‹ Napoléon et les femmesChapitre 4 sur 25 · CT · texte numérisé non relu

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de présider le collège électoral de l’Isère, le lait, en 1810, baron de l’Empire.

Telle est la mémoire reconnaissante qn’il a gardée à ceux qui ont été bons à ses jennes années, qu’il n’en est point dont il n’ait fait la Ibrtnne, comme il n’en est ancnn qn’il ne se soit pin à mentionner pendant sa ca})tivité. Les lèmmes reçoivent une part plus grande encore, s’il se peut, de cette gratitude, et, même lorsqu’il aurait quelque motif de leur tenir rancune, il snfüt qu’elles aient montré à son égard quelque douceur pour qn’il oublie tojit le reste. Ainsi, Mademoiselle de Lanberic de Saint-Germain, qn’il a pu rêver d’épouser, lui a préféré son cousin, M. Bacliasson de Montalivet, comme elle de Valence, et lui aussi en rapports avec Bonaparte ; Napoléon n’en garde ancnn déplaisir : on sait la fortune qu’il fait à M. de Montalivet, snecessivement préfet de la Manche et de Seine-et-Oise, directeur général des Ponts et Clianssées, ministre de l’Intérieur, comte de l’Empire avec 80,000 francs de dotation. Pour Madame de Montalivet, dont, a-t-il dit bd- même, « il avait jadis aimé les vertus et admiré la beauté », il la nomma, en 1806, Dame du Palais de l’Impératrice. Mais elle lui posa ses conditions : « Votre Majesté, lui dit-elle, connaît mes convictions sur la mission de la femme en ce monde. La faveur enviée par tous qu’elle a la bonté de me destiner deviendrait un malheur pour moi si je devais renoncer à soigner

mon mari quand il a la goutte, et à nourrir mes enfants quand la Providenee m’en aeeorde. » L’Empereur avait d’abord froneé le sourcil, mais bientôt, s’inclinant d’un air gracieux : « Ali ! vous me faites des conditions. Madame Montalivet, je n’y suis pas accoutumé. N’importe, je m’y soumets. Soyez donc Dame du Palais. Tout sera arrangé pour que vous restiez épouse et mère comme vous l’entendez. » Madame de Montalivet ne fit pour ainsi dire jamais aucun service, mais cela n’empêclia point Napoléon d’avoir pour elle de particulières attentions. 11 aimait cette famille : « Elle est d’une rigoureuse probité, disait-il, et composée d’individus d’affection ; je crois beaucoup à leur attachement. »

Voilà les souvenirs que Napoléon a emportés de Valence et qui tiennent à son cœur. Ils sont de ceux que ces jeunes filles pouvaient être fières d’avoir laissés. Nulle autre fréquentation qu’on connaisse ; nulle rencontre qu’il ait inscrite en ses notes secrètes, où il apparaît tel qu’un Hippolyte, bien autrement amoureux de la gloire que des femmes. Témoin cette phrase qu’il écrit alors : « Si j’avais à comparer les siècles de Sparte et de Rome avec nos temps modeimes, je dirais : Ici régna l’Amour et ici l’amour de la Patrie. Par les effets opposés que produisent ces passions, on sera autorisé sans doute à les croire incompatibles. Ce qu’il y a de sûr au moins c’est qu’un peuple livré à la galanterie a même perdu le degré d’énergie nécessaire pour concevoir qu’un patriote

COMTESSE DE MONTALIVET (Louise-Françoise Lauberie de Saint- Germain)

MINIATURE PAR AUGUSTIN (A Madame de Villeneuve)

LA JEUNESSE

f)iiissr exister. C’est le point où nous sommes parvenus an Jourd’hui. n Presque avee eertitude on peut conclure ([ue cette fille du Palais-Poyal est la première qu’il ait connue. L’aventure, pour vulgaire qu’elle est, n’en est ])as moins révélatrice de son caractère. Il y a là sa misogynie, son esprit critique, ses brusques affirmations, cette méthode d’interrogation à laquelle il ne renoncera jamais, sa mémoire aussi, car, de cette fille, il a reproduit d’une façon frappante les phrases, les mots, jusqu’aux exclamations, ces Dame ! qui sentent leur terroir breton.

La revit-il jamais? c’est douteux. Dans ses papiers, on trouve bien, de ce séjour à Paris, une dissertation adressée à une demoiselle sur le patriotisme, mais en vérité ce n’est point là pâture habituelle pour les coureuses des Galeries. Après ce séjour à Paris, d’octobre à décembre 1787, voici de nouveau Bona- |)ai‘te reparti pour la Corse, où il arrive le janvier 1788. Il y passe un semestre et rejoint son régiment à Auxonne le Là, nul amour dont il

y ait trace. Par contre, à Seurre, où il est envoyé en détachement au commencement de 1789, on lui attribue des relations avec une dame L...z, née N... s, femme du receveur du grenier à sel ; avec une fermière, Madame G...t, chez laquelle il allait boire du laitage, et enfin avec « la demoiselle de la maison où il logeait » . C’est beaucoup pour un laps de vingt-cinq jours, pendant lesquels ses cahiers témoignent d’un travail acharné. Néanmoins, lorsque.

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quatorze années plus tard, le i6 germinal an XIII (6 avril i8o5), Napoléon passa à Seurre, allant à Milan, on affirme que M. de Tliiard, alors son ehambellan, lui présenta la demoiselle et qu’il lui accorda une bourse dans une école du gouvernement pour son fils d’une douzaine d’années. L’âge qu’on donne à cet enfant exclut l’idée que Napoléon pût penser qu’il en fût le père. Si l’Empereur avait eu le moindre doute à ce sujet, il eût donné mieux et sans qu’on lui demandât rien.

En Corse, où il est toute l’année 1790, à Auxonne, puis à Valence, et de nouveau en Corse, à Paris, au milieu de 1792, rien ; rien encore pendant la première campagne dans le Midi contre les fédéralistes, rien à Toulon.

Il faut délibérément sauter quatre années . Le lieutenant est devenu général de brigade : Bonaparte commande l’artillerie de l’Armée d’Italie. Près de cette armée, la Convention a envoyé en mission le citoyen Louis Turreau, dit Turreau de Lignières, un de ses membres inffuents, lequel, accompagné de la jeune femme qu’il vient d’épouser. Félicité Gauthier, la fille d’un chirurgien de Versailles, arrive à Cairo en Piémont, où se trouve Bonajîarte, tout à fait à la fin de l’an II, vraisemblablement la 5® sans-culottide, le 21 septembre 1794* Bonaparte jùaît fort au représentant, plaît davantage à la femme. Elle vaut f[u’on la regarde. « Une physionomie et une voix agréables, des cheveux blonds, de l’esprit, du patrio-

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