MÉHÉE DE LA TOUCHE
Celui-là est un simple mouchard et le plus méprisable de tous. Il faut bien, à la honte de la presse, le compter parmi les journalistes autorisés et payés par Napoléon.
II avait pourtant des antécédents bien fâcheux. Sous la Révolution, il avait, d'une manière peu connue mais certaine, participé aux massacres de Septembre. Cela n'était pas pour effrayer ni dégoûter Fouché qui l'employa dans ses journaux, et particulièrement dans la feuille dont il était le propriétaire : le Journal des hommes libres. Comme Méhée ne manquait pas d'audace, il se permit d'attaquer les ministres et de s'en prendre à la politique de Bonaparte luimême. Celui-ci en exprima son mécontentement à Fouché, dans une séance du Conseil d'État, le 24 messidor an IX.
« Comment! dit-il à Fouché, on me laisse faire un journal par un Méhée, un homme qui a fait le 2 Septembre ! J'ai le tout signé de sa main ! »
On essaya de s'en débarrasser en l'impliquant dans la conspiration d' Arena, machinée par la police. Il fut arrêté, puis relâché, mais il rentra bientôt en grâce à cause des services qu'il rendit dans les affaires Pichegru et Cadoudal.
Il fut admis dans la police personnelle de Napoléon. C'est sans doute à cette qualité que fait allusion l'ordre consulaire de l'arrestation du duc d'Enghien, le 10 mars 1804.
« Le citoyen Méhée, actuellement à Strasbourg, donnera des renseignements. »
Ne nous étonnons pas trop de la médiocrité morale de quelques journalistes employés par Napoléon. Il les plaçait dans un journal comme il les aurait placés
dans n'importe quel service pour lui secondaire.
Il avait l'habitude d'accepter tous les services, sans regarder aux personnes, aux opinions, aux antécédents.
Au fond, il n'avait d'autre considération pour les hommes que celle que pourrait avoir un chef d'atelier pour ses ouvriers. Pourvu qu'ils fussent capables de remplir la besogne spéciale qui leur était confiée, il ne s'inquiétait jamais du reste.