‹ Napoléon III: manuscrits inéditsChapitre 39 sur 44 · L'Impératrice Eugénie, par Pierre de Lano · texte numérisé non relu

L'Impératrice Eugénie, par Pierre de Lano

car la dotation de la liste civile se paie d'avance. L'empereur est dans Tintention de former avec ce million la dotation du prince impérial. On assure que le prince Napoléon est avantagé par le testament de son père et qu'il est question, afin d'établir un peu d'égalité» de donner à la princesse Mathilde la jouissance des boutiques du Palais-Royal, précédemment alTectées au prince Jérôme, ce qui représente un revenu d'environ 200,000 fr. On parle de l'organisation de la maison du prince impérial. Le maréchal Vaillant est désigné comme gouverneur du prince. »

Quelle dignité magistrale 1 Quel sentiment du devoir professionnel dans cette lettre intime écrite par M. G. d'Auribeau, préfet des Basses-Pyrénées, à M. Pietri, préfet de police!...

« Vous vous plaignez de la chaleur, mon cher Pietri ; vous soupirez après les ombrages. Sybarite, va! que diriez-vous bon Dieu! si, comme nous, vous étiez obligé de partir en tournée pour six semaines, avec la perspective de séances de six heures, 36 degrés de chaleur à l'ombre, le tout au milieu d'une atmosphère d'extraits de conscrit qui a des émotions.

» Non, vrai! la révision au mois de juin et de juillet dans le midi devrait être défendue. Ma seule consolation, c'est l'espoir que pas mal de nos grands collègues de première classe deviendront enragés. Ça fera de l'avancement dans le corps Et notre minisire qui nous commande d'être aimables tout plein, de manger beaucoup, de boire davantage, d'embrasser les filles, de courtiser les femmes, de frapper sur le ventre des maris et de faire la bouche en cœur à tout le monde ; il croit, à ce qu'il paraît, que les préfets ne sont pas de la chair, mais du marbre. Et pas môme quelques éponges de gratifications!... »

Lettre de M. le duc de La Rochefoucauld-Doudeauviile

à l'empereur au sujet des faits et gestes de M. le baron de Lassus Saint-Genès, préfet de Seine-et-Marne :

« ... 11 se refuse d'intenter un procès à M. Péreire qui s'est emparé d'un petit terrain appartenant à la commune.

« Votre génération est trop laide ! disait-il à une commune dont les mœurs ne lui plaisaient pas. Je vous enverrai un régiment de cuirassiers pour améliorer votre race ! » Cette plaisanterie de mauvais goût a révolté les habitants.

» Une autre fois, ses ûlles et sa femme étaient au bain. Un côté est réservé aux dames. Le préfet se présente. « On ne peut aller plus loin!» lui dit l'employé. « Cette défense n'est pas pour moi, » répond le préfet, et il passe outre, ce qui causa un grand scandale... *. »

... « Le service de la galanterie était parfaitement organisé aux Tuileries, sous le second empire, et on le désignait, au château, par ces mots : le service des femmes. L'un des chambellans de l'empereur, le comte X.... en avait la direction et veillait, avec un scrupuleux soin, à ce que les choses fussent bien faites, à ce que nulle maladresse ne vînt entraver les désirs et les satisfactions du souverain....

...» Afin d'être sans cesse en communication avec le maître — aux heures roses principalement — le comte avait un appartement au rez-de-chaussée du palais, dans la cour des Tuileries, ouvrant sur celui du souverain, et c'est ciiez lui que Napoléon III se rendait poiir faire son choix parmi les beautés à la mode ou ignorées qu'on lui présentait.

... » On a beaucoup parlé et ri du jeu de bagues installé dans certaine résidence de l'empereur, alors qu'il était en villégiature. Le jeu se pratiquait ainsi : ces dames s'apprètant à enfourcher leurs montures, tandis que le marquis de M... tournait la manivelle d'un orgue de Barbarie, le souverain s'avançait vers elles et les observait. Alors, on

i. Cf. La France Impériale, par Elie Sorin.

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instillait lebaguler, on mettait en mouvement les chevaux, et celle qui, après la course» avait arraché le plus d'anneaux, avait droit au coeur du maître.

... » Le même jeu se répétait d'une manière différente. On apportait une corbeille dans laquelle se trouvait entassée et mêlée une certaine quantité d'objets de bijouterie. L'un de ces objets était désigné à l'avance comme étant le prix de l'Empereur et la corbeille étant reposée à terre, recouverte d'une légère enveloppe qu'on ne devait ni déchirer, ni soulever entièrement, on invitait les dames à fouiller dans son contenu. C'était alors un inexprimable combat de dentelles et de jupes, et celle qui se relevait, ayant rapporté la timbale, savait quelles destinées l'attendaient. Elle ne Ts'y dérobait généralement pas, il faut le dire à l'excuse de l'Empereur *. »

A WiLHBMSHŒHE

Après Sedan, c'est la fin. Il est prisonnier. Madame de Taisey-Ghateney, ix)ur qui l'Empereur a eu des bontés très particulières, s'arrête i\ Cassel, va au château de Wilhemshœhe et demande au général Pajol de l'introduire auprès de Napoléon IIL

... « Le général 2 s'approcha doucement d'une fenêtre, l'ouvrit et, d'un geste, me fit signe de regarder.

» L'Empereur passait sur la terrasse du château; il marchait lentement, s'appuyant sur sa canne, et, comme autrefois... dans le parc de Compiégne, la soulevait d'un mouvement brusque pour envoyer au loin, des calliouxi du sable, ou abattre des brins d'herbes, des tiges de fleurs flétries. Il a renoncé à la tenue militaire et porte constamment une redingote noire serrée à la taille. Son corps s'est

i, La Cour de Napoléon lll, par Pierre de Lano. 2. A la Cour de Napoléon III, par la marquise de Taisey-Ghateney.

épaissi, sa démarche est devenue lourde, pesante; cependant il a conservé la môme attitude : la tête toujours penohée de côté^ la main gauche ouverte^ appuyée sur les reins... »

La marquise insiste pour parler à l'Empereur.

... « Le bon général consentit à tenter une démarche^ et je le vis, au bout d'un instant, aborder l'Empereur et lui exposer ma demande.

» L'Empereur s'arrêta^ écouta, semblant hésiter; il secoua la tête en signe de refus; et sans se retourner, de son pas lent, automatique reprit sa promen ide. Je le suivis un moment des yeux ; bientôt je le perdis de vue : il disparut^ au tournant d'une allée.

» Et de là-bas, de la caserne voisine, venaient les appels des clairons prussiens^ pour le rassemblement des hommes. J'entendais les fusils frapper le sol et les officiers répéter leurs commandements d'une voix dure et brève... »

Chapitre premier. — Réflexions générales sur lo principe du commandement. — Anarchie et Archie, — Programme de la Réforme rédigé par L. Blanc, Ârago, Et. Arago, Beaune, Pascal Duprat, Schœlcher, Vallier, etc. — Obseryations et premier aperçu sur les dix-huit articles de ce programme. — L*amour du programme en 1848. ~ Les sarcasmes contre le système constitutionnel. — La responsabilité ministérielle corrélative de l'inviolabilité royale. •— Ignorance de Napoléon et de ses copistes. — Les libéraux complices du despotisme 1

Chapitre II. — Principes opposés d'Autorité et de Liberté. — L'arbitraire dans la politique. — Les républicains de février et les socialistes de juin. — Les amis do Ledru-Rollin se rallient à l'Empire, véritable expression révolutionnaire et forme paternelle du Gouvernement. — Rôve unitaire du peuple. — Constitution do 1848 et l'organisation municipale et départementale. — Les idoles. — Les Chambres et les actes du Gouvernement. — L'opposition à raison des personnes. — Suffrage universel devenu loi d'Etat 16

Chapitre III. — Constitution des peuples libres. — L'établissement des communes et l'esprit fédéraliste. — Cahiers fournis par les Etals, — L'Assemblée nationale se déclare Constiluante. — Le fanatisme et la réaction jacobine. — La France monarchique et la tradition jacobine. — Politique unitaire. — La Gaule et sa première Constitution. — La démocratie libérale, républicaine, socialiste, dans le bon et vrai sens du mot, —

Monogramme démocratique. — Garantie des libertés municipales, corporatives, etc. — L'esprit de clocher. — Profession de foi de la démocratie* 27

GiiAPiTRE IV. — La question de l'autorité. — La négation du gouverne :nont et de la propriété. — Ma défense par M. Pelletan. — Priorité des conceptions philosophiques. — L'idée d'anarchie et la considération du critique gouvernemental. — Législation directe. Gouvernement direct. — M. Rittinghausen et la philosophie allemande. — M. Considérant et la Débâcle de la politique en France, — Les efforts de Ledru-Hollin. — M. de Girardin et sa formule : Abolition de l* Autorité par la simplification de gouvernement. 11 faut rendre justice au public. — Monarchie ou République, dilemme de 1850 83

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