‹ Napoléon et la Suisse 1803-1815, d'après les documents inédits des Affaires ÉtrangèresChapitre 17 sur 27 · F)4 NAPOLEON ET LA SUISSE · texte numérisé non relu

F)4 NAPOLEON ET LA SUISSE

payant que le droit de balance du commerce que payent les Français ;

« 2^ Celle des cotons de Naples, de Rome et des Etats compris autrefois sous la dénomination de l'Italie, sans impositions, vu celles qu'ils ont à payer en Suisse, conformément au système actuel;

« 3° Quant à l'importation en France des objets manufacturés de la Suisse, un droit qui, tout compris, n'irait pas au delà de 20 pour 100, serait regardé comme la juste balance de ce que les produits manufacturés de la Suisse peuvent supporter et des avantages que les manufactures françaises peuvent exiger...

... La Suisse espère surtout que Sa Majesté consentira à lui accorder l'introduction, grevée d'un droit proportionnel au royaume d'Italie, ainsi que le transit pour la Turquie, le royaume de Naples et l'Espagne, soit par terre, soit par les ports français de Trieste, Gênes et Rayonne, qui, aussi est absolument enlevé à l'industrie de la Suisse. »

Il terminait en disant :

« C'est sous les mains bienfaisantes de Sa Majesté que la Suisse espère voir renaître les anciennes liaisons économiques avec l'Empire français. Elles sont devenues, par l'étendue actuelle de ce grand Empire, les bases uniques sur lesquelles le bien-être de la Suisse puisse désormais reposer. »

C'est peu après que se réunit la Diète, à Soleure. Les discours qui y furent prononcés et qui avaient trait au Tessin n'étaient pas de nature à changer les dispositions impériales. Le régime de prohibition continua.

L'inspecteur Lothon était toujours dans le pays. Il y poursuivait ses recherches. La correspondance de Talleyrand était bourrée de renseignements commerciaux et ornée de tableaux comparatifs et commerciaux où s'étalaient les chiffres et les marchandises. Elle était envahie par les cotons et les denrées coloniales ; émaillée par les prix courants du sucre, du café et des autres objets de consommation. Elle nous apprend que le sucre coûtait alors de 5 fr. 50 à 6 francs la livre ; le café 5 francs à 5 fr. 50; le thé vert 18 à 20 francs; le poivre 5 à 6 francs.

La politique cédait la place à la statistique. Etait-ce un diplomate qui tenait la plume? Ou n'était-ce qu'un commis de très haut et très puissant personnage, M. le comte Collin de Sussy, directeur général des douanes impériales et devenu, dans le courant de 1811, ministre du commerce et des manufactures? Il est vrai que, peu après, les débats de la nouvello capitulation militaire alternèrent avec les questions commerciales, et que Talleyrand put ajouter à son langage de douanier celui d'un ofTicier recruteur.

Mais pendant ce temps le malaise augmentait. Lo travail s'arrêtjut. Plus de 30 000 ouvriers étaient réduits au chômage et à la misère dans plusieurs cantons : Saint-Gall, Zurich, Bàlo, Glaris, .\rgovie. Tout le monde se j)laignait loi*squ'arriva 1812.

Il était tout naturel qn»* le chof d'un»* «'ité aussi active» que I^Alc portât un intérêt [)arti<Mili«T aux questions éronoruiqu^^s. Voilà pourquoi le Landammann Biu'ikhardt, dans une lettre à l'ambassadeur,

reprenait le langage de Reinhard au ministre Montalivet et proposait à des souffrances, restées les mêmes, les remèdes que préconisait le bourgmestre de Zurich.

Burckhardt écrivait, le 27 avril :

« Monsieur le comte, les manufactures de la Suisse, après avoir langui plusieurs années dans un état de souffrance progressive, touchent aujourd'hui à leur ruine (1)... S. M. l'Empereur et Roi peut seule mettre un terme à ces maux.

« Le commerce naturel de la Suisse est avec la France et l'Italie. Privé de ces débouchés, il se soutient presque uniquement par le transit, maintenant prohibé, au travers des mêmes Etats. La Suisse, étroitement liée à la France par ses relations politiques et militaires, par son adhésion franche et loyale au système continental, ose espérer quelques ménagements, quelques preuves de bienveillance pour les besoins urgents d'une partie aussi considérable de sa population...

« Pour secourir son industrie aux abois et soulager des maux dont le spectacle fait frémir, la Suisse réclame avec instance :

« 1^ Quelques faveurs pour l'introduction en France des produits des manufactures suisses, sous telles précautions qui seraient jugées nécessaires...;

« 2^ Une faveur semblable pour l'introduction des mêmes article:: en Italie et en Illyrie, aux con-

(1) Il se plaint surtout de la prohibition qui pèse sur les cotons. Nous savons à quoi elle tient, au besoin de protéger notre propre fabrication.

ditions que Sa Majesté croirait devoir y mettre;

« 3° Le transit des marchandises suisses pour la Turquie, le royaume de Naples et l'Espagne, soit par terre, soit par les ports francs de Trieste, Gênes, Bayonne ou autres... Quant à l'exclusion des marchandises anglaises, elle est garantie par les mesures du système continental. La Suisse y coopère de tout son pouvoir. ,

« Le rétablissement d'un commerce régulier avec l'Empire attacherait d'une manière indissoluble, non seulement les gouvernements de la Suisse, mais encore la masse entière de la population à la grande cause de la France et à l'auguste personne du Médialeur. Des ménagements, quelques concessions bienveillantes, perpétueraient cette affection nationale que les rois de France avaient en vue de reconnaître et d'entretenir lorsqu'ils accordaient à la Suisse tant de privilèges remarquables.

« En refusant tout à la Suisse, on porterait un coup mortel à son commerce. On condamnerait à la misère et à l'émigration un quart de ses habitants qui ne peuvent tirer leur subsistance du sol aride qu'ils habitent.

« Le Landnnwianrif

« Pierre Burckhardt.

« Le Chancelier de la Confédération^

« Mousson (1). »

Rien do pins clair, de plus (Ujuitahle, de plus pressant.

(l) Le Landaiiimaiin à Talleyrand. .\. Iv. t. «y'i.

En transmettant cette lettre, Talleyrand s'y montrait favorable. Il demandait, comme il l'avait déjà fait, qu'on laissât entrer chez nous quelques produits de la Suisse qui n'y trouvaient aucune concurrence, par exemple les broderies et les toiles peintes de Saint-Gall. Il conseillait de ne pas pousser aux dernières rigueurs un despotisme économique qui nous aliénait le pays. Et il avait raison. Telles furent, en effet, les conséquences du blocus. On peut se passer de la liberté. Mais on ne se résigne pas à la misère.

L'attention de l'Empereur était ailleurs. Elle était tournée vers la Russie. La préparation d'une guerre nouvelle fit oublier le petit pays où la détresse matérielle s'ajoutait à l'inquiétude causée par l'occupation du Tessin. C'est ainsi qu'après le désaccord, la désaffection grandit.

Avec des revers comme ceux qui allaient marquer les derniers mois de 1813, la rupture devenait inévitable.

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