VIU BIBLIOGRAPHIE
Grand-Duc Nicolas Mikhaïlovitch. L'Empereur Alexatuire /"% Essai d étude historique, avec de nombreux documents. 2 vol.
A. Rambaud. L'Allemagne sous Napoléon /", 180U-181i.
Félix Rocquain. Napoléon et le roi Louis.
J.-H. Rose. Life of Napoléon /, t. II.
Ch Schmidt. Le grand-duché de Berg, 1806-1813.
Seeley. Life and times of Stein, 4 vol.
G. Servières. L'Allemagne française sous Napoléon.
Albert Sorel. L'Europe et la Révolution française, t. VI-VII.
S. Tatistchefif. Alexandre f' et Napoléon.
Thiers. Histoire du Consulat et de l'Empire, VII-IX.
Albert Vandal. Napoléon et Alexandre, l'alliance russe sous le premier Empire.
J. Vidal de la Blache. La régénération de la Prusse après léna.
Henri Welschinger. Le pape et l'empereur..
La Revue des Etudes n.^poléosiesîîes, fondée en 1912, a pour objet de développer les études historiques sur le premier et le second Empire.
Elle a publié déjà divers articles ou documents relatifs à la politique extérieure du premier Empire :
Une chronique de la cour de Cassel sous le roi Jérôme en 1809, par M. Edouard Driault.
L' Empereur Alexandre I'-''"e< sa sœur la grande-duchesse Catherine, d'après leur correspondance publiée par le Grand-Duc Nicolas Mikhaïlo- ■writch ;
Des bulletins de M. Abel Mansuy sur les Etudes napoléoniennes en Russie; — de M. Edouard Chapuisat. sur les Eludes napoléoniennes en Suisse; — de M. Raymond Guyot, sur les Publications napoléoniennes en Allemagne: — de M. Marcel Ballot, sur les Publications napoléoniennes en Angleterre; — de M. Edouard Driault, sur la Politique extérieure du premier Empire, et de M. Georges Pages, sur celle du Second Empire; — de M. le Colonel E. Mayer. surVHistoire militaire des deux Empires; — de M. Marcel Dunan, sur le Système continental.
Des articles de M. le Général Camon, sur le Système de guerre de Napoléon;
De M. le Colonel Rousset. sur léna;
De M. Marcel Dunan, sur Napoléon et les cantons suisses:
De M. le Colonel J. Colin, sur la Place de Napoléon dans l'histoire militaire .
Le rapport du baron Serra sur sa mission à Varsovie de 1808 à 1811, publié par M. Marcel Handelsman.
De M. Edouard Driault. Une conception nouvelle de la politique extérieure de Napoléon ; — La reprise de Constantinople et l'alliance franco-russe ; — Le calvaire de la Pologne , — etc.
L'alliance avec la Suède, la Pologne, et la Turquie, avait été Tune des traditions les mieux établies de Fancien régime. Napoléon la reprit, l'adapta à ses ambitions impériales, qui demeurèrent vaines, et pourtant, malgré son échec final, sa politique orientale eut des résultats considérables pour l'Europe.
Mais il faut d'abord rappeler les termes de cette tradition.
L'alliance suédoise remonte à Richelieu et Gustave- Adolphe ; les deux alliés ne s'entendirent pas très bien ni très longtemps, car ils se disputaient l'hégémonie de l'Allemagne. Après leur mort, les armées françaises et suédoises luttèrent ensemble contre les Impériaux, remportèrent ensemble de glorieuses victoires, sous le commandement de Turenne et de Wrangel, dictèrent la paix à lAu triche. Dès lors l'alliance franco-suédoise était fondée ; elle traversa les deux siècles suivants.
Elle s'exprima essentiellement par les traités de Westphalie, où la France et la Suède gagnèrent ensemble d'im-
Driault. — Tilsil. I
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portants territoires, l'Alsace d'une part, la Poméranie occidentale de l'autre, où elles garantirent ensemble la nouvelle condition de l'Allemagne, les libertés politiques et religieuses assurées aux princes allemands: en i8o3, lors de la délibération du Recès de la Diète germanique qui bouleversa le Saint-Empire, Gustave IV protestait encore, au nom des traités de Westphalie, contre les changements préparés. Il est vrai que sa protestation n'eut pas le moindre succès ^
S'il fallait relever jusque-là les principales étapes de l'alliance, on citerait les négociations d'Altranstadt où Charles XII faillit reprendre le rôle de Gustave-Adolphe, pour aller se perdre ensuite en Russie''; on rappellerait surtout les étroites relations entretenues par Gustave III avec la cour de France, son long séjour à Versailles avant son avènement, son coup d'Etat de 1772, après lequel il entra plus intimement que tous ses prédécesseurs dans la clientèle française, comme il résulte en particulier des traités de 1783 et 1784 : la France payait annuellement à la Suède un subside de i.Soo.ooo livres; moyennant quoi, la Suède entretenait les armements que la France jugeait nécessaires, et en 1788, d'accord avec le gouvernement de Versailles, Gustave III déclara la guerre à Catherine II, pour faire une diversion favorable à la Turquie. L'alliance, d'abord destinée à peser sur les affaires d'Allemagne, s'était détournée sur la Russie*.
L'alliance avec la Pologne était moins ancienne peut-être, mais prête à devenir plus intime, avec une chaleur de sentiment que l'alliance suédoise n'avait jamais excitée. Ce n'était pas le fait d'Henri de Valois, qui avait abandonné son
?.. G. Syveton. Louis XIV et Charles XII. Au camp d'Altranstadt, Paris, 1900.
3. GefTroy, Gustave lll et la cour de France. — M., Iiisir actions q,ux ambassadeurs et ministres de France en Suède. — A.. Sorel, U Europe et la Révolution française, I, 5o6, note.
liône de Pologne avec une désinvolture dont les Polonais étaient restés profondément blessés ; la candidature du prince de Conti au même trône sous Louis XIV n'avait pas été heureuse. C'est au temps de Stanislas Leczinski que des liens plus étroits avaient conmiencé de se nouer entre la Pologne et la France ; alors Plélo était mort devant Danzig pour défendre le roi que les Polonais s'étaient donné, et s'ils durent accepter enfin le roi Saxon, Stanislas et la France y gagnèrent la Lorraine : trait d'union émouvant de la France à la Pologne.
Plus tard, Jean Jacques Rousseau dressa un projet de constitution pour ce malheureux pays. Choiseul fit ce qu'il put pour en empêcher le démembrement. De vives sympathies s'établirent de la Seine à la Vistule ; après les derniers partages, des légions polonaises se formèrent sous le drapeau français. La Pologne attendit son salut de la France.
Mais l'élément le plus ancien et le plus solide de notre barrière de l'Est était la Turquie, Il faudrait remonter presque au début de notre histoire pour retrouver le principe de cette tradition en vérité fondamentale, qui pourrait se définir ainsi: depuis le moyen âge jusqu'à la fin du xviii" siècle, la France fut la grande puissance chrétienne du Levant. Sans rappeler les petits cadeaux échangés entre Charlemagne et Haroun le Juste, calife de Bagdad, il faut dire le rôle prépondérant joué parla France dans les Croisades, les principautés franques fondées alors dans le Levant, éphémères en puissance politique, mais origine d'une mission de protectorat religieux à laquelle la France est demeurée fidèle jusqu'à nos jours : on se souvient de la campagne de Syrie et du beau rôle joué par nos consuls pendant les derniers massacres d'Arménie.
Cette suprématie morale de la France en Orient fut consolidée par l'alliance politique qui fut fondée par François I" et Soliman le Magnifique, au grand scandale de la chré-
4 LELROPE ORIENTALE ET NAPOLEO?»
tienté, et qui fut dès le xvi® siècle une garantie essentielle de l'équilibre européen. L'alliance de la croix et du croissant, mal pratiquée sous Louis XIV, eut deux phases particulièrement actives. Au xv!*^ siècle, elle valut à la France la reconnaissance de son privilège religieux et les avantages d'un véritable monopole économique par les capitulations de 1 535; elle ruina irrémédiablement les prétentions de Charles- Quint à la domination universelle, et la conquête de la Hongrie par les Turcs, après la bataille de Mohacsen i526,. mit en péril l'existence même de F Au triche.
Mais la grande période de l'alliance franco- turque, ce fut le règne de Louis XV, dont à beaucoup d'égards on a dit trop de mal. Alors l'ambassadeur de France fut presque tout puissant à Constantinople ; on vit le marquis de Villeneuve au quartier général du grand-vizir assistera la reconquête de la Serbie et dicter aux Autrichiens le traité de Belgrade de 1789 qui les rejeta au nord de la Save V En récompense, l'année suivante, les Capitulations de i535 furent confirmées et élargies, ce fut l'apogée de Tinfluence française dans le Levant. Après \'illeneuve, le « pacha » Bonneval, le baron de Tott, le marquis de Vergennes furent les conseillers très écoutés des sultans ; on disait que les ambassadeurs de France à Constantinople étaient comme les vice- empereurs, les padischahs des chrétiens du Levant ; ils préparaient les succès de l'ambassade Sébastiani.
Cependant les intérêts économiques de la France bénéficiaient de cette situation politique ; on disait déjà au temps de Jacques-Cœur : « Il n'est dans le Levant mât revêtu sinon des fleurs de lys. » A plus forte raison sous le régime des Capitulations ; les vaisseaux étrangers n'étaient alors admis dans les ports du Levant que sous le pavillon français.
1 . A. Vandal, Une ambassade française en Orient : la mission de Villeneuve.
Marseille avait hérité de lancienne activité commerciale de Gênes et de Venise. Il est vrai de dire que l'Orient était à la fin du xynf siècle la plus belle des « colonies » françaises.
Toute cette politique orientale se recommandait par les avantages particuliers qu'elle assurait à la France dans sa lutte séculaire contre la maison d'Autriche, et par les bénéfices généraux, politiques et économiques qu'elle lui réservait dans l'importante région de la Méditerranée orientale.
Il n'est pas étonnant que la France monarchique ait refusé d'y renoncer et de mettre franchement sa main dans celle de la Russie lorsque celle-ci s'offrit à cette alliance à deux reprises au xviii^ siècle. Quand Pierre le Grand vint à Versailles en 17 17, il semble bien qu'il proposa à la France « de lui tenir lieu de Suède » ; Charles XII avait échoué dans toutes ses entreprises, venait de perdre encore Stralsund, et la décadence de la Suède paraissait irrémédiable.
Le Régent ne consentit qu'à la négociation d'un traité de commerce. Un peu plus tard il fut question du mariage de Louis XV avec la fille de Pierre le Grand, Elisabeth, et l'on raconte qu'elle garda longtemps pour le séduisant roi de France un tendre sentiment ^ Le mariage ne se fit pas, malgré l'exemple donné par un lointain ancêtre de Louis XV, Henri I".
En vérité les raisons qui unissaient la France aux ennemies naturelles de la Russie, Suède, Pologne, Turquie, avaient encore leur valeur à cette date. La lutte de la France avec la maison d'Autriche n'était pas finie ; les guerres de la Révolution et de l'Empire allaient le prouver; la France n'avait pas de plus puissante ennemie que l'Autriche ; à la poursuite de ses frontières naturelles des Alpes et du Rhin, elle ne rencontrait pas d'autre obstacle redoutable que le