De Clercq, Recueil des traités de la France, II
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peuples du Kandahar à s'armer contre l'Angleterre, et, passant sur leur territoire, « il fera marcher une armée sur les possessions anglaises de l'Inde ».
Si une escadre française aborde dans les ports du golfe Persique, elle y trouvera toutes les facilités et tous les secours dont elle aura besoin. Si l'empereur Napoléon envoie une armée contre l'Inde par terre, elle aura passage en Perse, et une convention spéciale indiquera les routes à suivre, les subsistances et les moyens de transport à fournir et les troupes auxiliaires que l'empereur de Perse y joindra.
Un traité de commerce sera négocié à Téhéran.
En tout cela il est surtout question de l'Angleterre, et le traité de Finkenstein est surtout un instrument d'action contre l'Angleterre. Et c'est tout naturel : Napoléon ne pouvait pas sérieusement compter sur l'efficacité d'une diversion militaire persane contre les Russes, encore moins que de la part des Turcs.
En tout cas la nouvelle alliance fut célébrée sur le mode lyrique. Napoléon l'annonça lui même le lendemain au schah de Perse : « La fidèle exécution de ce traité d'alliance fera la gloire de ton empire et le désespoir de nos ennemis \ »
Felh-Ali répondit en son style : « L'on eût dit que chaque caractère sur ces nobles feuilles était goutte d'ambre sur du camphre pur, ou des cheveux bouclés et odorants sur les joues roses dune amante au sein de lys. L'odeur ambrée de cet écrit aimable a embaumé 1 alcôve de notre âme sensible à l'amitié et parfumé de musc le cabinet de notre cœur plein de constance et de droiture. »
Il couvrait Napoléon des dithyrambes de son admiration : — « Merveille de nos jours, souverain sur qui veille l'Etoile de Saturne, dont Jupiter est l'arc, Mars le champ de bataille, dont le Soleil est l'œil, Vénus est la voix et Mercure le génie,
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à qui la Lune sert de couronne ; Prince qui a arboré l'étendard de la Grandeur et qui s'est assis sur le trône de la puissance suprême, Lion des forêts de la valeur et de l'héroïsme, Baleine de 1 océan de la Science et de la Sagesse, Cloche de haute dignité qui répand à grand bruit sa haute renommée ; le plus grand des Empereurs, chef absolu des Etats de la Sublime France, Roi d'Italie, etc. »
Et le grand vizir Mirza-Mohammed-Ghefy offrait à Talleyrand « les perles de réloge et de la louange apportées sur le rivage par le plongeur de l'amitié qui les a retirées des mers de la candeur et de la sincérité, et les fleurs de la bienveillance et de 1 affection écloses sur les arbres des traités et de la bonne foi, où elles se sont changées en fruits au souffle flatteur du Zéphire du printemps de 1 union » .
Restait à mettre à profit de si heureuses dispositions. Dès le commencement d'avril, Napoléon avait désigné son aide de camp, le général Gardane, pour aller en Perse. « Il est, écrivait il à Talleyrand, petit-fils de celui qui a fait le traité de 171 5. Il considère cela comme une charge qui lui a été laissée par ses aïeux, et il est plein de zèle pour cette mission. » Dans le premier projet d'instructions préparé par l'Empereur à cette occasion, il est question notamment de « reconnaître les ressources de la Perse ; bien étudier surtout la nature des obstacles qu'aurait à franchir une armée française de 40.000 hommes, qui se rendrait aux Grandes Indes et qui serait favorisée par la Porte et par la Perse » .
« Vous comprenez, écrit-il encore au prince de Bénévent à ce sujet, de quel intérêt il est pour moi de m'allier avec la Perse. Si l'on est aussi raisonnable qu'on le paraît, — on, c'est l'ambassadeur persan dont on annonce l'arrivée, — il est impossible qu'en envoyant au mois d'octobre en Perse une escadre portant i.5oo hommes avec des officiers et sous -officiers, je ne parvienne pas à faire une diversion immense contre la Russie. Vous en parlerez dans ce sens à
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l'ambassadeur, en lui disant que j'enverrai le cadre d'un corps de 10 ou 12.000 hommes, en officiers, qu'on remplira en Perse avec des soldats. Ce corps sera en deux mois en état de battre les Russes. Gardane est bien capable, non seulement de diriger, mais même décommander ce corps. Je vous laisse à penser l'effroi qu'auraient l'Angleterre et la Russie trois mois après la présence de ce corps de troupes en Perse *. »
On voit si les plans de Napoléon avaient de l'envergure. Comment admettre, en lisant de pareilles lettres, que Napoléon n'avait d'autre politique que d'imposer la paix à « l'Europe » et que de l'obliger à reconnaître la grandeur de la France établie dans ses frontières naturelles ?
Les instructions définitives de Gardane ne furent rédigées qu'après le traité de Finkenstein, le 10 mai 18072. C'est le développement des précédentes, avec des vues nouvelles. Il y est question des préparatifs militaires à faire en Perse contre les Russes, d'une voie commerciale à ouvrir entre Alep et Bagdad. Gardane doit prendre des renseignements sur les Wahabites, tribus rebelles au sultan de Constantinople à qui elles viennent d'enlever la plus grande partie de l'Arabie; elles se sont emparées de La Mecque en avril 1806 ; elles semblenj. représenter une réaction des Arabes contre la domination turque, considérée comme désormais épuisée; il y a là des forces remarquables en mouvement ; il faut les observer, voir si elles n'annoncent pas que le moment soit venu de rendre à leur prospérité et à leur gloire d'autrefois les prestigieux et merveilleux pays de Bagdad et de Babylone.
Car tout ce que toucha Napoléon, même de loin, parut frissonner comme d'une vie nouvelle. C'est la marque mystérieuse de son génie.
Gardane devait envoyer des officiers à travers toute l'Asie