Corr., XIII, 3i
Les troupes furent mises en marche. Le 8 octobre, Napoléon lança le premier Bulletin de la Grande Armée. Il attribuait à la reine Louise de Prusse la responsabilité de la guerre : « La reine de Prusse est à l'armée, habillée en amazone, portant l'uniforme de son régiment de dragons, écrivant vingt lettres par jour pour exciter de toutes parts l'incendie. Il semble voir Armide dans son égarement mettant le feu à son propre palais. »
La Grande Armée, à travers les défilés du Frankenwald, tomba comme un flot irrésistible dans la vallée de la Saale. Lannes remporta la victoire de Saalfeld, le 10 octobre ; le prince Louis de Prusse, neveu du roi, y fut tué. Le 12, Napoléon établit son quartier général à Géra, d'où il publia son troisième Bulletin ; il y annonçait ses premiers succès et terminait ainsi : « Jamais l'armée n'a été si belle. Toutefois les intentions du roi de Prusse se trouvent exécutées : il voulait que le 8 octobre l'armée française eût évacué le territoire de la Confédération, et elle l'avait évacué ; mais, au lieu de repasser le Rhin, elle a passé la Saale \ »
Le i3, Davout occupait le pont de Naumbourg où la Saale est franchie par la grande route de Weimar à Berlin ; les communications des Prussiens avec leur capitale étaient coupées. Le 14, la bataille s'engagea : Napoléon à Iéna détruisit l'armée qui lui était opposée, sous le commandement du prince de Hohenlohe ; Davout garda le pont de Naumbourg, prit l'offensive sur Auerstœdt, battit les troupes que commandaient le duc de Brunswick et le roi, et les rejeta en désordre sur Weimar : les deux déroutes prussiennes se confondirent dans un inexprimable chaos, et le cinquième Bulletin entonna la fanfare de la victoire :
« La bataille d Iéna a lavé l'affront de Rosbach, et décidé,