‹ Nécessité d'un congrès pour pacifier l'EuropeChapitre 1 sur 2 · Nécessité d'un congrès pour pacifier l'Europe · texte numérisé non relu

Nécessité d'un congrès pour pacifier l'Europe

A mesure que les probabilités d'une solution pacifique prennent plus de consistance , certains organes de la presse anglaise tentent de compromettre, par une polémique irritante, l'effet des sages résolutions et de l'attitude calme des gouvernements alliés.

En altérant la forme et le caractère d'un document que le devoir des chancelleries est de tenir secret , on s'efforce de blesser la puissance à laquelle l'Europe demande des concessions, quand l'intérêt de tous est de les faciliter.

Il serait insensé de croire qu'aucun homme d'État de la Grande- Bretagne envisage autrement qu'avec le plus vif regret cette tactique inconsidérée.

Dans les projets d'arrangements en cours de négociation , personne ne songe à humilier la Russie ou à amoindrir la juste part d'influence et d'autorité qu'elle est appelée à conserver dans les conseils de l'Europe.

La France et l'Angleterre se sont associées pour une guerre juste, non pas seulement parce qu'elle était juste, mais parce

que leur propre histoire montrait à la Russie qu'elle pouvait céder sans déshonneur.

L'Angleterre et la France se trouvent-elles amoindries , humiliées, par l'obligation où elles ont été, la première de reconnaître l'indépendance des États-Unis, la seconde de renoncer aux conquêtes de la République et de l'Empire?

Le résultat de la lutte actuelle témoigne du contraire.

Cependant l'une et l'autre concessions ont été arrachées par la force des armes. C'est la France qui a contraint l'Angleterre à l'abandon de ses colonies de l'Amérique du Nord ; c'est l'Angleterre qui a contribué plus qu'aucun peuple à détacher du territoire français la Belgique et les Provinces rhénanes ; et la France et l'Angleterre aujourd'hui sont étroitement unies.

Fières de leurs nouvelles destinées, elles ont assurément droit de proclamer qu'en faisant aujourd'hui le sacrifice d'une politique incompatible avec la paix du monde , la Russie ne déchoit pas , qu'elle grandit au contraire dans la confiance et l'estime de l'Europe, et se prépare, peut-être, pour un avenir prochain, de nouvelles et précieuses alliances.

Dans cette situation, le devoir de l'homme d'État est de rechercher sous quelle forme et dans quelles circonstances l'acquiescement de la Russie se conciliera le mieux avec la dignité d'un Souverain qui, le jour où il aura signé la paix, ne verra dans ses ennemis de la veille que des frères.

Page 1