‹ Nature et symptomatologie de certaines complications éloignées des plaies pénétrantes de la cornée [electronic resource]Chapitre 1 sur 7 · V. Morai el l»n verger · texte numérisé non relu

V. Morai el l»n verger

Les complications des plaies pénétrantes traumatiques et opératoires de la cornée ou du globe en général, peuvent se repartir en deux grandes classes : celles qui relèvent dune infection immédiate ou tardive et celles qui paraissent indépendantes de tout processus infectieux. La complication dont nous voulons nous occuper dans ce mémoire appartient à cette dernière catégorie. Elle est essentiellement caractérisée par la pénétration de l'épithélium cornéen dans la chambre antérieure.

•Jusqu'ici le diagnostic n'en a été fait que par l'examen anatomique ; les observations que nous avons relevées ne contiennent au point de vue clinique que fort peu de détails en dehors de la constatation de kystes de l'iris dont la présence est (i ailleurs inconstante.

Nous voudrions attirer l'attention sur l'intérêt clinique de ces taits et rechercher s'il n'est pas possible d'en faire le Jiagnostic au cours de leur évolution, car les indications thérapeutiques pourraient parfois s'en trouver modifiées JNous allons exposer tout d'abord deux cas observés par »ûus; n ous chercherons ensuite à en dégager les symptômes

MOKAX ET DUVERGEU

Observation I.

Plaie Iraumaliqae de la cornée. — Guérison. — Phénomènes irritatifs un an après, sans modifications apparentes. — Développement ultérieur de kystes épilhéliaux de l'iris. — Luxation spontanée du cristallin avec rupture de la capsule. — Hypertonie. — Enucléation. — Invagination épithéliale.

La jeune Françoise se jeLLe sur une paire de ciseaux en aoûl 1905. Elle est atteinte à l'œil gauche d'une plaie pénétrante de la cornée etde l'iris, siégeant à 10 heures, au voisinage du hord cornéen et s'accompagnanlde hernie de l'iris. L'iris est réséqué aussitôt par un confrère qui fait le pansement. Dès le surlendemain on prescrit un collyre à l'ésérine qui est appliqué deux fois par jour pendant 6 semaines.

Les symptômes réactionnels du début se calment rapidement et les paupières s'ouvrent largement, l'œil n'étant plus irrité. Cet élatse maintient pendant un an environ et durant toute cette période, les parents ne relèvent rien de particulier. Vers le milieu de l'année 1906, l'enfant commence à se plaindre de son œil, surtout au grand soleil. L'aspect extérieur de l'œil ne paraissait pas très modifié.

Cependant dès celle époque un confrère consulté aurait prescrit de la pilocarpine, bientôt remplacée par de l'atropine qu'aurait conseillée un autre confrère. Malgré ces traitements, des symptômes irrilalifs se produisent dans l'œil gauche et se rapprochent de plus en plus de manière à créer un élat permanent de pholophobie et de larmoiement malgré les collyres de cocaïne, de sulfate de zinc, etc., qui sont successivement appliqués. La pholophobie est intense ; la petite malade lient continuellement la tèle baissée, l'œil gauche fermé et le droit à peine entr'ouvert. L'examen de l'œil est rendu difficile en raison de celte photophobie, en raison aussi du caractère de l'enfant qui s'est beaucoup modifié depuis l'apparition de ces troubles oculaires. 11 faut recourir à l'anesthésie chloroformique pour faire un examen un peu complet de l'œil. C'est sur ces entrefaites, en janvier 1907, que la petite malade nous est présentée.

C'est une filletle de bonne apparence générale mais qui manifeste la plus gande terreur de toute exploration médicale. L'œil gauche est maintenu fermé d'une manière continue et l'œil droit ne s'entr'ouvre que rarement et pour un instant seulement. Malgré les verres fumés la tête est fléchie en avant, ci dès qu'on lui enlève les luneltes la petite malade enfouit sa tète dans les jupes de sa mère.

L'examen de l'œil gauche montre l'intégrité des paupières el de laconjonctive.il n'existe qu'un léger degré d'hypérémie épisclérale. La cornée csl brillante el a sa transparence normale sauf en un point situé à un millimètre du limbe à 10 heures. 11 existe en ce point une petite opacité de teinte blanchâtre correspondant par sa partie profonde à une synéchie antérieure. La chambre antérieure

parail peu profonde, mais ne contient aucun exsudai. La pupille est déformée et attirée en haut; il semble que toute la partie supérieure de l'iris ait disparu, laissant la moitié inférieure tendue de 10 heures à 2 heures, c'est-à-dire du siège de la perforation cornéenne au bord opposé de la cornée.

Le crislallin existe et ne présente pas d'opacités manifestes. On éclaire le fond de l'œil, mais l'examen ophlalmoscopique n'est pas possible en raison des conditions difficiles de l'examen de la malade.

En présence de la persistance de ces phénomènes irrilatifs qu'aucun collyre (myotiques, mydriatiques, analgésiants, etc.) ne calme nous nous décidons à pratiquer une iridectomie partielle dont le but sera de supprimer la traction possible de l'iris au niveau de la synéchie antérieure.

Fiti. 1. — Coupe transversale d'une portion de la paroi du kyste de l'iris excisé le 18 juin. Cette coupe montre des cloisonnements se détachant à angle droit (Ce). — Grossissement : 60 diamètres.

E .' face épithéliale de la paroi kystique.

I •' face externe irienne de la pnroi kystique.

L'opération est faite avec l'aneslhésie chloroformiquc le 2 février 1907, avec l'assistance de M. Béai.

On excise tout le secteur de l'iris compris entre la synéchie et 8 heures.

Les suites opératoires sont des plus simples et le pansement est

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supprime 4 jours après l'opération. Les symptômes ir ri tatif s sont moins accusés, mais il est impossible, en raison de la difficulté de caractère de l'enfant, de se rendre un compte exact des troubles

subjectifs. .

La petite malade quitte Pans pendant quelque temps et nous ne la revoyons qu'au mois de mai 1907. Les symptômes irritatifs, après

Kio. 2. — Coup;: transversale de la paroi du kyste épi tliélial de l'iris. Détail de la figure précédente. Grossissement : 550 diamètres. Es : cellules épithélialcs superficielles de la paroi. l£p : cellules épithélialcs profondes cylindriques.

I : stroma irien formant la base du revêtement épi tliélial et contenant des cellules pigmentaires (P).

une accalmie relative.se sont reproduits et l'on constate maintenant dans la chambre antérieure et à travers la cornée qui conserve toute sa transparence, deux masses gris-jaunatre qui remplissent les deux tiers supérieurs de la chambre antérieure et sont au contact l'une de l'autre. Il s'agit, à n'en pas douter.de kystes développés au devant de l'iris.

Nous proposons l'excision des kystes et réclamons l'autorisation défaire, si l'excision ne peut être complète, l'ablation du segment antérieur du globe. Le Dr Abadie consulté, conseille également l'ablation des kystes et la cautérisation au galvanocautère de la région correspondant à l'ancienne cicatrice.

L'opération est pratiquée le 18 juin 1907 avec l'assistance de MM. Chaillous et Duverger. L'ablation des kystes est facile et paraît se faire en totalité.

Les suites sont normales et cette fois encore, il semble se produire une accalmie dans les symptômes irritatifs.

Pendant toute la période des vacances et jusqu'au commencement d'octobre 1907, nous n'entendons plus parler de l'enfant. Nous la revoyons alors et nous apprenons qu'elle a été à nouveau gênée

Pi E P

Fig. 3. — Fragment, d'iris excisé montrant le revêtement épithélial du côté opposé à celui occupé par le pigment uvéal. — Grossissement : 20 diamètres.

E ; paroi épithéliale kystique.

P : pigment uvéal.

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