NAPOLÉON EN ESPAGNE
existant de province à province seront supprimées. Les douanes seront transportées et établies aux frontières. »
« Espagnols, s'écriait l'Empereur dans une proclamation du 7 décembre, je vous avais dit que je voulais être votre régénérateur... Votre destinée est entre vos mains. Tout ce qui s'opposait à votre prospérité et à votre grandeur, je l'ai détruit; les entraves qui pesaienrsur le peuple, je les ai brisées ; une constitution libérale vous donne, au lieu d'une monarchie absolue, une monarchie tempérée et constitutionnelle. Il dépend de vous que cette constitution soit encore votre loi.
« Mais si tous mes efforts sont inutiles, et si vous ne répondez pas à ma confiance, il ne me restera qu'à vous traiter en provinces conquises et à placer mon frère sur un autre trône. Je mettrai alors la couronne d'Espagne sur ma tête, et je saurai la faire respecter des méchants, car Dieu m'a donné la force et la volonté nécessaires pour surmonter tous les obstacles. »
Ailleurs encore : « La génération présente pourra varier dans ses opinions, trop de passions ont été mises en jeu, mais vos neveux me béniront comme votre régénérateur. Ils placeront au nombre des jours mémorables ceux où j'ai paru parmi vous, et de ces jours datera la prospérité de l'Espagne 1. »
Ces décrets et ces proclamations ne devaient pas avoir plus d'action sur les Espagnols que la constitution elle-même.
Bientôt il fallut se mettre à la poursuite de larmée anglaise du général Moore, qui, établie en Castille, menaçait les communications de 1 Empereur avec la France. On lui donna la chasse vers le nord, on le refoula, on le poursuivit vers la Galice. A Astorga, le 6 janvier, l'Empereur reçut de Paris des nouvelles inquiétantes ; il revint sur \ alladolid. Il
i. Corr. de Napoléon, XVIII, 89-90, io3, 109. — Cf. aussi P. Conard, La Constitution de Bayonne, p. 63-64
y resta jusqu'au 17 pour donner les ordres nécessaires avant son départ. Le 24 il était rentré à Paris.
En son absence, en effet, si courte qu'elle eût été, trois mois, les affaires de l'Europe avaient continué de se modifier selon le mouvement qu'elles avaient pris depuis le commencement de cette pénible année 1808.
Malgré la présence de Roumiantzoff en France, la négociation avec l'Angleterre ne donnait aucun résultat. Le 28 octobre, Ganning répondit à Champagny et Roumiantzoff que « les intérêts de la couronne de Portugal et ceux de Sa Majesté Sicilienne étaient confiés à la protection de S. M. Britannique ; que Sa Majesté était aussi engagée avec le Roi de Suède par des stipulations qui unissaient leurs conseils pour la guerre et pour la paix ; qu'à la vérité, S. M. Britannique n'était encore liée avec l'Espagne par aucun acte formel, mais qu'elle avait contracté avec cette nation, à la face de l'univers, des engagements non moins sacrés, et qui, dans l'opinion de Sa Majesté, la liaient autant que les traités les plus solennels. » — « Sa Majesté suppose donc, concluait Canning, que les relations subsistant entre elle et la nation espagnole ont été clairement prises en considération, et que l'on a entendu que ce gouvernement, agissant au nom de Ferdinand VII, serait partie dans les négociations1. »
Champagny répondit le 28 novembre : « La proposition d'admettre à la négociation les insurgés espagnols ne peut être considérée, de la part du gouvernement français, que comme une insulte qui ne devait point trouver sa place dans une note qui doit avoir pour but, non d'irriter, mais de chercher à se concilier et à s'entendre. Qu'aurait dit le gouvernement anglais, si le gouvernement français eût proposé d'admettre les insurgés catholiques d'Irlande? La France, sans avoir de traité avec eux, a eu aussi avec eux des rap-