‹ Napoléon et l'Europe; TilsitChapitre 86 sur 185 · Thiers, VIII · texte numérisé non relu

Thiers, VIII

comme une rupture. Le gouvernement danois n'avait pas besoin de cette pression : il reçut les sommations de l'Angleterre avec la plus vive indignation ; il annonça la volonté de défendre son indépendance avec la plus grande énergie ; il répondit par un refus net à la note du ministre Jackson, qui rejoignit la flotte anglaise.

Le 16 août, l'amiral Gambier bloqua le port de Copenhague. Le prince royal s'y rendit, organisa la défense, espéra donner aux Anglais la répétition de la leçon qu ils avaient reçue six mois plus tôt devant Constantinople. Il emmena le roi à Kiel pour ne pas le laisser tomber comme un otage en leur pouvoir.

Le 2 septembre, les Anglais commencèrent le bombardement : une pluie de boulets détermina aussitôt un formidable incendie qui menaça de détruire la plus grande partie de la ville. Le 7 septembre, les défenseurs de la place ne crurent pas pouvoir résister plus longtemps ; ils capitulèrent, livrèrent Copenhague et les vaisseaux.

L'émotion du prince royal à cette nouvelle fut profonde, et sa colère assurément sincère. « Si je n'avais pas une pareille injure à venger, s'écriait-il, je me brûlerais la cervelle. » Il disait encore à sa sœur, la duchesse d'Augustenbourg : « Je me considère comme un militaire qui a reçu un soufflet, et c'est un affront que je dois laver sur les remparts de Copenhague dans le sang des traîtres et des Anglais ou dans le mien. » « La duchesse, observe judicieusement Didelot, est une personne pleine d esprit et qui pense avec noblesse, car elle déteste les Anglais et est très portée pour nous1. »

Le comte de Bernstorff était dans les mêmes sentiments : « Qu'on attende quelques jours seulement pour nous juger, et l'on verra que nous sommes toujours dignes de l'estime de

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