‹ Napoléon et la Pologne, 1806-1807Chapitre 21 sur 182 · Corresp. de Xap., XIII, 609, n° 11200; 623, n" M · texte numérisé non relu

Corresp. de Xap., XIII, 609, n° 11200; 623, n" M

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dans une salle pleine des trophées de la guerre et de la destruclion de la Prusse, les députés otfrent les hommages de ce palatinat à l'Empereur entouré de ses maréchaux, et expriment le vœu que Napoléon proclame l'indépendance de la Pologne. L'Empereur leur répond que la France n'a jamais reconnu les partages, qu'il ne peut néanmoins proclamer l'indépendance, qui ne doit dépendre que d'eux-mêmes, que lorsque une grande nation, lorsque plusieurs millions d'hommes veulent être indépendants, ils réussissent toujours^ qu'il verra toujours avec un vif intérêt le trône de Pologne se relever et l'indépendance de cette grande nation assurer celle de ses voisins, mais que cela dépend plus d'eux-mêmes que de lui, que si toute la nation fait cause commune, il leur prédit le triomphe '. Cette audience solennelle et en même temps absolument secrète leur devait inspirer une espérance profonde, et cependant Napoléon n'avait rien promis, ne s'était engagé d'aucune façon. Si l'influence de cette audience sur eux ne fût pas aussi grande, c'est que les membres de la délégation étaient au courant de la présence de Zastrow et Lucchesini à Charlottenbourg. « Le séjour de S. M. à Berlin a jeté quelque inquiétude parmi les Polonais; ils craignent des négociations contraires à leurs vœux bien prononcés -, » Cette inquiétude devait être d'autant plus grande que les Polonais ne pouvaient pas ignorer à Berlin la mission des délégués prussiens.

Les négociations se poursuivaient en effet. La présence des armées françaises en Posnanie, l'insurrection polonaise qui devait éclater ou qui éclatait déjà, l'arrivée des députés polonais à Berlin, tout ce qui se faisait secrètement, mais qui était bien clair et connu de tout le monde, tout cela devait

1. Moniteur, 180G, II, n^^ 334. Corr. de Xap., Xlll, 677-8, n» 11279, Loret 103-104.

2. Corr. cleDavout, I, 331 n° 221 14 nov. , voir Slialkowslii, p. 125.

20 NAPOLÉON Eï LA POLOGNE.

amener les envoyés du roi de Prusse à se soumettre à la volonté du vainqueur. Napoléon marchait droit au but, il voulait pacifier la Prusse et forcer ainsi la Russie à signer également la paix. Le projet de l'armistice, qui devait reléguer les Prussiens dans la Prusse royale, donner la Prusse méridionale(Posnaniei et une partie de la Prusse orientale àNapoléon et reconnaître la Pologne prussienne non occupée comme neutre qui devait obliger le roi de Prusse d'interdire Taccès de son territoire aux Russes ', tendait au même but.

HaugAvitz voyait dans les démarches françaises « ce terrible principe de la destruction de la Prusse pour servir de garantie au repos futur de la France ^ » Et cependant Napoléon devait être toujours plus exigeant. Des succès inattendus, invraisemblables, allaient lui permettre de poser des conditions toujours plus dures. Néanmoins, Zastrow et Lucchesini allaient les accepter. «L'insurrection en Pologne», pensaientils, c( aurait été empêchée ou affaiblie par l'armistice et le danger qui naît du rétablissement de la Pologne amoindri^ » La peur de la Pologne renaissante les a jetés dans cette voie. Ils comprenaient bien que Napoléon ne voulait que la paix avec la Russie, que la Prusse serait absolument désarmée, mais le spectre de la Pologne les a terrifiés. Talleyrand pria les délégués de faire connaître à l'empereur Alexandre les dangers qu'allait courir la Prusse, si la Russie ne faisait pas la paix, et le danger qu'ilyaurait pour la Russie elle-même à être rejetée au delà de la Dwina, si la Pologne insurgée, et les provinces conquises sur la Prusse venaient à recevoir un chef, vassal de la France"^. En s'exprimant ainsi, il ne disait que ce que la diplomatie française pensait réellement. « Les conditions (de l'armistice) en sont telles que la Pologne, s'il y a une Pologne, recouvrera la liberté d'avoir et d'exprimer une opinion. Nos troupes ne se retirent pas de la partie de la Pologne prussienne que nous occupons déjà; et il est convenu qu'il n'y aura ni troupes françaises ni troupes prus-

i. Bassewitz, L 128-129. Lehmann Stein, 1, 43o et suiv.

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