‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 133 sur 220 · Bull, archéol. du Comité, 1894, p. 403 et suiv · texte numérisé non relu

Bull, archéol. du Comité, 1894, p. 403 et suiv

2. Ce n'est pas nécessaire. Souvent, de deux mausolées voisins, L'un porte une inscription, Tautre est anépigraphe. Th. H.)

titution proposée par M. le capitaine Tribale! me paraît très acceptable.

La chambre sépulcrale était recouverte d'une plateforme dallée, qui subsiste encore en partie ; celle-ci servait de socle à un pilier quadrangulaire, large seulement de Om. 75, avec colonnes circulaires, au quart engagées, amortissant les angles ; le pilier se terminait au sommet d'abord par une corniche d'un profil assez mou, dont un angle et un autre fragment ont été retrouvés par M. le capitaine Tribalet, puis, selon toute apparence, par une pyramide de couronnement.

Le principal intérêt de ce monument réside dans l'épitaphe néo-punique qui ornait sa façade principale, et dont M. Ph. Berger a communiqué la traduction à la Commission de l'Afrique du Nord. (Voir ci-dessous.)

Ce texte est précieux en ce qu'il nous permet de fixer la date approximative des mausolées, lesquels semblent bien avoir été construits tous deux à la même époque. On ne peut, en aucun cas, les faire remonter plus haut que l'occupation romaine, malgré la barbarie des sculptures qui les ornent. Elles rappellent, sans doute, d'une façon frappante, les figures rupestres du Sud oranais, du Djebel-Amour et de l'Oued-Djedi qui sont beaucoup plus anciennes ; mais, au lieu d'être gravées au trait avec des instruments de pierre, elles sont sculptées en relief, suivant un procédé particulier, il est vrai, mais qui est d'usage constant chez les artistes indigènes, même à l'époque romaine : les figures sont simplement silhouettées sur un premier plan dont la saillie est obtenue par l'évidemenl des fonds. Le modèle n'existe pas ou à peine; les détails essentiels du dessin sont indiqués par

quelques traits sommaires et peu profonds. On a souvent comparé, et avec raison, le style de cette sculpture naïve à celui des bonshommes en pain d'épice. Ce sont ici et là les mêmes procédés et les mêmes conventions enfantines ; par exemple, les personnages humains, quels qu'ils soient, sont presque toujours figurés avec les jambes écartées et les bras levés au ciel. Si barbares qu'elles soient, lès sculptures de Tatahouine ne sont guère plus grossières que la plupart des stèles et des ex-voto libycopuniques des premiers siècles de notre ère, que l'on découvre sur tous les points de l'Afrique du Nord qui avaient échappé à l'action directe et prolongée de la civilisation romaine.

D'ailleurs, les dromadaires et les paons , qui apparaissent sur plusieurs bas-reliefs, sont d'introduction relativement récente en Tunisie, et ne se répandent guère qu'à partir de l'Empire 1.

Les bas-reliefs de Tatahouine ne remontent donc guère, à mon avis, qu'au premier ou même au deuxième siècle de notre ère. Ils n'en présentent pas moins pour nous un grand intérêt, à cause de leur barbarie même. Ils ont été sculptés par un artiste du cru, qui, n'ayant rien appris, n'a rien perdu de son originalité native, et qui s'est simplement appliqué à reproduire, en toute sincérité, la nature qu'il avait sous les yeux, plantes, bêtes

1. M. Gsell a déjà fait cette observation au sujet des paons qui avaient été signalés par M. H. Johnston; cf. Chronique d'arch. afric, 1900, p. 111. — En ce qui concerne l'introduction du dromadaire en Tunisie, cf. Tissot, Géogr. de laprov. d'Afr., I, p. 349-354, et Reinach, Collections du musée Alaoui, I, p. 39 et suiv. (Africain sur son chameau), avec la bibliographie de la question. Je n'ai retrouvé sur aucune des sculptures de Tatahouine, du moins d'une façon indubitable, les autruches et l'éléphant que M. II. Johnston a cru y reconnaître.

et gens, qu'il groupe sous la protection divine de cette triade punique dont le culte, popularisé de bonne heure dans le Nord de l'Afrique, ne devait céder la place qu'au christianisme.

Ils apportent une contribution très utile, parce que très véridique, à la connaissance des conditions de la vie agricole indigène du Sud tunisien, au début de l'occupation romaine .

l'inscription néo-punique du mausolée de tatahouine

(Par M. Philippe Behger.)

L'inscription néo-punique découverte par M. le capitaine Tribalet est l'épitaphe d'un indigène nommé Poltakân, fils de Massoulat. Le mot Mançebet, par lequel elle débute, est le terme propre pour désigner les cippes de toute taille, et en particulier les colonnes ou les monuments en forme de piliers érigés en l'honneur d'un mort. Il désigne donc clairement le mausolée sur lequel était gravée cette inscription.

L'écriture en est soignée et les caractères sont très nettement tracés, l'estampage excellent ; mais un éclat de la pierre a fait disparaître la plus grande partie des lignes 4 et 5 et a entamé la ligne 3. Voici ce que l'examen de l'estampage m'a permis d'y lire :

J3 0)0//,^i/3nK v°* n "a3°a x[30A]rx

p jsDynSMS roioo

■too p wôjhi Hl3D©]a wk

ara any a nN

on* *a "[y] n Sy

Mausolée de Poltakan, fils de

Massoulat, habitant de Thagé,

lequel, en suite du [serment] de Gafsad, fils de Madar

[eux] [des demeures],

pour [pieux].

Ligne 1. Pour la forme rûSJQ, comparez C I. S., I,

Ligne 2. n;m aran « habitant de Thagé ». La lecture de Thagé n'est pas absolument certaine ; peut-être fautil y joindre les deux premières lettres de la ligne 3 u\s\ ce qui donnerait tt?Naa3fi2 « Thagès » ; j'hésite à l'admettre, à cause de la répétition de Yalef. Quelle peut être cette localité nommée Thagé ou Thagès ? On serait tenté de songer à Thugga, mais elle est bien éloignée de Tatahouine, et la vocalisation ne s'y prête guère. En dehors de cette localité bien connue, je ne vois guère dans les environs que l'ancienne ville de Thigès, qui puisse y correspondre. De toute façon, il faut admettre un étranger qui se serait fait ensevelir à Tatahouine. Cette traduction gagnerait en vraisemblance, s'il fallait lire à la ligne suivante le nom de Gafsa ; mais cette lecture ellemême est très douteuse.

Ligne 3. twd p itt?sa N*[yaw]a BM. Je lisais tout d'abord E7N n["TO]:i, ce qui conduirait à un sens différent. Il faudrait alors voir dans N"TO « les portes », le même mot qui revient sur les inscriptions de Cirta sous les formes ■M, mw, ann D"i3Ttf, et, dans l'onomastique et la paléo-

graphie latine, dans les locutions ad portas, portarum consensu, et considérer pi^sa « Gafsadban » comme un nom géographique. Il serait très tentant de retrouver là le nom de Gafsa, mais les lettres pi, qui le termineraient, nous en empêchent. Je crois qu'il vaut mieux s'en tenir à la première lecture, quoique aucun de ces deux noms d'hommes ne réponde à une forme à nous connue !.

Lignes 4-5. Ces deux lignes sont si mutilées qu'on ne peut en tirer aucun sens. Au début de la ligne 4, on lit l'accusatif rus, suivi d'un a dans lequel on peut voir soit le pronom suffixe de la 3e personne pluriel, soit le commencement d'un substantif; à la fin le mot ara « maisons », qui rappelle l'expression Dru nvjw citée plus haut.

Au début de la ligne 5, je lis le mot bï ou rhy « sur », « en outre de », « au sujet de », et, à la fin, les lettres an « pieux », formule assez vraisemblable à la fin d'une inscription funéraire; peut-être, pourtant, avons-nous là le suffixe de la 3e personne pluriel.

On se rappelle le mausolée, fort analogue aux nôtres, quoique plus important, trouvé il y a quelques années à El-Amrouni 2, sur la frontière de la Tripolitaine, par M. le lieutenant Lecoy de la Marche, adjoint à la mission Foureau. Ce mausolée, décoré d'une double frise de bas-reliefs, représentant l'histoire d'Orphée, portait aussi une inscription bilingue, néo-punique et latine.

Voici donc la seconde inscription néo-punique trouvée dans des conditions tout à fait semblables, dans le Sud

1. Pour Njnun, comparez H3W, Schrrdeô, Phôn. Spr., Neop. 15, 18, 19, 20,76,77, 105, p. 198.

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