‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 43 sur 220 · POTERIES · texte numérisé non relu

POTERIES

Parmi les poteries, la seule série abondante et présentant quelque intérêt, provient de la nécropole phénicienne de Gouraya (Gunucjus). Elle se compose presque exclusivement d'objets trouvés dans les fouilles que j'y ai faites en 1891-1892 2. La nécropole, située sur la côte très abrupte à cet endroit, s'étend au fond d'une petite anse bien abritée, qui servit peut-être de port aux navi-

1. Deux sarcophages, ayant plus de 2 mètres de longueur, et pesant l'un 80 et l'autre 75 kilogr., ont été trouvés en 1892 par M. le comte Lauer, dans sa propriété du Rocher Blanc, sur la côte, à 4 km. à lest de Gherchel. Ces deux tombeaux, recouverts de maçonnerie, renfermaient des squelettes sans mobilier funéraire. Ils ont été vendus au poids et fondus.

2. Le rapport d'ensemble [envoyé au Ministère de Tlnst. publique concernant ces fouilles n'est pas encore publié. Cf. sur la nécropole antique de Gunugus : Cat, B. C . A., I, p. 132, qui signale le premier la découverte de caveaux antiques à Gouraya, mais les prend pour des silos; de Villefosse, C. B. Acad., 1887, p. 246 sq. d'après une communication de M. du Hieux ; de Cardaillac, Histoire de la lampe antique en Afrique, Oran, 1890, p. 247 sqq. et nombreuses ligures; Waille, Bull. Arch., 1891, p. xliii-xliv ; Gauckler, C. B. Acad., 1893, p. 13 et 18; Bu/1, des Antiq , 1894, p. 17t> sq. | et Appendice.]

gateurs carthaginois ; elle se décompose en une série d'hypogées indépendants, mais symétriques, groupés sur deux éminenees jumelles, où le tuf affleure 1.

Chaque hypogée comporte un, deux, ou même trois caveaux rectangulaires, assez spacieux, taillés en plein roc, à une profondeur qui varie de deux à cinq mètres, suivant l'épaisseur et la qualité de la couche de tuf, et s'ouvrant sur un puits vertical, dont ils sont séparés par une porte que ferme hermétiquement une lourde dalle '. Le puits est comblé de terre; la chambre reste vide. Les caveaux qui paraissent les plus anciens présentent souvent un ou deux sarcophages creusés dans le roc et remplis d'ossements. Les autres ont une aire parfaitement plane et soigneusement sablée, sur laquelle étaient déposés simplement les cadavres ou les cendres du défunt. L'on ne peut faire ici la distinction entre les tombes à inhumation et celles à incinération. Les deux procédés sont employés simultanément, le second étant d'ailleurs beaucoup plus usité.

Le mobilier funéraire, très abondant, esl peu varié : il se compose principalement de poteries, auxquelles s'ajoutent parfois des lampes, quelques bijoux en or, en

1. Sur les ruines de Gunugus, cf. Berbrugger, B.A., II, p. 191 ; la Blancbère, B.C. A., I, p. 262-263; Mac-Carthy, Africa antiqua, /?. A., 18H7, p. 216-217 ; Cat, Essai sur la Prov. de Maur. César., p. 138 et passini ; de Villefosse, C. li. Acad., 1883, p. 150 sq. ; E. E., V, 1038 et VII, 805 V. Appendice, j

2. Cf. les hypogées de Mahdia. Hannezo, Const., 1892, t. XXVI, p. 291 s<p — Ceux de Sousse sont fermés tantôt par une dalle, tantôl par de grandes jarres. La Blanchère, BulL Arch., 1888, p. 151 sqq. avec figures. — Ceux de Carthage sont fermés par des dalles, mais sont généralement construits en grand appareil, et non pas taillés en plein roc. Delattre, Les tombeaux puniques de Carthage, passim. Il faul en exeepter les caveaux découverts récemmenl 1894) dans les travaux de construction de la batterie <lc Bordj-Djedid.

argent, en bronze, des colliers et des amulettes en verre, des alabaslres, des œufs d'autruche sculptés el peints ', des coquillages contenant du lard ; jamais d'armes, jamais de monnaies.

Les poteries présentent une grande diversité de formes, mais se répartissent en deux groupes bien distincts : les vases d'importation grecque, et ceux de fabrication carthaginoise ou locale.

Les premiers se reconnaissent facilement à leur élégance, à la légèreté de leur terre rouge ou bistre, à leur couverte noire à reflets métalliques. Les plus anciens appartiennent à la période de transition des vases dits de Gnathia ; ils présentent des formes qui permettent de les dater du 111e et du 11e siècle avant notre ère. Parmi les plus élégants, nous citerons un scyphos orné, sur son pourtour, d'une guirlande de feuilles de vigne blanches et rouges, peinte sur la couverte noire; des vases à parfums en forme de théière à une anse, ayant pour bec une tête de lion 2, modèle courant dont le Louvre possède de nombreux exemplaires ; de délicates œnochoés aux formes imitées du bronze; des plats et des coupes, décorés de rosaces et de palmettes estampillées ; des

1. L'un d'eux était intact, mais les ornements étaient effacés : un autre, malheureusement brisé, représente deux sphinx ailés, alternant avec deux autruches. Ces deux pièces sont au Musée du Louvre. J'ai laissé au musée de Cherchel plusieurs autres fragments d'œufs d'autruche ouvragés. Comparez à ceux qui ont été trouvés dans la tombe d'Isis à Vulci, Perrot, Ilist. de VArt, III, p. 850 sqq. Les œufs d'autruche trouvés à Carthage, et conservés aux musées Saint-Louis (fouilles Delattre) et du Bardo (fouilles Vernaz), sontpeints, et non sculptés. Cf. Delattre, /. /., p. 103 sq.

2. De Cardaillac, Ora/i, p. 251, fig. 6, p. 2">.">, ûg. T. Comparez aux vases grecs el Ltalo-grecs, trouvés à Carthage, Delattre, /. /.. fig. des p. 10, 21,88, SU, 91, ei Bull. Arch.i 1891, p. 16.

pyxis, encore remplis de poudre de minium. Ces vases portent souvent au revers, en graffite, une ou plusieurs lettres puniques ou néo-puniques, sans signification précise, simple marque du marchand carthaginois importateur ' .

Les vases de fabrication locale, d'une argile plus grossière, et sans couverte vernissée, sont contenus par milliers dans les hypogées de Gouraya ; les uns remplis de cendres et d'ossements, les autres vides el paraissant n'avoir jamais servi. J'en ai rassemblé au musée cent cinquante spécimens intacts, de toutes tailles, de toutes formes : longues amphores en fuseau de 1 m. 20 de haut 2, grandes jarres pansues à couvercle, œnochoés souvent élégantes, coupes, soucoupes, plats, patères, vases à parfums 3. Ces vases sont presque tous décorés, sur leur panse, de zones el de palmettes rougeâtres ou grises, caractéristiques de la fabrication phénicienne. Us valent surtout par leur groupement, qui permet d'étudier la série et révolution des formes qu'on retrouve à Garthage et dans toutes les nécropoles puniques 4.

1. J'ai trouvé une cinquantaine de plais, coupes ou soucoupes, intacts, revêtus de graffites puniques ayant quelquefois sept ou huit lettres. D'autres portent, au contraire, des lettres romaines. J'ai donné la plus grande partie de cette collection au musée d'Alger. Comparez aux tessons portant des graffites analogues, recueillis parle P. Delattre à Carthage, /. /., p. 36 et flg. de la p. 37 ; graffites à caractères latins, p. 102 (Voir Appendice).

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