‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 31 sur 220 · TERRES CUITES · texte numérisé non relu

TERRES CUITES

1 à 3. OEnochoés de Collo.

Les œnochoés, reproduites au tiers de la grandeur, de face et de profil, sur la planche GGXXXVIII (nos 1, 2, 3), ont été trouvées au mois de mars 1891 à Collo, dans les éboulis d'une falaise de granit décomposé ; elles avaient peut-être glissé hors de quelque caveau creusé dans le roc, analogue à ceux que l'on a déjà signalés dans le voisinage de l'antique Chullu.

Cette découverte, due au hasard, a une très grande importance. L'origine orientale des vases de Collo est évidente : ils reproduisent le type traditionnel des déessesmères des Asiatiques, représentées sous les traits d'une femme qui se presse les seins. Ils se rattachent à une longue série de poteries analogues, dont on peut suivre les traces à travers la Méditerranée. Les plus anciennes et les plus grossières ont été découvertes à Hissarlik : on en trouve d'autres à Cypre, puis à Santorin et en Crète ; elles reparaissent, profondément modifiées, il est vrai, dans quelques vases peints, de fabrication grecque, trouvés en Etrurie ; mais leur présence n'avait pas encore été signalée sur le littoral africain. Dans cette série, les œnochoés de Collo occupent une place à part. Très éloignées des vases grecs d'Etrurie, elles se rapprocheraient plutôt des poteries informes, découvertes par Schliemann, et qui remontent sans doute au delà du xie siècle. Elles offrent le même type, la tête de la femme sur le col du vase au-dessous du bec, les seins et les bras sur la panse : mais elles sont infiniment plus

soignées, moins barbares. Leur style présente de grandes analogies avec celui des poteries cypriotes. Entre les vases d'Hissarlik et ceux de Cypre, les œnochoés de Collo, au point de vue du travail, formeraient la transition : elles viennent combler une lacune dans la série de ces poteries. On serait donc porté à les dater du vie ou du vne siècle, s'il n'avait été découvert en même temps d'autres objets dans les éboulis de Collo. Ceux-ci sont des coupes ou des patères en terre rouge, à couverte noire, portant quelquefois des graffites néo-puniques ; des alabastres en verre; des monnaies de Carihage. Aucun de ces objets ne peut remonter au delà du 11e ou du 111e siècle. Des fouilles, entreprises à Collo d'une manière méthodique, permettraient peut-être de donner à cette question de date une solution satisfaisante.

Les œnochoés que nous reproduisons se ressemblent beaucoup entre elles ; elles offrent pourtant certaines différences qu'il importe de faire ressortir : elles sont certainement de la même époque toutes les trois, mais elles représentent, en quelque sorte, trois stades différents dans l'art du potier ; elles ne sont pas au même degré d'achèvement.

La seule œnochoé qui soit en parfait état de conservation, nn 2, est la plus simple : la tête, modelée au doigt, ne porte aucune trace de relouche. Les bras sont figurés par deux languettes de terre, découpées dans la pâte encore fraîche, el simplement appliquées sur le vase : deux boulettes représentent les seins. Un enduit rougeàlre est répandu uniformément, comme un lait, sur toute la surface de l'œnochoé.

Le second exemplaire, n° 3, est déjà plus soigné. La

tête a été retouchée à l'ébauchoir; quelques traits figurent 1rs cheveux, tandis qu'un collier, à deux rangs de perles, orne le cou. Les perles el les boucles de cheveux soûl empreintes en creux, au moyen d'une estampille grossière, peut-être simplement avec un fragment de roseau. Le vase est recouvert d'un premier enduit blanchâtre, sur lequel sonl figurés des dessins brun foncé, larges zones horizontales sur la panse, minces stries obliques sur le col de l'œnochoé.

Le troisième vase, n° 1, est le plus curieux. Tous les détails sont indiqués avec le plus grand soin. La figure de la femme, parfaitement modelée, présente l'aspect original d'un sphinx qui aurait le nez retroussé. Les cinq doigts de chaque main se détachent nettement audessous des seins, le pouce en haut, comme sur la figurine en plomb de Sidi-Mecid : le sexe est représenté par une proéminence triangulaire. Les boucles de cheveux, qui encadrent la figure et descendent très bas des deux côtés de la tête, ne sont plus indiquées en creux, mais en relief: elles se composent d'une série de macarons circulaires, modelés à part et collés sur le vase l'un à la suite de l'autre. La tête devait être peinte de plusieurs couleurs, et les cheveux portent encore de nombreuses traces de cette pourpre d'un rouge vineux que le murex brnndaris fournissait en abondance sur la côte d'Afrique.

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