‹ Napoléon III: manuscrits inéditsChapitre 2 sur 44 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

•ociâTi D'Èxnass urrÉRAitEs et aitistiqdes

S0( cBAUisiK d'antim, 5e

Tarn itélm tt-néi.

Il a été tiré à part cinq exemplaires sur papier de Hollande

numérotés

CHAPITRK PREMIER

Réllexions générales sur le principe du couuuandenient. — Anarchie i}i Arc/tie — Programme de la Réforme rédigé par L. Blanc, Arago, El. Arago, Beaune. Pascal Duprat, Schœlcher, Vallier, elc. — Observations et premier aper^-usur les dix-huit articles de ce programme. — L*amour du programme en ii:48, — Les sarcasmes contre le système constitutionnel. — La responsabilité ministérielle corrélative do l'inviolabilité royale. — Ignorance de Napoléon et de ses copistes. — Les libéraux complices du despotisme L

L*Anarchie exprime une idée très juste, l'absence d'autorité et de commandement, qui est le vrai principe républicain. On affecte de faire ce mot syno-

L Le manuscrit de Napoléon III a été tiré de plusieurs chemises, classées ainsi par Proudhon : !• Napoléon !•' et Ilh et Wellington ; 2» Napoléon I" et III*; 3* Napoléon III, Nous y avons joint des notes des Cahiers : Qu'est-ce enfin que la République ? (Chapitre I); et aussi« nous avons emprunté plusieurs pages au Principe fédéralif, etc., qui se rapportaient à la môme période historique (V. nos Renvois). Nous devons dire également que les têtes de chapitres ont été, pour la plupart, rédigées par nous, ainsi que nous l'avions déjà fait pour Jésus et les Origines du Christianisme. Mais là s'est l)orné notre travail de classement et nous avons toujours transcrit l'original. Ajoutons que dans France et Rhin, édité par M. Albert Lacroix, à la liste des œuvres posthumes de Proudhon à paraîtr«\ l'ouvrage

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nyme de désordre, confusion, chaos : c'est dans co sens que moi-même, parlant le langage de tout le monde, je Tai employé fréquemment.

Mais il est triste que des républicains acceptent cette synonymie, qui est toute à leur confusion. ^*'est-il pas fâcheux, en ellet, que la Képublique tienne pour bon ce trait de la satire monarchiiiue, qui rapp(dle ce bon bourgeois parisien du temps de Louis XIV, (|ui mourut de rire, dit-on, en apprenant que les Vénitiens étaient en république et n'avaient point de roi?

Or, n'avoir point de chef, est le dernier degré de la sauvageritî humaine^ et de la férocité. Cela est vrai, en elfet, des animaux féroces qui vivent solitaires, mais ne Test plus de ceux qui s'assemblent et vivent en troupeSj comme les chevaux, les abeilles, etc.

Le chef est donné par la polygamii*. — Le mari est chef de son harem, comme le coq de ses poules, le taureau do ses génisses^ le cerf de ses biches, etc. Là où il y a des couples^ il se fait séparation et anarchie.

Le chef csl donné ensuite par le patriarcat et Vesclavafje.

Le chef est donné par le bourgeoisisme. chef d'établissement, etc.

quo nous publions aujounDiui ôtait annonr** sous lo titre : Théorie du Mouvement constitutionnel en Europe et Qu'est-ce enfin que la Révolution? — l-.es manuscrits de l'rouilbon sont très 8ui(;nés, d'unr> écriture fi'rnie, grasse, sans ratures jamais — mais souvent avec des rallonges on bas ou en travers. — Ils sont sur papier bleu ou blanc, écrits tantôt en bauteur, tantôt en largeur, avec presque pas de marge. Ils ont toujours à peu près les mêmes dimensions : 22. 13 ou 25/15. Les ebemises sont des journaux : VOffice de Publicité' de Bruxelles ; V Indépendance Belge ; le Courrier financier : ot les journaux qui gardaient la pensée du grand remueur d'idées, devaient lui fournir des nottis marquées j>ar lui au crayon, — que Ton trouvera, du reste, dans notre Post-face.

Le chef est inévitable dans tout Etat gouverné ; et les républicains n'ont rien produit d'aussi bien organisé que la monarchie constitutionnelle, qu'ils copient en la dépravant.

Archie ou anarchie^ point de milieu donc.

Varchie peut être à une ou plusieurs tètes : monarchie, poly archie, oligarchie, exarchie, heptarchie, etc.

Si la polyarchie se compose des plus riches, ou des nobles, magnats, elle est dite aristocratie ; si le peuple en masse y est l'élément prépondérant, c'est une démocratie.

Mais le nombre des tètes n'y fait rien au fond; la pluralité comme en Dieu est nuisible.

Dès lors que l'état est fondé sur le principe du commandement, la monarchie est de beaucoup préférable.

Ces réflexions générales me sont rappelées par le livre récent de Louis Blanc, en réponse à Lord Normanby. Il donne le programme de l'ancien journal, la Ré/orme, rédigé par L. Blanc, et signé par Arago, Et. Arago, Beaune, Dupoty, F. Avril, Flocon, Guinard, Joly, L. Rollin, Lemasson, Lasseré, L. Blanc, Pascal Duprat, Recurt, Schœlcher, Vallier :

a Tous les hommes sont frères (a). »

a) Mauvais début ; idée banale, qui répète le christianisme, et laisse supposer une paternité fâcheuse. C'est déjà vrai et faux selon le point de vue.

a Où l'égalité n'existe pas, la liberté est un mensonge (6). »

b) Cette proposition est loin d'être évidente par elle-même; c'est un dogme, qui a pour but ultérieur de faire passer le système économique de M. L. Blanc; rien do plus. La Constitution de 1830 disait

plus clairomoiit : Tous les Français sont égaux devant la loi. Pourquoi s'écarlcr de cela, quand on pose en principe^ imniédialeinenl après, V inégalité des aptitudes ?

« La sociélo ne saurait vivre (jue par l'inégalité des aptitudes et la diversité des fonctions; mais des aptitudes supérieures ne doivent pas conférer de plus grands droits, elles imposent de plus grands devoirs {c), »

c) Rien de moins prouvé que les inégalités des aptitudes ; rien tle plus équivo(iue que ce mol. A. a une aptitude; 1^. en a une autre; ils sont peut-être inégaux, en clKupie aptitude; mais il se peut ([ue chacun compense en l'une ce qu'il a de moins en Tautre. Rrslc à savoir seulement si des aptitudes différentes sont de valeur égale ou moindre, ce qui est une grosse question. — Enfin, rien de moins prouvé que les plus grandes aptitudes imposent de plus grands devoirs; c'est du christianisme^ du providontialisme, du communisme.

«C'est là le principe de l'égalité; l'association en est la forme nécessaire (d), »

d) 11 n*est pas prouvé que Vassociation et Végalité s'impliquent l'une l'autre. D'ailleurs, cette liaison de deux idées qu'on fait adéquates, a aussi pour but, comnïc (//) de préparer l'utopie communautaire de li. Rlanc.

<( Le but final de l'association est d'arriver à la satisfaction des besoins intellectuels, moraux et matériels de tous, par remploi de leurs aptitudes diverses et le concours de leurs eflbrts (e). »

e) Phrase banale^ empruntée au saint-simonismo.

mais qui laisse déjà une impression de communisme, d'hiérarchie, de dépendance pour l'individu , fâcheuse.

L'association, je l'ai dit, doit être évitée autant que possible; elle n'est pas une condition sinequd non de Tordre et de la justice; elle n'est pas du tout nécessaire.

« Les travailleurs ont été esclaves, ils ont éiè serfs, ils sont salariés ; il faut tendre à les faire passer à Véisi d* associés (/) ».

/) Résumé historique vrai, dont la conclusion est fausse. — Pourquoi ne pas dire, simplement, libres? L'association, à laquelle on les attache, n'a rien du tout de nécessaire.

« Ce résultat ne saurait être atteint que par l'action d'un pouvoir démocratique (g) ».

g) Position du principe de Vaclion par Fétat. Idée capitale du système, qui exige une dictature. Le brave Arago, qui, après février, secoua si promptement et si énergiquement le programme de la Réforme, no se doutait pas alors de ce qu'il signait.

« Un pouvoir démocratique est celui qui a la souveraineté du peuple pour principe, le suffrage universel pour origine, et pour but la réalisation do cette formule : Liberté, Egalité, Fraternité {h) ».

h) La définition àxi pouvoir démocratique peut être exacte ; mais je dis que ce pouvoir est parfaitement illégitime. Ni le nombre, ni la souveraineté du peuple, ne font droit. — Quant à la formule républicaine, elle ne figure ici que pour mémoire: on ne sait ce que c'est que la liberté ch^z M. L. Blanc.

« Les gouvernants, dans une démocratie bien constituée, ne sont que les mandataires du peuple; ils doivent donc être responsables et révocables {i) ».

t) Bien dit, si ron vcul : seulement le mot de mandai n*a jamais vU' pris au sérieux ni dans la République, ni dans aucune démocratie. On ne le comprend môme pas. Les montagnards de la Convention^ les membres du Comité de salut public, ceux du Comité de sûreté générale, etc., furent tous des despotes en vertu du mandai. Xapoléon fut empereur et autocrate en vertu du mandat. En 1818, les députés furent plus modestes, grâce à la réaction que la majorité représentait, et qui arrêta l'essor despotique des représentants. Napoléon 111 est un mandataire, comme fut son oncle, comme César; le prince élu, en 18î)7, les députés nommés par l'opposition devinrent, pro sua quisquc parte, des despotes, taillant et tranchant leurs actes, ad libitum,

« Les fonctions publiques ne sont pas des distinc- » tions ; elles ne doivent pas être des privilèges, elles » sont des devoirs (j). »

j) Grande accumulation d*antitbèses pour ne rien dire, et surtout ne rien obtenir. 11 n'est nullement prouvé que les fonctions publiques soient des devoirs. Celui qui les accepta a des devoirs; mais l'acceptation n'a rien d'obligatoire. Puis, rien ne fera que celui qui exerce des fonctions publiques ne soit pas distingue', malgré tout, et payé en conséquence, surtout s'il peut dire qu'on lui a imposé ses fonctions.

« Tous les citoyens ayant un droit égal de concourir à la nomination des mandataires du peuple et à la formation de la loi, il faut, pour que cette égalité de droit ne soit point illusoire, que toute fonction publique soit rétribuée (A;). )!>

/•) Cet article ne dit pas, sans doute, tout ce qu'il

veut dire : on no saisit pas le rapport entre la nomination des mandataires par le peuple, et la rétribution de ceux-ci, sans laquelle Végalité de concours à la loi serait illusoire. C'est du galimatias triple.

Remarquez que V admissibilité de tous, aux emplois, n'est pas nommée; elle est proscrite. Qu'est-ce enfin que la République ^^v la définition de (y) que les fonctions sont des devoirs?

ii La loi est la volonté du peuple formulée par ses mandataires. Tous doivent à la loi obéissance, mais tous ont le droit de l'apprécier hautement pour qu'on la change si elle est mauvaise (/). »

/) La loi n'est la volonté de personne. C'est de la tyrannie populaire.

« La liberté de la presse doit être maintenue et consacrée comme garantie contre les erreurs possibles de la. majorité et comme instrument des progrès de l'esprit humain (m). »

m) Ajoutez, contre les erreurs possibles Am peuple, que vous supposez infaillible, et que vous déclarez absolu.

ik L'éducation des citoyens doit être commune et gratuite. C'est à l'Etat qu'il appartient d'y pourvoir (n). »

n) L'Etat toujours ; la communauté, par dessus le marché. — Quant à la gratuité, ici c'est un leurre. L'impôt, payé par les citoyens, paie l'enseignement. Tandis que la gratuité du crédit public est réelle et positive.

« Tout citoyen doit passer par l'éducation du soldat. Nul ne peut se décharger moyennant finance, du devoir de concourir à la défense de son pays (o). »

o) Le soldat : la guerre. Cela ne sort pas plus de

lalcle <l«is inodorncs ilémocralesquo de celle des Spiirliul(îs. C'est avec ces belles idées, que Xapoléon l**" a fait périr, i,r>(IO.()00 Français pour rien ; et que Napoléon m continue le système.

« C'est à l'Ktat do prendre l'initiative d<'S réformes inilustrielles, propres à amener une organisation du travail (|ui élève les travailleurs de la condition de salariés à celle d'associés (p). »

p) Ij'Etal encore; — l'Ktat, ministre <le l'association, c'esl -à-dire delà communauté universelle, puisque l'association est nécessaire, — Le rédacteur de la Réforme jetait les fondements de sa dictature du Luxembourg.

« Qu'importe de substituer àla commandite du crédit individuel celle du crédit de l'Etat. L'Etat, jusqu*à ce que les prolétaires soient émancipés, doit se faire le banquier des pauvres (q). »

q) LElat banquier, et banquier des pauvres. — Avec quels fonds, et sur quel gage?

Le travailleur a le môme titre que le soldat à la reconnaissance de l'Etat.

« Au citoyen vigoureux et h'wu portant, l'Etat doit 1(» travail; au vieillard et h rinlirme, il doit aide» et protection (r). »

r) Les invalides ririls. — J'aime mieux que cbaque famille, cbatpie connnune, cbaque cor[)oralion reste cbargée de ses pauvres : je repoussa énergiquemenl l'assimilation du soldat et du travailleur.

Après avoir cité ce programme ridicule, et qui montre jusqu'à quel point une réunion d'iionimes instruits, intelligents, peuvent être fourvoyés par un ignorant fanatique, L. Hlanc se démène contre le

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mouvement anarchique qui vint, en 1848, gâter ce beau programme.

Notons, à ce propos, que M. L. Blanc ne trouve que des sarcasmes pour le système constitutionnel, qui fait du prince un porc à T engrais, suivant l'expression de Napoléon. — C'est tout ce qu'il a vu dans le système!... Pauvre tête I

Après avoir, réfuté, article par article, cet incroyable morceau, reproduit, après quinze ans, par son auteur avec un intime orgueil, il conviendrait, pour en achever la défaite, de mettre en regard un programme rationnel, tel que Teùt demandé à la même époque un journal ami du peuple et du progrès. Avant 48, on élait amoureux des programmes, en France ; on le serait encore, si la presse devenait libre.

Un tel programme demande de la méditation; mais nous en tenons les bases essentielles ; et si je voulais prendre pour guide le programme de L. Blanc afin d'en donner le redressement ou contrepied, cela fournirait une facilité de plus.

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