LES AMBULANCES VOLANTES
lances constituait une force assez importante ; le personnel formait une légion de trois cent quarante personnes , tant officiers que sous-officiers et soldats, et chaque légion se décomposait elle -même en trois divisions, qui pouvaient à leur tour se subdiviser en fractions secondaires.
L unité divisionnaire avait à sa disposition douze voitures légères et quatre pesantes bien suspendues, celles-ci du modèle des autres voitures militaires. Les voitures légères étaient attelées à deux chevaux et pouvaient recevoir deux blessés couchés. Les autres étaient attelées à quatre chevaux, et quatre blessés pouvaient y être étendus.
Le matériel d’ambulance était disposé dans des poches annexées aux cloisons.
Cet ensemble était aussi mobile que l’artillerie légère et se déplaçait avec autant de facilité. Se subdivisant en un grand nombre de fractions, il était en mesure de suivre les avant-postes jusque dans leurs mouvements les plus rapides. Chaque officier de santé pouvait, muni des objets nécessaires pour assurer les premiers soins, ayant avec lui un infirmier à cheval et une voiture légère attelée d’un seul cheval et de deux dans les mauvais terrains, pénétrer partout, recueillir les blessés et les transporter promptement aux fourgons d’ambulances, qui, partant au galop, se dirigeaient vers l’ambulance centrale établie hors de la zone des opérations tactiques. Si les blessures étaient graves, elles étaient pansées, comme le fit tant de fois Larrey, sur le terrain même, et souvent sous le feu. Lorsque l’armée s’engageait dans des pays de montagnes, on se servait de mulets ou de chevaux de bât, chargés de paniers à compartiments, dans lesquels étaient renfermés les appareils et les médicaments indispensables aux premiers secours. Pendant la campagne d’Égypte, Larrey utilisa les chameaux, qui lui rendirent d’importants services dans la marche à travers le désert.
Telles furent les ambulances volantes de Larrey. Jamais, a dit un médecin qui fut attaché à l’une d’entre elles, jamais organisation ne fut plus complète. Elle suffisait à toutes les indications, se portait partout avec célérité, et fonctionnait,
LA JEUNESSE DE LARREY
dans toutes les circonstances, avec un ensemble et une précision admirables b
Après avoir signé le traité de Campo-Formio, le général en chef, infatigable, employa ses nouveaux loisirs à visiter les frontières et à passer en revue son armée. Il commença par l’avant-garde , commandée par Bernadotte , dont le quartier général était à Udine. Nous avons vu qu’à ce corps d’armée était attachée la première division de l’ambulance volante, placée précisément sous les ordres directs de Larrey. Elle suivit les opérations des troupes et manœuvra devant le général en chef comme sur un champ de bataille. Bonaparte, qui voyait pour la première fois une de ces ambulances sur le terrain, fut vivement frappé de la précision méthodique avec laquelle elle exécutait ses mouvements et de l’entente supérieure avec laquelle elle avait été organisée. Son esprit, si éminemment propre à embrasser d’un coup d’œil la portée des choses, et que nul n’a surpassé dans l’art de prévoir, calcula tout de suite les services que rendrait à ses armées la création de Larrey; il mesura infailliblement l’avenir qui lui était réservé, et porta sur elle un jugement que l’histoire a confirmé. « Votre œuvre, lui dit-il, est une des plus hautes conceptions de notre siècle , et suffira seule à votre réputation 1 2. » Il poursuivit sa route et retrouva à l’armée de Masséna, à Padoue, la deuxième division d’ambulance ; il se complut de nouveau à la voir manœuvrer, et, en témoignage de sa satisfaction , ordonna qu’une récompense de cent livres serait délivrée à Larrey avec une lettre d’éloges, et que la première division, celle que dirigeait le jeune chirurgien en chef, serait attachée à l’armée d’Angleterre.
Larrey rentra à Milan à la lin de brumaire an VI (novembre 1797). Avec la paix, du reste, sa mission en Italie était terminée, et un ordre du Directoire le rappelait à Paris, à 1 hôpital d’instruction du Val -de -Grâce.
Avant son départ il fut reçu par Bonaparte, qui lui exprima
1 Bégin, op. cit.
2 Journal de Larrey.