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Corr. de Napoléon, XVIII, i

1. Cf. Robert Adair, The négociations for the peace of Dardanelles, ÎS08; Londres, 1845.

l'action' de l'angleterre 387

pécha même pas la reprise des hostilités entre les Turcs et les Russes au printemps suivant ; mais il rétablit des relations pacifiques entre les gouvernements de Londres et de Constantinople : il fut une importante brèche dans le système continental. On se souvient que Sébastiani était rentré en France quelques mois auparavant.

Plus loin, en Perse, la situation n'était pas meilleure pour la politique napoléonienne. La paix de Tilsit, au lendemain du traité de Finkenstein, avait été aussi une déception pour le schah Feth-Ali. Comment en eût-il été autrement? En mai Napoléon lui donnait rendez-vous sous Moscou ; en juillet il s'accordait avec l'ennemi commun, et il n'y avait pas eu de révolution à Téhéran pour excuser un tel revirement.

Gardane redoubla de zèle pour assurer le succès de sa mission. Il essaya de diriger l'enthousiasme belliqueux des Persans vers l'Inde, en leur persuadant que les Anglais étaient leurs pires ennemis ; ils ne le comprirent pas. Il obtint un moment un armistice du général russe Goudovitch, mais le Tsar Alexandre y refusa sa ratification et les troupes russes marchèrent sur Erivan. Gardane déclara hautement à Feth- Ali que Napoléon n'abandonnerait pas la Perse, qu'on allait recevoir de Paris les plus heureuses nouvelles ; elles se firent attendre. Le schah, pour les hâter, écrivit lui-même à Napoléon la touchante lettre du 22 octobre.

« Il y a longtemps que nous n'avons reçu des lettres de notre auguste frère, que nous sommes privé d'une si douce lecture, que le gazon de l'intimité n'a pas été rafraîchi par une seule goutte de cette précieuse rosée... Il ne faut pas laisser périr le gazon des prairies de l'amitié, faute des ondées périodiques des pluies de la sincérité ; il ne faut pas priver des rubis d'une aimable correspondance les oreilles et le col de l affection. »

Napoléon fut insensible à ce si touchant appel. Les Russes

pressèrent l'attaque sur Erivan. Le schah fit venir Gardane au palais le 2 3 novembre, commença de se plaindre amèrement, annonça qu'une mission anglaise, débarquée à Bender-Bouchir, demandait à venir à Téhéran et qu'il serait obligé de l'accueillir s'il ne pouvait plus compter sur l'alliance de la France. Gardane se récria, déclara qu'il ne lui serait pas possible de rester un seul jour à Téhéran si un représentant anglais y était admis.

Heureusement les Russes échouèrent devant Erivan ; ils en furent rejetés le 29 novembre avec de grandes pertes. Gardane put gagner quelques semaines. Mais on ne vit rien venir de France ; la mission anglaise, conduite par Sir Harford Jones, insistait ; on risquait, en la repoussant, quelque démonstration hostile de la part de l'Angleterre ; on ne risquait, dans le cas contraire, que de voir partir Gardane : ce qui ne pouvait pas avoir, du moins aussitôt, de graves inconvénients .

Dans les premiers jours de janvier, on annonça l'approche de la caravane anglaise ; elle s'était fait précéder de vingt caisses de miroirs : en tout pays, c'est avec des miroirs que l'on prend les alouettes. Le i3 février, elle était aux portes de Téhéran : Gardane partit pour Tauris. Le 14, Sir Harford Jones entra dans la ville et fut reçu solennellement par Feth- Ali. Gardane, après quelque temps, s'éloigna vers la France. Il abandonnait la Perse à la rivalité des Anglais et des Russes.

C'est qu'en même temps, la domination anglaise s'était définitivement fortifiée dans l'Inde. La mort de Tippoo-Sahib en 1799 avait été la fin de l'empire du Mysore. Richard Wellesley avait réduit le Nizam à la soumission, ce qui donnait aux Anglais la plus grande partie du Dekkan ; il avait commencé la conquête des pays Mahrattes ; en 1802, il avait imposé le protectorat anglais au peshva de Pouna ; la même année, il avait conduit une mémorable expédition jusqu'à

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Delhi et mis une garnison anglaise auprès du Grand Mogol. L'Inde paraissait déjà presque tout entière soumise, et peutêtre dès ce moment n' eût-il pas été facile d'en chasser les Anglais .

En tout cas, appuyés sur cet immense empire, ils pouvaient faire front aux menaces de Napoléon : ils tenaient fortement l'Orient et ils accumulaient les obstacles sur le chemin du conquérant. Quelques années auparavant, en 1802, après la paix d'Amiens, l'illustre orateur anglais, Charles Fox. voyageait en France; il fut reçu chez le Premier Consul, et comme maladroitement on lui montrait sur un globe la petite place de l'Angleterre : « Oui, dit-il, mais de ses vaisseaux elle enserre l'univers. » Et d'un large geste il semblait embrasser le monde. La partie était égale entre la grande nation et le grand Empereur.

LES ARMEMENTS DE l'aUTRICHE

Napoléon se rendit compte de bonne heure de l'importance des avantages que l'Angleterre prenait sur lui. Nous en donnerons pour preuve une dépêche de Champagny à Caulaincourt, en date du 24 mars 1809, à un moment où on ne pouvait encore que prévoir les derniers événements de la Perse :

« La Porte, actuellement amie de l'Angleterre, va devenir notre ennemie; elle s'unira à l'Autriche contre nous. Je lis,, dans les feuilles anglaises du 14 mars, qu'un des articles secrets du traité de la Porte avec l'Angleterre lui impose cette obligation, ce qui prouverait la connivence de l'Autriche dans cette honteuse transaction. Probablement nous éprouverons un pareil sort en Perse. Les dernières lettres de M. Gardane annonçaient qu'il serait bientôt obligé de quitter ce pays,

3gO LA CINQUIÈME COALITION

dont le souverain irrité de n'avoir trouvé aucun appui dans la France contre la Russie, se disposait à rompre avec nous et à rappeler les Anglais dont jusqu'alors il avait constamment repoussé les offres et les menaces, les attaques et les caresses. Ainsi donc l'Orient est contre nous; l'Empereur le voit sans regret ; l'alliance de la Russie lui est trop chère pour ne pas compenser bien au delà ces sacrifices politiques. Il se voit au moment d'en recueillir les fruits ; une utile coopération de la Russie contre l'Autriche prouvera la sagesse de sa politique ; elle deviendra un bienfait pour l'Europe, en abrégeant la guerre, ou en l'éloignant, s'il en est temps encore1. »

Il est vrai que cette dépêche était destinée à obtenir une intervention vigoureuse de la Russie contre l'Autriche, et que par conséquent les faits y sont présentés d'une certaine manière.

Tout de même les Anglais avaient rétabli leur influence à Téhéran, à Constantinople ; ils avaient des vaisseaux dans Civita-Vecchia ; s'ils tendaient la main aux Autrichiens par Trieste, la situation était délicate, au cœur même de l'Europe, pour la domination française qui y apparaissait d'un coup comme précaire.

Car il fallait bien désormais compter avec l'hostilité persistante de l'Autriche. En vérité, elle avait eu depuis le commencement de la Révolution une politique d'une singulière tenue, et il suffit de la considérer un moment pour en reconnaître la réelle grandeur. Puissance faite de peuples divers, elle avait senti que la Révolution française, en émancipant les peuples, la menaçait d'une ruine totale ; elle était restée près de dix ans en guerre contre la France révolutionnaire de 1792 à 1801. Héritière du Saint-Empire Romain Germanique, fait essentiellement de l'Allemagne et de l'Italie,

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