‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 129 sur 220 · I. PI, CCXLVI · texte numérisé non relu

I. PI, CCXLVI

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série des motifs représentés sur les deux premières lames d'or que j'ai décrites, et ceux-ci sont placés exactement dans le même ordre.

Voici donc trois amulettes se rattachant au même type, mais sorties de trois tombeaux différents et dont le plus ancien peut être séparé du plus récent par une centaine d'années. Ces bijoux présentent, d'ailleurs, chacun des particularités qui le distinguent nettement des deux autres. Ils ne sont ni du même métal exactement, ni du même travail. Chacun d'eux a été gravé à la main et séparément. Pourtant l'ordre dans lequel se succèdent les ligures si variées qui les recouvrent, reste absolument immuable. Que faut-il en conclure, sinon que cet ordre devait être fixé par un rituel funéraire fidèlement observé, et que nous avons ici la représentation d'une sorte de cortège funéraire traditionnel, analogue à celui des anciens Egyptiens, mais qui porte cependant une empreinte phénicienne très apparente, marquant son originalité propre ?

D'ailleurs, si les deux premières lames que j'ai décrites ne présentaient aucune inscription punique, celle-ci, au contraire, nous en offre deux au moins ; la première est gravée sur deux lignes, à l'extrémité intérieure du rouleau. Les caractères n'ont qu'un millimètre de hauteur. Voici comment je crois la lire :

o b y 1 ch r m sh v r ç n

o h t sh r ? n h

Quant à la seconde inscription, gravée sur une sorte de table sur laquelle repose un crocodile, les caractères sont tellement microscopiques, qu'il m'a élé impossible de les déterminer tous ; mais un spécialiste pourra certainement y arriver avec une forte loupe. Voici ce que j'ai cru voir sur les deux lignes de l'inscription :

En même temps que cette lame d'or gravée, à inscription punique, je suis heureux de pouvoir en présenter à l'Académie une autre du même genre, entièrement inédite, el dont je dois la photographie à l'amicale obligeance de M. Nissardi, conservateur du musée de Cagliari. C'est une lame d'argent que M. Nissardi a eu la plus grande difficulté à développer, et qui figure une barque avec deux divinités égyptiennes assises, puis sept personnages debout, tenant le sceptre à tête de coucoupha et la croix ornée et une inscription, malheureusement incomplète, gravée sur cinq lignes.

Ce bandeau était renfermé dans un étui, découvert à Tbarros, comme presque tous ceux qui sont aujourd'hui conservés au musée de Cagliari. Il l'ut acquis, en

même temps que ceux-ci, à la vente du juge Spano, d'Oristano, qui possédait une riche collection de ces

bijoux ; le plus remarquable, qui n'est pas entré au musée, était un tube cylindrique haut de 10 centimètres, et ayant 0 m. 01 de diamètre.

Les bandeaux contenus dans ces étuis d'or étaient tous en argent, el très oxydés. La plupart sont tombés en poussière. M. Nissardi n'a pu en sauver que trois, celui dont il a bien voulu me communiquer la photographie ci-jointe, un autre couvert de caractères microscopiques, peu apparents et non encore déterminés, un troisième enfin qu'il a dû renoncer à dérouler, vu son mauvais état de conservation .

M. Nissardi m'a promis de continuer, dans les collections particulières de Sardaigne, les recherches qu'il a bien voulu commencer à mon instigation, et je ne doute pas que la série dont j'ai l'honneur de présenter à l'Académie les premiers éléments, ne s'enrichisse à bref délai de nouveaux exemplaires.

Tunis, le 46 mars 1900.

LES INSCRIPTIONS PHÉNICIENNES GRAVÉES SUR UNE DES LAMES d'or TROUVÉES PAR M. GAUCKLER.

(Note de M. Ph. Berger.)

La dernière des lames d'or, si heureusement déroulées par M. Gauckler, offre le précieux avantage de nous livrer une double inscription phénicienne.

Ce n'est pas la seule inscription que nous ait fournie ce genre de petits monuments. Une lamelle en argent, conservée au musée de Cagliari, porte une légende phénicienne jusqu'à présent inexpliquée.

En outre, une aulre lame (Tor du même musée, porte, entre les pieds d'une table mortuaire en forme de lionne, quelques caractères qui paraissent être soit du libyque, soit du cypriote. Enfin, M. Nissardi vient de dérouler une noiwelle lame, qui porte à Tune de ses extrémités une légende phénicienne de cinq lignes, malheureusement mutilée.

Le premier des graffiti copiés par M. Gauckler est d'une netteté absolue. Voici comment il doit se lire :

[Sjyisbn loun y*:

[bjjruncriN p

a Protèc/e et garde Hilleçbaa [/],

fils d'Arisatbaa [/]. »

Ce petit texte est très instructif dans sa simplicité. Il écarte les traductions extraordinaires, qu'on trouve si facilement dans les textes que l'on ne comprend pas, et il nous indique dans quelle direction il faut chercher le sens des autres textes du même genre.

Le second graffito est moins aisé à lire, et il faut une bonne loupe pour le déchiffrer ; il est en outre en partie masqué par une tache noire. Pourtant, voici la lecture à laquelle j'arrive en combinant le croquis que M. Gauckler a bien voulu faire pour moi, avec l'examen direct de la photographie :

TOI TÛW

i[tf|M p SjraïSn « (larde et protège Hilleçbaal fils d'A[s]i. »

C'est la même formule renversée. Il est à noter que,

si celle lecture est bonne, les deux graffiti se rapporteraient au même personnage, mais le nom du père ne serait pas le même l.

Passons maintenant à la lame d'argent du musée de Cagliari, anciennement publiée par Cara.

Nous en possédons deux copies : l'une donnée par Cara et reproduite par divers ailleurs, l'autre plus récenle et certainement meilleure, faite par M. Euting. Tous ceux qui s'en sonl occupés ont renoncé à rien en tirer jusqu'à présent. Or, si l'on compare ces deux copies au graffito récemment trouvé par M. Gauckler, on n'hésitera pas à lire le premier mot : iyj = « protège ». C'est donc encore un texte rentrant dans la même -catégorie et commençant par la même formule.

Quelle était la suite ? Cela est plus douteux. On serait tenté de lire hcttfl] ">XJ = « protège et garde », mais la lecture est loin d'être certaine. Un fait hors de doute, c'est que l'inscription se termine par le mot nz?N qui paraît terminer également la seconde des inscriptions de M. Gauckler. Si, sur celte dernière, c'est bien un nom d'homme, il est difficile de ne pas en voir un aussi sur la lame du musée de Cagliari, quoiqu'il soit étrange de voir un même nom propre, inconnu en dehors de ces deux exemples, terminer par un hasard singulier deux petits textes, l'un de Sardaigne, l'autre de Cartilage.

On aimerait mieux y voir un nom divin, et j'étais

\. Peut-être pourtant faut-il lire ">[ttH]N = A[ris]i, que l'on pourrait considérer alors comme une l'orme abrégée d'Arisalbaal ; ou peut-être : ittfNpllO = « de la foudre d'Asi ». Asi serait dans ce cas un dieu correspondant à cette déesse Asiti, qui paraît comme déesse asiatique sur certains monuments d'Egypte.

tenté tout d'abord de lire ittri^ian TOtn]"WH : « Protège et garde le béni d'Asi » ', on quelque chose d'analogue. Le second graflito de M. Gauckler ne le permet guère. Je ne m'arrêterai pas à la nouvelle lamelle avec inscription phénicienne déroulée lout récemment par M. Nissardi, et je me borne à donner la transcription de ce qu'il en reste en caractères hébreux :

[d]js?:?dS.

L'état de mutilation de l'inscription ne m'a pas permis jusqu'à présent d'en déterminer le sens. Je ferai seulement remarquer pour aujourd'hui, que les deux lames avec inscriptions phéniciennes trouvées à Tharros diffèrent sensiblement des autres. Si l'on y sent encore l'imitation égyptienne, elle est beaucoup plus lointaine ; les figures sont plus grosses, tracées sur une seule ligne, et il y a beaucoup plus de liberté, tant dans les sujets représentés que dans leur interprétation.

Quoi qu'il en soit, c'est toute une nouvelle catégorie de monuments épigraphiques qui étaient jusqu'à présent lettre close pour nous et qui deviennent intelligibles, réalisant ainsi plus tôt qu'on ne pouvait l'espérer les prévisions que nous émettions en donnant la traduction de la tabula devotionis découverte naguère par M. Gauckler.

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