VOLTAIRE
Nous prions que Ton veuilïe bien jeter les yeux s^ur les observations suivantes :
A la vérité , les trois quarts de la Sibérie sont à la latitude de la Laponie et de la Norwége. Mais une bonne partie de la province de Kolivan, et tout le pays au sud du lac Baïkal, se trouvent sur la môme ligne que Londres ^ Berlin et le nord du royaume des Pays-Bas. Et quoique les climats physiques ne correspondent point, à beaucoup près, à ces dénominations 5 il s'en faut bien cependant que rintensité du froid j la stérilité du sol et le défaut
de population soient aussi uniFormes et aussi considérables que plusieurs personnes se l'imaginent.
Que Ton consulte les œuvres des géographes et les relations des voyageurs , on y verra que la cité d'Irkoust 5 autour et dans le sein de laquelle nous avons placé le lieu de la scène , est Tune des plus grandes et des plus belles villes de toute la Sibérie. Nul doute que son commerce presqu'exclusif avec la Chine ne la rende encore la plus opulente. Bâtie sur l'Angara 5 à peu de distance du lac Btiïkal, ses environs sont agréables, sa position pittoresque, son terroir fécond et très-bien cultivé. La quantité des différens peuples qui s'y rassemblent pour leurs communs trafics , y jette une singulière diversité dans les costumes ; et l'on remarque parmi ses établissemens une école de navigation tenue par des Japonnais nés. Siège d'un gouvernement , d'un archevêché et d'une juridiction souveraine ^ Irkoust se distingue en outre par la construction et la propreté de seB> maisons; presque tous les appartemens sont garnis de meubles chinois. Les gouverneurs , ainsi que les nombreux magistrats et officiers qui y, résident, y ont introduit le plus grand luxe, et Lesseps a vu circuler dans ses rues de brillans équipages 3 et des voituï-es fort élégantes (i).
On évalue à cent trente lieues la longueur du lac
{i) Voyez Lacroix, Pinkef ton , Mentelle et Maltebrun, Gmelin, Bell, Lesseps, Pallas, etc.
Baïkal. Sa plus grande largeur ne va pas à dix-huit Les rîans jardins, les prés, les champs fertiles, sont épars avec profusion sur ses bords. Rien de plu s admirable, selon Bell^ que le contraste qui résulte de ces marques gracieuses de l'industrie humaine , avec les imposantes beautés que la nature y développe (i). C'est une vérité des plus notoires que ce lac est sujet à de brusques et dangereuses tempêtes d'assez courte durée , mais d'une violence effroyable- On en ignore la cause, et c'est pour cela peut-être, ditPinkerton,que la Superstition, fille de la Peur, lui a donné le nom de Mer Sacrée (2).
Quoi qu'il en soit , nous avons fait entrer cette singulaiûfé dans les combinaisons de notre plan ; et par ce moyen, nous avons ;, à ce qu'il nous semble, ouvert un nouveau champ aux conceptions des artistes habiles qui dirigent à l'Académie Royale de musique les parties si essentielles des machines et des décorations.
(i) ibid.
(2) Ibid.