Cf. Du principe fiUU.ralif, pi
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Or, la raison indique que toute théorie doit se dérouler suivant son principe, toute existence se produire selon sa loi : la logique est la condition de la vit; comme de la pensée. Mais c'est justement le contraire qui se manifeste en politique : ni l'Autorité ni la Liberté ne peuvent se constituer à part, donner lieu à un système qui soit exclusivement propre à chacune ; loin de là, elles sont condamnées, dans leurs établissements respectifs, à se faire de perpétuels et mutuels emprunts.
La conséquence est que la lidélitô aux principes n'existant en politique que dans l'idéal, la pratique devant subir des trîînsactions de toutes sortes, le gouvernement se réduit, en dernière analyse, malgré la meilleure volonté et toute la vertu du monde, à une création hybride, équivoque, k une promiscuité de régimes que la logique sévère répudie et devant laquelle recule la bonne foi. Aucun gouvernement n'échappe à cette contradiction.
Conclusion : l'arbitraire entrant fatalement dans la politique, la corruption devient bientôt Tànjc du pouvoir, et la société est entraînée, sans repos ni merci, sur la pente sans fin des révolutions.
Le monde en est là.
Ce n'est pas l'effet d'une malice satanique, ni d'une infirmité de notre nature, ni d'une condamnation providentielle, ni d'un caprice de la fortune ou d'un arrêt du Destin : les choses sont ainsi, voilà tout. A nous de tirer le meilleur parti de celte situation singulière.
Considérons que depuis plus de huit mille ans, — les souvenirs de l'histoire ne remontent pas au delà,
— Inulrs 1rs varioles ilc gouviTiiemciiL toutes les <*<»iiil)iiiais()ns |>ulili({iies et sociales ont été successi- \eiiu;iil essayées, ahaiuloruiées^ reprises, modifiées. Iravi'slies, épuisées, el i|ue riusucces a couslaininent rée,<»Ni|>ensé le zèN* des rél'oriuateurs et tronipé i'espéraiirr drs |HMiples. Toujours le drapeau de la liberté a servi à ahriler le despotisnn' : toujours les classes privilégiées se soni entourées, dans l'intérit même de leurs |irivilè|^i's, dinslilutions libérales et égali- 1 aires; toujours les partis ont menti à leur programme, et tt)ujt»urs rimlillérence succédant à la foi, la corruption à l*es[»rit civicpie. les Klats ont péri par le dé\ eloppeuieiit des notions sur lesqutdles ils s'étaient fondés.
Les races les plus vigouri'uses el les plus intellil^eutes se s(uit usées à ce travail : Tliistoire est }>leine du récit de leurs luîtes.
(Juehpielois une suite de triomplies faisant illusion sur la force de IKtat. on a pu croire» à une excellence de constitution, à une sagesse de gouvernement qui iTe.vistaient [)as.
Mais, lii pai.\ survenant,, les vices du système éclataient au.v yeux, et les peuples sv. reposaient dans la guern.' eivile des fatigues de la guerre du debors. l/binn;inité est allée ainsi de révolution en révolution : les nations les plus célèbres, celles (|ui ont fourni la plus longue* carrière, ne se sont soutenues que par là. Parmi tous les gouvernements connus et pratiqués ju.squ'à ce jour, il n'en est pas un qui, s'il était condamné il subsister par sa vertu propre, vivrait âge dlioimne. Cbose étrange, les cbefs d'Ktats et leurs ministres sont de tous les bomnies ceux qui croient
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le moins à la durée du système qu'ils représentent ; jusqu'à ce que vienne la science, c'est la foi des masses qui soutient les gouvernements.
Les Grecs et les Romains, qui nous ont légué leurs institutions avec leurs exemples, parvenus au moment le plus intéressant de leur évolution, s^Misevelissent dans leur désespoir; et la société moderne semble arrivée à son tour à l'heure d'angoisse.
Ne vous fiez pas à la parole de ces agitateurs qui crient: Liberté, Egalité, Nationalité; ils ne savent rien : (!e sont des morts qui ont la prétention de ressusciter des morts. Le public un instant les écoute, comme il fait des bouffons et des charlatans; puis il passe, la raison vide et la conscience désolée.
Signe certain que notre dissolution est proche et qu'une nouvelle ère va s'ouvrir, la confusion du langage et des idées est arrivée au point que le premier venu peut se dire à volonté républicain, monarchiste, démocrate, bourgeois, conservateur, partageux, libéral, et tout cela à la fois, sans craindre que personne le convainque de mensonge ni d'erreur. Les princes . et les barons du premier Empire avaient fait leurs preuves de sansculottisme.
La bourgeoisie de 1814, gorgée de biens nationaux, la seule chose qu'elle eut comprise des institutions de 89, était libérale, révolutionnaire même; 1830 1a refit conservatrice; 1818 l'a rendue réactionnaire, catholique et plus que jamais monarchique.
Actuellement ce sont les républicains de février qui servent la royauté de Victor-Emmanuel, pendant que les socialistes de juin se déclarent unitaires. D'anciens amis deLedru-Rollin se rallient à l'Empire,
coiiiiiio la plus vùrilahle expression révolutionnaire el lu foniie la |)lus paternelle de gouverncmoiit ; J'uiilrrs, il est vrai, les traiN'iit de vendus, mais se décliaîiu'iit avrc fiimir oonlre h» fédéralisme. C'est \i\ f^îH'liis syslémaliqiKî, la confiisiuii organisée^ Tapostasie en permaninee. la trahison universcdlo.
Il s*a«^il de savoir si la société peut arrivera quel- (jue chose de régulier, d'équilablc el de lixe, qui satisfasse la raison et la conscience, ou si nous sommes condamnés p(»ur l'élernilé à celle nuic d'Ixion. Le prnhléme <'slil insoluhh*/
Le peuple, dans le vague de sa pensée, se contemple connue une giganlescpie el mystérieuse existence, el toiil dans son langage sendde fait pour l'entrelenir dans l'opiuion de son indivisible unité.
Il s'ap|)(dle le Peuple, la Xaliou; c'est à-dire la Mullilude. la Masst»: il est le vrai Souverain, le Législalein*, la ruissance, la Domination, la Patrie, PLtat; il a .ses ('.nn\t»cations, ses Scrutins, ses Amis, ses .Manifestations. s<'s Prononcemcnls, ses Plébiscites, sa Législation directe, parfois ses Jugements et ses Kxéculions, ses Oracles, sa Voix, pareille au lonneri'e, la grande voix «h» Dieu,
Aulant il se seul innoud>rable, irrésistible,, immense., autant il a horreur d(\s divisions, d(*s missions, des minorités. Son idéal, son rêve le plus délectable, est unité, identité, uniformité, concentration; il maudit, comme attentatoire à Sa Majesté, tout et* qui peut partager sa volonté, couper sa masse, créer en lui diversité, pluralité, divergt'uce.
Le peuple ne mampn» jamais didtdes. Comme Israël au désert, il s'improvise des dieux quand on ne prend
pas soin de lui en donner; il a ses incarnations, ses messies, ses Dieudonnés. C'est le chef de guerre élevé sur le pavois; c'est le roi glorieux, conquérant et magniliquo, semblable au soleil, ou bien encore le tribun révolutionne^ire : Clovis, Charlemagne, Louis XIV, La Fayette, Mirabeau, Danton, Marat, Robespierre,. Napoléon, Victor-Emmanuel, Garibaldi. Combien qui, pour monter sur le piédestal, n'attendent qu'un revirement d'opinion, un coup d'aile de la fortune! De ces idoles, la plupart aussi vides d'idées, aussi dénuées de conscience que lui-même, le peuple est zélateur et jaloux ; il ne souffre pas qu'on les discute, qu'on les contredise, surtout il ne leur marchande pas le pouvoir. Ne touchez pas à ses oints, ou vous serez traité par lui comme sacrilège.
Plein de ses mythes, et se considérant comme une collectivité essentiellement indivise, comment le peuple saisirait-il de plein saut le rapport du citoyen à la société? Comment, sous son inspiration, les hommes d'Etat qui le représentent donneraient-ils la vraie formule du gouvernement? Là oii règne dans sa naïveté le suffrage universel, on peut affirmer d'avance que tout se fera dans le sens de l'indivision. Le peuple étant la collectivité qui renferme toute autorité et tout droit, le suffrage universel, pour être sincère dans son expression, devra autant que possible être lui même indivis, c'est-à-dire que les élections devront se faire par scrutins de liste : il s'est même trouvé en i8i8 des unitaires qui demandaient qu'il n'y eût qu'une seule liste pour les quatre-vingt-six départements. De ce scrutin indivis surgit donc une assemblée indivise, délibérant et légiférant comme un seul
hamiiic. Kn cas de division du vole. c*esl la majorité qui rcprésenle. sans diminution aucune. Tunité nalionalo. Do celle majorilé sortira à son tour un (îouvornemcnt indivis qui, leiiant ses pouvoirs de la Nation indivisilile, est appelé à gouverner et adininÎHiror coIlcM'tivement et indivisément, sans esprit de localité ni intérêt de clocher. C'est ainsi que le systèiiie de centralisation, «rimpérialisme^de communisme, d'alisolulisme, lous ces mois sont synonymes, dérouli; de l'idéalisme populaire; c'esl ainsi que dans lu paettï social, conclu à la manière de Rousseau el dr^H jarohins, le citoyen se démet «le sa souveraineté, et que la conunune, au-dessus de la commune le dépiirteMH>nt et la province, absorbés dans raulorito centrale, ne sont plus que des agences sous la direction immédiah* tlu minislère.
Le,H conséquences ne lardent pas à se faire sentir: le (citoyen et la commune déchus de toute dignité, les envahissements de TKtal se nmltiplient, et les charges du contrihuahle croissent en proportion. Ce ifesl plus le gouvernenient qui est fait pour le peuple, c'est le peuple (piiesl fait pour le gouvt»rnement. I^e- pouvoir envahit tout, s'empare de tout, s'arroge tout, à perpétuité, à toujours, à jamais : guerre et marino, administration, justice, police, instruction publique, créations (^t réparations publiques ; banques, lioursos, crédit, assurances, secours, épargnes, bienfaisance; forets, canaux, rivières; cultes, finances, douanes, commerce, agriculture, industrie, transports. Sur le tout un impôt formidable, qui enlève à la: nation le quart de son produit brut. Le citoyen n.^a plus à s'occuper que d'accomplir dans son petit
coin sa petite laclic, recevant son petit salaire, élevant sa petite famille, et s'en remettant pour le surplus à la providence du gouvernement.
Devant cette disposition des esprits, au milieu do puissances hostiles à la Révolution, quelle pouvait être la pensée des fondateurs de 89, amis sincères de la liberté? N osant rompre le faisceau de l'état, ils devaient se préoccuper surtout de deux choses : 1'^ de contenir le Pouvoir, toujours prêt à usurper ; 2*^ de contenir le peuple, toujours prêt à se laisser entraîner par ses tribuns et à remplacer les mœurs de la légalité par celles de Tomnipotence.
Jusqu'à présent, en effet, les auteurs de constitutions, Sieyès, Mirabeau, le Sénat de 18 li, la Chambre de 1830, l'Assemblée de 1848, ont cru, non sans raison, que le point capital du système politique était de contenir le pouvoir central, en lui laissant toutefois la plus grande liberté d'action et la plus grande force. Pour parvenir à ce but, que faisait-on? D'al>ord on divisait, comme il a été dit, le pouvoir par catégories de ministères, puis on distribuait l'autorité législative entre la royauté et les Chambres, à la majorité desquelles on subordonnait encore le choix que le prince devait faire des ministres. Enfin l'impôt était voté pour un an, par les Chambres, qui sai sissaient cette occasion de passer en revue les actes du Gouvernement.
Mais, tandis qu'on organisait le parlementage des Chambres contre les ministres, qu'on balançait la prérogative royale par l'initiative des représentants, l'autorité de la couronne par la souveraineté do la nation; tandis qu'on opposait des mois à des mots,
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d«;s (ictions à des nctions, on aspirait au Gouvernenient, sans réserve aucune, sans autre contrepoids qu*unr vaine faculté de critique, la prérogative d'une administration immense: on mettait entre ses mains ioulrs 1rs forces du pays : on supprimait, pour plus d«^ sûreté, l.i liberté locale: on anéantissait avec un zMr frénéti(|ue Vesprit de clocher \ on créait, enfin, \\\uy puissance formidable, écrasante, à laquelle on Ke donnait ensuite le plaisir de faire une guerre d'épigrannnes, comme si la réalité était sensible aux p<M*soiuialités.
Aussi qu'arrivait-il?
J/opposition finissait par avoir raison des personnes : les ministères tombaient les uns sur les autres: on renversait une dynastie, puis une seconde; on mettait empire sur république, et le despotisme centralisateur, anonyme, ne cessait de grandir, la liberté de décroître.
Tel a été notre progrés depuis la victoire des Jacobins sur la (iironde. Résultat inévitable d'un système artiliciel, où Ton mettait d'un côté la souveraineté méta[)bysique et le droit de critique, de l'autre toutes les réalités du domaine national, toutes les puissances d'action d*un grand peuple.
Le contrepoids à l'action des masses, on a cru le trouver dans deux institutions, l'une fort onéreuse au pays et pleine de périls, l'autre non moins dangereuse, surtout pénibbî à la conscience publique : ce sont, i** l'armée permanente, 2° la restriction du droit de sud'rage.
Depuis i8i8 le suffrage universel est devenu loi de l'Etat : mais le danger de» l'agitation démocratique
ayant grandi en proportion, force a été d'augmenter aussi l'armée, de donner plus de nerf à Taction militaire.
En sorte que, pour se garantir de Tinsurgence po pulaire, on est obligé, dans le système des fondateurs de 89, d'augmenter la force du Pouvoir au moment même où Ton pren^} d'un autre côté des précautions contre lui. Si bien que le jour où Pouvoir et peuple se tendront la main, tout cet échafaudage croulera.
Etrange système, où le peuple ne peut exercer la souveraineté sans l'exposer à briser le Gouvernement, ni le Gouvernement user de sa prérogative sans marcher à l'absolutisme.
La Constitution de 1848, d'une part en ôtant au Président de la République le commandement des armées, de l'autre en se déclarant elle-même réformable et progressive, avait essayé de conjurer ce double danger de l'usurpation du Pouvoir central et l'insurrection du peuple. Mais la Constitution de 1818 ne disait pas en quoi consistait le progrès, à quelles conditions il pouvait s'effectuer. Dans le système qu'elle avait fondé, la distinction des classes, bourgeoisie et peuple, subsistait toujours : on l'avait vu, lors de la discussion du droit au travail et de la loi du 31 mai, restrictive du suffrage universel. Le préjugé unitaire était plus vif que jamais; Paris donnant le ton, ridée, la volonté aux départements, il était facile de voir que, dans le cas d'un conflit entre le Président et l'Assemblée, le peuple suivrait son élu plutôt que ses représentants. L'événement a confirmé ces prévisions. La journée du 2 décembre a montré ce que valent des garanties purement léga-
les, contre un Pouvoir (|ui à la faveur populaire joint la puissance de Tadministralion, et qui a aussi son droit. Mais si, par exemple, en même temps que la Constitution républicaine de 18i8^ l'organisation municipale et départementale avait été faite et mise on vigueur; si les provinces avaient appris à revivre d'une vie propre; si elles avaient eu leur large part du pouvoir exécutif, si la mullitude inerte du 2 décembre avait été quelque chose dans l'Etat en dehors du scrutin, certes le coup d'Ktat eût été impossible. Le champ de bataille se trouvant limité entre l'Elysée et le Palais-Bourbon, la levée de boucliers du pouvoir exécutif n'eût entraîné tout au plus que la garnison de Paris et le personnel des ministères.