DES PAUVRES
Mêlés à ces guerriers, honneur de la patrie ,
Dont l'Europe soumise a \u les étendards ;
Et cette autre puissance, habile, enchanteresse,
Ces femmes dont la grâce est une autorité,
Qui venaientd'eraployer leurs charmes, leur adresse,
A demander la charité; Ce prince , rayonnant de bonheur, d'espérance , Qui n'a jamais souffert, et qui plaint la souffrance!
De nos plaisirs combien il triomphait!
Son nom retentissait dans la foule ravie : A peine il entre dans la vie, Son premier pas est un bienfait.
Observant de chacun la bienveillance active , Je prétais aux discours une oreille attentive; .l'aimais des étrangers les éloges flatteurs : « Paris, se disaient-ils, est une ville heureuse,
aoo LE BAL DES PAUVRES.
(( De pouvoir, en un jour, être si généreuse , (( Et compter tant de bienfaiteurs. »
Et moi, fière de voir tout ce peuple de frères.
Ces intérêts rivaux et ces partis contraires ,
Que l'exemple royal avait su rassembler,
Je disais : « C'est en ^ain qu'on cherche à nous troubler,
(( Ce charitable jour est plus qu'un joiu^ de fête;
« C'est un présage heureux, un destin qui s'apprête.
(( Au nom du bien de tous nos débats vont linir :
« Ces partis opposés , qu'un même honneur enilamme,
« Bientôt, comme aujourd'hui, viendront se réunir »,
Et je sens, à l'espoir dont s'inspire mon âme.
Qu'en chantant ce beau jour, je parle d'avenir.
Pans, i8 lévripi i85o.
21 iîla&(?moi5eUe be ***.
21 iUaîiemoiôelU î)c
EsT-il bien vrai? — c'est à vous que je dois Ce grand honneur dont je suis alarmée; Est-ce vous qui m'avez nommée Au plus important des emplois?
'2o4 A MADEMOISELLE DE ***.
La Mode est souveraine, et veut qu'on la révère; Mais je n'approche point de son brillant séjour, Et m'admettre sans droits à sa frivole coui" N'est-ce pas me donner une leçon sévère? Quoi ! voudrait-on punir ma naissante fierté De ses prétentions à l'immortalité.
Et me dire : « Vos vers du temps sauront l'injure, « Votre couronne aura le sort d'une parure : {( Ce beau règne de muse est tout près de finir; u Les succès de faveur n'ont qu'un jour d'avenir; « Et cette gloire enfin , que vous rêviez si belle, « Est fille de la Mode , et passera comme elle. »
IN on, je dois refuser; il ne m'appartient pas De proclamer vos lois , de régler vos débats ; Moi, l'écho de la mode et de sa fantaisie, CondamnfT un bouquet, proscrire une couleur!...
A MADEMOISELLE DE ***. ao5
Moi qui ne sais juger de l'éclat d'une fleur Que par la main qui l'a choisie!
Ah! si je l'acceptais, cet élégant fauteuil,
De plus d'un orateui^ j'offenserais l'orgueil;
J'oserais préférer la grâce à l'opulence ,
Les dons de la nature aux prestiges de l'art, Et ma sonnette, sans égard, A la sottise imposerait silence.
Je perdrais en un jour ma popularité;
L'esprit, là comme ailleurs, serait ma seule idole. Et, dans ma partialité.
Vous auriez toujours la parole.
3e naime plu^»
F.LEOIK.
3f n'aime plue.
0 vanité du cœur ! faiblesse misérable ! N'est-il donc ici-bas nul sentiment durable?... Ne pouvant s'honorer par un constant malheur, L'homme voit tout finir, tout, jusqu'à sa douleui- 1
aïo JE N'AIME PLUS.
Et le soufïle du Temps, en sa rapide eourse. Des pleurs les plus amers peut dessécher la source ! . . .
Eh, quoi ! tant de tourmens, tant de vœux superflus !
Moi qui l'ai tant pleuré ! . . . moi ! ... je ne l'aime plus !
Le cruel pouvait seul détruire son ouvrage;
Faut-il que le mépris ait lassé mon courage ! . . .
Un mot a dissipé le charme de mes jours ;
Pour lui je ne vis plus et j'avais dit : « Toujours ! . . . »
Ah! pensais-je, il faudra que les mondes périssent Avant que, dans mes yeux, les larmes ne tarissent; Les échos seront sourds, les vents silencieux. Les vagues cesseront de réfléchir les cienx , La mer ne sera plus qu'un long désert de glace. Avant que, dans mon cœur, son image s'efFace!...