‹ NapolineChapitre 64 sur 75 · LES SERMENS · texte numérisé non relu

LES SERMENS

Tout voile peut servir aux desseins corrupteurs; Toutes les faussetés n'ont pas été proscrites. Le Peuple aussi peut avoir ses flatteurs, La Liberté , ses hypocrites !

Mais vous, jeunes Français, notre honneur, notre espoir, Vous à qui ce grand peuple est fier de tout devoir, Héros encor parés des grâces de l'enfance, Qu'il vit en un seul jour grandir pour sa défense , Vous n'avez rien prorais, ni foi, ni dévoûment;

Votre sang répandu voilà votre serment!

Vous ne trahirez pas la promesse sublime , Vous qui le commandiez ce peuple magnanime , Conquérant sans orgueil , et vengeur sans excès , Réduit par le malheur à vaincre des Français; Qui sut, de son outrage écartant la mémoire, S'arrêter de lui-même au seul cri de victoire!

a48 LES SERMEJNS.

Et maître, dédaignant des triomphes nouveaux, Retourner en silence à ses humibles travaux. Tel un lion, atteint d'une flèche perfide, S'apprête à dévorer le sauvage intrépide : Armé par la douleui^, la rage le conduit; Il rugit, et l'on tremble; il s'avance, et l'on fuit : 11 peut saisir sa proie, et d'un seul bond l'atteindre ; Mais il sait épargner ce qu'il n'a plus a craindre : Le froid dédain succède au comTOUx menaçant; 11 regagne son antre en léchant sa blessure. Rejoint ses lionceaux, les garde, les rassure, Et s'endort en les caressant.

Honneur, honneur à toi, savante et jeune France!

Ta première action est notre délivrance;

Tu puisas la sagesse en l'étude des lois ,

Et, sans les dépasser, tu maintiendras nos droits.

LES SERMENS. ^g

Tu n'as pas à dompter, clans ton âme innocente, L'hydre des souvenirs sans cesse renaissante. Ignorant les revers d' un orgueil insensé , Tu ne déplores point les rêves du passé ; Tu n'as point partagé l'anarchique délire. Tu n'as pas encensé les tribuns et l'Empire; Ta vie est sans remords, sans outrage à venger; Tu n'étais qu'au berceau quand vainquit l'étranger! Vers ton bel avenir marche avec confiance; La lumière du siècle est ton expérience. Les torches, les flambeaux, ne servent que la nuit : Qu'importe un guide à l'œil que le soleil conduit? Marche , France nouvelle , accomplis ton ouvrage ; Les peuples à l'envi t'apportent leur suffrage. Ma lyre devant toi s'incline avec respect; Son hommage n'est pas un éloge suspect : De tout parti haineux je brave la colère ; Chantre de vérité, je m'attends à déplaire.

25o LES SERMENS.

Il est certain courroux qu'on est lier d'inspirer. Mais, en parlant de toi, je ne sais qu'admirer : Crois à ma voix sincère, écho de la patrie, Tes exploits merveilleux passent la flatterie. Ces miracles d'un jour, ces sublimes efforts , Pour retentir au loin n'ont pas besoin d'accords ; Leur plus simple récit est un hymne de gloire ; L'idéal du poète est vaincu par l'histoire!

Villers-sur-Orge , ii août i85o.

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