CHAPITRE DEUXIÈME
Si l'on vient vous parler de quelque sot jeune homme Qui consente à l'hymen sans une forte somme, Dites, sans demander son nom : « C'est un Anglais ! » Si vous avez deux cents louis — pariez-les.
Les dandys de Paris n'ont point ce ridicule.
Jusqu'au poète, hélas! tout homme ici calcule.
L'ingrat! il a quitté son grabat favori;
11 se bat à l'épée, il monte en tilbury,
Et, sur son beau coursier, moins rétif que Pégase,
Court au bois de Boulogne étaler son extase !
Jadis on aimait l'or, aujourd'hui c'est l'argent. Pour les vrais Harpagons cela rend indulgent. Oui , la cupidité fait aimer l'avarice : C'est une passion, du moins si c'est un vice.
Oui, l'avare me plait, j'aime sa pauvreté, Et ses privations pleines de volupté.
L'avare en ses désirs peut posséder le monde , Des palais sur la terre et des vaisseaux sur l'onde. L'avare et le poète ont des liens entr'eux; D'un bien imaginaire ils savent être heureux. Ils aiment à souffrir — armés d'une espérance; Mais l'avare est modeste, et c'est la différence; Il ne s'entoure point de vains admirateurs : L'avare a des trésors — et n'a point de flatteurs. Il jouit en secret d'un orgueil solitaire ;
Sa pauvreté prudente est un culte, un mystère
Mais il n'est même plus d'avares dans Paris : Sans être corrigés , nous sommes mal guéris. Tel vient de s'enrichir par une basse intrigue , Hier intéressé, • — demain sera prodigue. 0 misérable orgueil qui ne conduit à rien ! Cupidité d'un jour qui dissipe son bien!