‹ Napoleon et sa famille (volume 2)Chapitre 58 sur 141 · NOUVELLE DE L'ARRESTATION DE LUCIEN · texte numérisé non relu

NOUVELLE DE L'ARRESTATION DE LUCIEN

Anglais et de son voyage forcé à Malte ne parvient à Paris que vers le 10 octobre, par deux voies différentes : de Rome, où elle est venue de Tunis, fort défigurée et arrangée, et de Londres, où les journaux l'enregistrent avec exactitude et raccompagnent de commentaires qui paraissent à ce point séditieux à la police « qu'on n'a pas cru devoir confier ces articles au traducteur ordinaire, sachant que les journaux anglais de la même date sont envoyés directement à l'Empereur ».

Fixé désormais sur les destinées de son frère, certain que le châtiment a suivi la faute et trouvant que, sa prédiction étant accomplie, Lucien, prisonnier des Anglais, mérite plus de pitié que de haine, il se calme subitement. Dès le 18 octobre, il écrit à Savary de faire relâcher ïavera, le patron et les matelots arrêtés pour l'affaire du sénateur Lucien. Il veut seulement une réponse positive du général Miollis sur ce qu'il a laissé embarquer le sénateur et sur ce que l'Hercule est parti sans sa permission. Comme Miollis répond véridiquement qu'à défaut d'ordres positifs, il ne pouvait arrêter le frère de l'Empereur muni de passeports en règle, il en est quitte pour un simple avertissement et ne perd rien de la faveur souveraine. Murât a la plus lourde responsabilité, mais, avec lui aussi, Napoléon passe vite. A la fin d'une lettre d'affaires, il glisse simplement : « Vous devez sentir à présent combien est grande la faute que vous avez faite en envoyant le bâtiment V Hercule à Lucien, puisque ce malheureux est aujourd'hui prisonnier

des Anglais à Malte. Puisque je ne lui en avais pas envoyé, c'est que je ne voulais pas qu'il partît. La reine vous dira combien cela a excité mon mécontentement. Soyez plus circonspect à l'avenir et ne vous mêlez pas de ce qui ne vous regarde pas. »

A présent, le silence ; mais ses yeux sont attentifs ; au moindre mouvement que fera Lucien, il voudra être informé ; il surveillera ses billets les plus insignifiants et mettra la police entière à la chasse de ses émissaires. Il a été battu; il a éprouvé, dans la Famille même, une résistance supérieure à sa volonté «t, si le révolté s'est réfugié en Angleterre, chez l'ennemi, l'adversaire de toujours, Napoléon n'oublie pas que ce frère, qui a osé lui tenir tête, est celui sur lequel il a jadis le plus compté pour l'accomplissement de sa fortune — et sa rancune se double d'un regret.

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