‹ Napoléon et la Suisse 1803-1815, d'après les documents inédits des Affaires ÉtrangèresChapitre 19 sur 27 · LE NOUVEAU PACTE FEDERAL · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU PACTE FEDERAL

Pendant que la Suisse demandait à la Longue Diète une Constitution politique et la paix intérieure, l'Empire était tombé, et la France rendue aux Bourbons.

La Suisse salua avec joie la Restauration. Des liens plus étroits l'unissaient avec la vieille maison de France qu'avec le soldat parvenu de la Révolution. Si elle devait à Napoléon dix ans de tranquillité, elle devait à la monarchie légitime de longues années de protection, d'alliance et de services.

Dès que le Conseil de Berne eut appris la chute de l'Empire, il écrivit au comte d'Artois, lieutenant général du royaume, pour le féliciter du retour de sa famille sur le trône de ses pères (9 avril). Et il envoya le colonel de Graffenried pour lui présenter, ainsi qu'au Roi, les assurances de son dévouement.

Le G mai, la Diète députa à Paris, en mission spéciale, de Mulinen, Rcding vi Monod ; et le 20 mai, Louis W'III écrivit lui-même aux Louables Can-

tons, de ce haut et noble style, qui était comme la marque de la maison de France :

« Très chers grands Amis, Alliés et Confédérés,

« Ramené sur le trône de nos ancêtres, nous y apportons les sentiments d'affection qu'ils avaient constamment témoignés au Louable Corps helvétique, et notre but sera toujours d'entretenir avec lui les plus intimes relations de bon voisinage et d'amitié. Nous connaissons le noble caractère des Suisses. L'Europe a vu leur courage, nos pères ont éprouvé leur dévouement. Tous ces titres à notre confiance ne s'effaceront point. Nous voyons dans vos Cantons les plus anciens alliés de la France, et nous chercherons toujours à leur donner des preuves de l'intérêt que nous prenons à leur bonheur, de notre bienveillance et de notre affection.

« Sur ce, etc. »

Une autre lettre, du même jour, leur annonçait qu'il avait choisi Auguste de Talleyrand comme ambassadeur auprès d'eux. Enfin, le général Mallet, de Genève, était chargé de négocier avec eux de nouvelles capitulations militaires. En attendant, le général de Castella, nommé inspecteur général des Suisses (dont le comte d'Artois était devenu colonel général), s'occupa de réorganiser les quatre régiments, sortis de la convention de 1803, et maintenus par celle de 1812.

A l'ambassade de Suisse à Paris, le premier secrétaire de légation, Tscharner, remplaça Maillardoz,

trop compromis par son attachement pour Napoléon.

Auguste de Talleyrand fut satisfait de retourner en Suisse, comme ministre de Louis XVIII, puisque la monarchie légitime avait conservé ses secrètes préférences. Mais il n'y retrouva pas la situation qu'il avait laissée (1).

D'abord, au lieu de la tranquille unité que présentait naguère la Confédération, c'était le désordre suscité par deux partis rivaux, et la division propagée, au sein même des Cantons, entre les villes et les campagnes.

• Le comte Auguste écrivait de Zurich, le 30 juillet, après avoir repris possession de sa charge :

« Votre Altesse aura vu, par mes dépêches, la situation des affaires en Suisse. Les esprits s'aigrissent et s'échauffent de plus en plus. Berne ne se désiste en rien de ses prétentions sur l'Argovie, et l'Argovie, s'appuyant sur les paroles des empereurs de Russie et d'Autriche, paroles confirmées par leurs ambassadeurs, ne veut rien céder.

« La Suisse est partagée en deux partis : Fribourg, Lucorne, Soleure et les Petits Cantons soutienntMit le parti bernois; Zurich et les nouveaux cantons celui de l'Argovie. Le premier paraîtrait phis puissant que l'autre; mais la crainte ({u'uiit les gouvernements de Fribourg, de Lucerne et de Soleure

(l) Sa nu;nitJalioii le trouva à la rcrteSainlAiihin (Loirol) où son frAro .\loxandre poss«Mnit une apn^ablo proprit^é. Alexandre. qaron do Talh'yrand, uv en 1770. fut (l«''put«'' «lu I.oin»t. pr«'f«»t de la K«»stauration dans plusieurs doparlenu'uts. onliu diploriiato et mourut l'M 1839.

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