avait dû partager avec la Prusse et avec l'Autriche.

Voici que la Prusse avait perdu sa part, que l'Autriche allait perdre la sienne ; la Russie au contraire allait s'agrandir, envelopper le grand-duché de Varsovie, par la Galicie, sur toute sa frontière méridionale, le pénétrer de son influence, le presser de tout son poids formidable, le préparer à tomber de lui-même entre ses mains.

Moldo-Valachie, Finlande, Galicie, en moins d'un an, la puissance russe gagnait rapidement vers l'ouest, comme au temps de la Grande Catherine, Alexandre et Roumiantzofi étaient assez contents de la tournure que prenaient les choses et de leur propre habileté. C'est peut-être pourquoi ils s'endormirent dans les illusions.

La Russie dès lors immobilisée dans l'espérance, Napoléon en savait assez pour pousser l'Autriche à la paix, à la paix qu'il voulait. Il continua d'exploiter le fantôme de l'alliance russe, car il savait tirer parti de tout.

Le 1^"^ septembre, le colonel Tchernytcheff arriva à Vienne, porteur de lettres de l'empereur Alexandre à Napoléon et à' l'empereur d'Autriche ^ Napoléon le retint auprès de lui longuement, à sa table, pour qu'on le remarquât, pour qu'on en conclût à la cordialité des rapports franco-russes. Lorsque Tchernytchef passa à Altenbourg pour se rendre au château de Dotis, Champagny le garda auprès de lui pour qu'il ne vît pas Metternich, le retint à déjeuner, le fit accompagner jusqu'aux avant-postes ennemis.

1. Cf. Corr. de Napoléon, XIX, ^lo-^ii, notes. — A. Vandal, II, i38.

46u LE TRAITÉ DE VIENNE, l8oç,

Napoléon avait offert au tsar de se faire représenter aux négociations d'Altenbourg. Alexandre préféra n'y pas paraître. « Je regrette infiniment, écrivait-il à François II, de me trouver à une aussi grande distance de la scène des événements ; il m'eût été bien consolant d'offrir mes bons offices et d'opérer une réunion damitié et d'intérêt entre l'Autriche, la France et la Russie. » 11 faut dire que cette lettre était destinée à passer sous les yeux de l'empereur Napoléon. En tout cas il ne manqua pas de présenter cette abstention de la Russie comme une preuve de son absolue confiance en lui et de l'intimité de Talliance : « \ous ferez connaître aux plénipotentiaires autrichiens, écrivait-il à Champagny, que l'empereur de Russie s'en rapporte à moi pour stipuler la paix, non seulement pour la France, mais encore pour la Russie. Vous ne devez pas manquer les occasions de les convaincre que nos relations avec la Russie sont plus intimes que jamais, et que le corps du prince de Galitsyne serait sous mes ordres comme un corps français si jamais la guerre venait à recommencer. » Cela n'était pas tout à fait certain ; il est vrai que le tsar Alexandre avait dit quelque chose dans ce genre quelques semaines auparavant, en manière d'excuse pour la conduite de ses généraux.

D'autre part, l'affaire de l'Escaut n'avait pas eu de suites. Xes Anglais, après s'être maintenus un mois dans l'île de Walcheren, se rembarquèrent dans les premiers jours de septembre, décimés par le typhus.

Les dépêches de Caulaincourt, fixant enfin Napoléon sur les dispositions de la Russie, qui l'obligeaient encore jusque-là à quelque réserve, arrivèrent à Schœnbriinn le 1 2 septembre.

Le 1 5 septembre, il précisa les conditions de paix qu'il prétendait imposer à l'Autriche, leur donnant la forme d'un ultimatum. Il écrivit lui-même à l'empereur François II.

« Monsieur mon Frère, le cœur de Votre Majesté Impé-

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riale souffre des maux qui pèsent sur cette nation, aussi rccommandable par la loyauté que par la franchise de son caractère. De toutes les calamités la guerre est la première : malheur à ceux qui la provoquent ! Le sang et les larmes des infortunés qu'elle fait retombent sur eux.

« La base de Vuti possidetis est considérée par Votre Majesté comme destructive des principes de sa monarchie : cela étant. Monsieur mon Frère, j'y renonce, et je suis prêt à faire la paix avec Votre Majesté, moyennant une cession sur la frontière de llnn et sur celle de l'Italie équivalente à 1.600.000 âmes, et la cession de moins de la moitié de la Galicie au roi de Saxe et à l'empereur de Russie. Il n'échappera point à Votre Majesté que, dans ce sacrifice de trois millions et quelques cent mille âmes que je lui propose, je ne réserve pour moi que ce qui est nécessaire pour lier la Dalmatie avec mes autres Etats d'Italie, et me trouver à même de pouvoir veiller à ce qu'il ne se fasse rien, à la Porte, de contraire aux intérêts de mes peuples. Dans la faiblesse actuelle de mes moyens maritimes, résultant des quatre guerres que j'ai été obligé de soutenir contre l'Autriche, je n'ai plus d'autre moyen d'influer sur l'équilibre de la Méditerranée * . »

En écrivant à Champagny, ÎXapoléon établissait mathématiquement le décompte des sacrifices qu'il exigeait de l'Autriche : « Ce que vous avez demandé dans le protocole était : Salzbourg et la Haute- Autriche, 85o.ooo âmes ; la Carniole et une ligne de la Carniole à la Save, 1.400.000 âmes ; les cercles de Bohême, 400.000 ; total, 2.65o.ooo âmes. Par mon ultimatum, je demande 1.600.000 âmes ; c'est donc un million de moins. Vous sax^ez que j'entends renoncer aux 400.000 âmes des cercles de Bohême, à 400.000 âmes du côté de rinn ; enfin, pour dernier sacrifice, au cercle de Kla-

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