‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 111 sur 185 · ARANJUEZ · texte numérisé non relu

ARANJUEZ

que ce fut en échange. Il commença de se persuader que l'indépendance de l'Espagne ne pèserait pas plus lourd que celle de \aples dans les combinaisons de la politique impériale.

Le gouvernement espagnol jugea à propos de se mettre en élat de résistance; il prépara dans le plus grand secret des armements. Le général Beurnonville, ambassadeur à Madrid, avait été rappelé le 21 avril 1806; Napoléon lui reprochait ses bavardages. « une trompette, disait-il, qui ne peut rien garder ». M. de \andeul représenta la France, avec le titre de chargé d'affaires. C'était un fat, que l'on prenait avec des caresses et des mots aimables ; Godoy le trompa aisément sur les préparatifs militaires de l'Espagne, et, M. de Yandeul en ayant appris quelque chose, il lui dit que l'on songeait à une entreprise sur Gibraltar et qu'elle ne pouvait réussir qu'en lui gardant un secret absolu.

M. de Vandeul s'endormit. Il ne vit rien de l'agitation des esprits, du réveil patriotique et militaire qui ranima toute l'Espagne à la nouvelle de la formation de Ja quatrième coalition. Tout de même il connut le grand manifeste du 14 octobre, qui était comme un appel aux armes, et, n'ayant rien connu, il en fut épouvanté. Mais la victoire d'Iéna remit tout en ordre ; aussitôt Godoy porta ses félicitations à l'ambassade de France; il écrivit lui-même à l'Empereur pour mettre à sa disposition toutes les ressources de l'Espagne, pour lui affirmer la sincérité de ses bonnes intentions, pour lui exprimer son admiration au sujet du blocus continental, « une mesure marquée au coin du sublime génie de S. M. I. et R. », pour proclamer son absolu dévouement au « modèle le plus parfait du héros dont il n'y a pas d'exemple dans l'histoire1 ».

Il était bon que les agissements de la cour de Madrid fus-

1. La lettre, extraite de nos Archives Nationales, AF. IV, 1680, est citée par M. Geoffroy de Grandmaison. L'Espagne et Napoléon, p. 69-70.

sent surveillés par un observateur plus clairvoyant que M. de Vandeul. Alexandre de Beauharnais y fut nommé ambassadeur. Il arriva à son poste au moment où se nouait la querelle entre le prince des Asturies et le prince de la Paix.

Le prince des Asturies, Ferdinand , était veuf de sa première femme, Marie-Thérèse de Naples. Godoy voulut le remarier avec sa belle-sœur, une infante d'ailleurs, pour resserrer les liens qui le rapprochaient lui-même de la famille royale. Ferdinand refusa et ne cacha point son mépris pour une telle alliance.

Dans cet hiver de 1806- 1807, le roi Charles IV fut assez sérieusement malade pour qu'on se préoccupât d'instituer une Régence au nom de la reine ; ce qui, dans le fait, eût abouti à donner le pouvoir à Godoy, à l'exclusion de Ferdinand. Il fut même question d'écarter le prince des Asturies du gouvernement et du trône en proclamant son incapacité, sous prétexte de faiblesse d'esprit. La reine se prêtait à ce calcul. On a vu que Godoy multipliait à ce moment ses titres et ses dignités, visait manifestement à la couronne même1.

C'est alors que Ferdinand écrivit à Beauharnais une lettre dans laquelle il sollicitait Ja protection de la France. Les termes en étaient vagues ; Champagny demanda là-dessus des précisions que l'ambassadeur n'eut pas le loisir de lui fournir. Il semble que Beauharnais, d'accord sans doute avec l'Impératrice, poursuivait à cette occasion une intrigue personnelle, et qu'il nourrissait le grand dessein de mettre sa jolie cousine M"c Tascher de la Pagerie, sur le trône d'Espagne 2.

Mais Napoléon n'y était pas disposé, et M11" Tascher fut mariée au duc d'Arenberg.

Le 1 1 octobre pourtant, Ferdinand écrivit à l'Empereur

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