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immenses territoires de la Nouvelle-Bretagne et du Canada avec Terre-Neuve et l'Ile du Prince-Edouard ; ainsi, a L-eile Jeté son dévolu sur l'Australie dont Napoléon avait assez pressenti l'avenir pour prétendre s'en emparer; ainsi, par le' cap de Bonne-Espérance s'assure-t-elle, avec la route des Indes, la pénétration dans l'Afrique méridionale.
Dés lors, tout est prêt pour assurer sa domination exclusive et en favoriser lé développement. En môme temps que les continents où les Européens peuvent vivre, travailler, subsister, se reproduire, d'où ils recevront les produits agricoles, où ils écouleront leurs produits industriels, et qui, par le transport et l'échange des uns et des autres, assureront à leur commerce et à leur marine une prospérité sans exemple, les Anglais ont acquis des points d'appui et de protection tels qu'ils possèdent en fait toutes les mers ; avec un art infini et une persévérance séculaire, ils les ont choisis, occupés, fortifiés. Ainsi tiennentils la Méditerranée par Gibraltar et Malte, l'Adriatique par les Sept Iles, la Manche par les Iles Normandes, la Baltique par Héligoland, l'Atlantique par Sainte-Hélène et l'Ascension, rOcéan Indien par llle de France, les Séchelles et Ceylan, l'Océan Pacifique par l'Australie. L'Angleterre est la maîtresse de tout ; elle tient tous les débouchés. Rien d'inutile, là dedans, rien de somptuaire. Constate-t-elle qu'une île occupée ne rend pas ce qu'elle attend, qu'elle coûte trop cher pour ce qu'elle rapporte? Sans hésiter, elle paie, et sans marquer un regret, sans mettre à amener son pavillon un point d'honneur qu'elle trouve vain, elle évacue, au moment qu'elle choisit, la Corse ou la Sicile, les îles Ioniennes, Héligoland ou Sainte- Hélène. Par contre, s'ouvre-t-il une route nouvelle et qu'elle n'avait point pressentie, car son génie est court, elle en occupe les abords, s'en assure la domination et épuiserait, pour s'y maintenir, jusqu'à la dernière guinée de son trésor.
Par la chute de Napoléon, elle a tout gagné, tout emporté, mais, pour jouir de son empire, sans trouble et sans crainte, il lui faut une France vassale. La France seule a été et peut, à quelque moment, redevenir une puissance maritime. L'Europe, telle qu'elle l'a organi.sée, se consumera en rivalités intérieures avant de parvenir à une stabilité telle qu'elle puisse fournir une autre rivale. Cette Europe agricole lui sera une
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cliente, la fournira de blé, de vins, de bétail, recevra et consommera ses produits industriels.
Mais la France se remue et s'agite. Les Bourbons que l'Europe lui a imposés ont, en moins d'une année, lassé sa patience. A défaut de Napoléon, contraint par eux à revenir de l'île d'Elbe, l'inévitable révolution se ferait par le premier venu — l'affaire Drouet Lefebvre-Desnoëttes le prouve assez. C'est là au premier chef une querelle intérieure. Les Anglais ont trouvé fort mauvais que Louis XIV intervint chez eux en faveur de Jacques II, Louis XV en faveur de Charles-Edouard. Encore, les alliances de famille, les principes communs, la légitimité pax^eille, pouvaient expliquer que la maison de Bourbon soutînt la maison de Stuart; mais nulle alliance qu'on sache des Bourbons aux Hanovre, nulle ressemblance, sauf le nom, de la Grande Charte à la Charte octroyée, et, pour la légitimité, les descendants de lÉlectrice Sophie, appelés à l'exclusion des héritiers mâles des Stuarts et bénéficiant de la Révolution de 1688 et de l'usurpation factieuse de Guillaume d'Orange, étaient, en vérité, les derniers qui pussent s'en proclamer les défenseurs.
N'importe : le principe de non-intervention dont, parla suite, l'Angleterre fit un si brillant usage, n'est alors de mise qu'en ce qui la touche et ne s'applique point au continent, surtout à la France. L'Angleterre échauffe, conduit, dirige la coalition nouvelle. Même elle hasarde de faire combattre ses soldats, trop heureux d'être sauvés par les Prussiens et victorieux par eux. Elle abat le monstre, établit à côté du trône bourbonnien, deux, fois restauré par elle, son héros Wellington, à la tête d'une armée d'occupation, et, de la France morcelée dans son territoire, épuisée dans ses finances, désarmée par le licenciement, elle fait une servante à souhait.
Au joug que les Anglais font peser sur leur cou, les rois Bourbons ne sont pourtant pas accoutumés. L'Europe tardivement comprend quelle tyrannie elle va subir. Partisans hier de la légitimité qui leur servait de prétexte pour abaisser et contraindre la France, les Anglais, à présent, se proclament les partisans du droit qu'ont les peuples à disposer d'euxmêmes. C'est qu'ils y trouvent leur avantage ; l'Espagne a partagé avec eux son commerce exclusif avec les colonies; ce
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n"élait point assez : il leur eu fallait le monopole. Aussi, cncougeant et alimentant la révolte des colonies espagnoles, la Grande-Bretagne est la première en Europe qui, par la déclaration du i'^'' janvier 1825, reconnaisse une indépendance dont elle espère être seule à profiter (traité d'amitié, commerce et navigation avec la République Argentine 2 février 182o ; avec le Mexique, 20 décembre 1820). Partout, même flexibilité des principes au profit des intérêts, même hypocrisie altière, voilant les appétits sous des formules humanitaires. L'Europe s'émeut : les États qui aspirent à une façon dindépendance se cherchent et se rencontrent. Forte de leur consentement, la France s'émancipe Jusqu'à tenter Te-xpédilion d'Alger, à y réussir, à prendre pied dans l'Afrique septentrionale.
Faut-il croire que cet acte d'indépendance a été immédiatement pnni par le renversement du trône de Charles X ? Il n'était pas ici besoin des Anglais. Au moins, s'ils n'y poussèrent point, ils montrèrent tout de suite leur sympathie pour l'homme qui, à l'exemple de Guillaume d'Orange, usurpait le trùne de ses aînés et, à l'aide du j^ays légal, substituait au Droit divin sa quasi-légitimité.
Louis-Philippe répondait si bien à l'idéal que l'Angleterre s'était formée d'un souverain français, qu'elle n'hésita point à lui accorder toutes ses sympathies, en échange de toutes ses complaisances. Dirigeant par-dessus ses ministres et parfois contre eux, la politique étrangère, il la subordonna, durant ses di.K-huit années de règne, à deux préoccupations, l'une familiale et dynastique, l'autre pacifique et anglophile. Toutefois malgré la reconnaissance du droit de visite, l'alliance de 1831, la reculade de 1840, l'entente cordiale de 1841. il ne se subordonna point à l'Angleterre au point qu'il ne lui fît point obstacle lorsqu'il eut à établir ses fils ou ses filles et qu'il ne cherchât point à favoriser une expansion dont trente années de paix avaient développé le besoin. Il a peu à peu conquis l'Algérie ; il a étendu la domination française au Sénégal et au Gabon, il s'est établi aux îles .Marquises, à Taïti et aux lies Gambier; il a entrepris des expéditions qui n'ont pas été sans attester la valeur militaire de nos escadres et l'audace intelligente de nos marins. .Sans doute, à chaque fois, l'Angleterre a grincé des dents, menacé de représailles, cherché des chi-