‹ Nécropoles puniques de CarthageChapitre 61 sur 220 · L. Rodienus Gallius l(ibcns) ani{mo) sÇplvif · texte numérisé non relu

L. Rodienus Gallius l(ibcns) ani{mo) sÇplvif

]{. — Fragment de stèle analogue aux deux précédentes. Il ne subsiste que le fronton triangulaire et une partie de l'inscription. Hauteur, 0 m. 14; largeur, 0 m. 22 :

VELVS

ONVS

. . .velus. . . onus. . . IQbens) a(nimo).

Dans le tympan évidé, losange en relief. Au-dessous, dans un cartouche évidé à queue d'aronde, l'inscription, gravée au trait, en caractères hauts de 0 m. 022.

En somme, malgré les différences que l'on peut relever entre les diverses stèles de Tubernuc, elles présentent de nombreux caractères communs, qui prouvent leur étroite parenté.

Leur forme générale est toujours la même : allongée et terminée en pointe au sommet, à peine dégrossie à la base, qui devait être enfoncée dans le sol.

Elles sont presque toujours dune exécution absolument barbare, mais c'esl précisément celte barbarie qui l'ail leur originalité el rend leur élude intéressante. Elles nous renseignent sur les croyances religieuses el les procédés artistiques d'une population avanl conserve'' sou

individualité propre, et n'ayant encore subi qu'à tin 1res faible degré l'influencé romaine. Files se distinguent, par là, des stèles votives d'Aïn-Tounga, du Bou-Kourneïn , de Khanguat-el-Hadjaj : contemporaines

penl-êlre de ces divers monuments, elles leur sont antérieures en ce qui concerne l'histoire de la civilisation ; je les placerai plutôt sur le même rang que les stèles à légendes néo-pnniqnes de Alaktar, on les stèles à légendes néo-pnniqnes ou libyques de Dougga.

Les stèles de Tnbernuc présentent à la fois un texte épigraphique latin et des attributs puniques.

Les inscriptions latines sont toujours très concises : elles ne mentionnent jamais le nom de la déesse à laquelle s'adresse l'ex-voto ; les plus explicites se bornent à la formule suivante : « Un tel a accompli son vœu volontiers. » Elles ne nous fournissent donc que des listes de noms, dont on ne peut tirer que des renseignements contradictoires, au sujet de la nationalité des dédicants.

Trois d'entre eux, en effet, oui les tria nomma : M. Furfanius Sabinus (3), Q. Aufidius Melior (9), L. Rodienus Gallius (10). Deux autres, dont les noms sont mutilés, ...eius Maximus (6) et ...velus ...onus (il), semblent devoir être rangés dans la même catégorie.

Deux dédicants n'ont que le gentilice et le surnom : Stenius Quartio (1), Fabius Rufînus ((S). Un autre a romanisé son nom, Datus (2) n'étant que la traduction du nom punique Mattan. Le neuvième paraît indiquer sa filiation à la mode indigène : Fabius, lils de Fabullus (4). Enfin, parmi les deux derniers, Imilcho, fils de Nisazru .") porte un nom punique, mais est lils de Berbère.

Par contre, les attributs figurés sur les slèles prouvent que la divinité à laquelle s'adressent les dédicants n'a rien de romain. C'est Tanit, la grande déesse punique, dont le culte n'exerce vraiment sa suprématie que dans l'intérieur même de Carthage, et s'efface progressivement devant celui de Baâl-IIaman, à mesure que l'on s'éloigne de la métropole, à mesure aussi que le pays se romanise, et que Baâl-Haman se confond plus étroitement avec le Saturne romain.

L'image symbolique de la déesse elle-même apparaît au moins six fois, peut-être même, sept, sur les stèles de Tubernuc, et toutes présentent des attributs figurés qui se rapportent à son culte : le croissant, toujours montant ici; l'astre, représenté par un disque radié ou par une rosace à six branches ; la palme, le vase à deux anses, le losange. En outre, Irois stèles présentent, en leur milieu, une niche triangulaire ou cintrée, détail nouveau, que je n'avais encore relevé que sur une stèle très barbare dédiée à Tanit, et découverte à Dougga, en 1893, par M. le D1 Carton.

Ainsi, tandis que dans les sanctuaires déjà connus du Hou-Kourneïn, de Khanguat-el-IIadjaj, d'Aïn-Tounga, etc., les ex-voto portant des inscriptions latines s'adressent à un dieu déjà romanise, Saturne, les stèles que nous publions ici, tout en présentant elles aussi des légendes latines, — réduites, il est vrai, à leur plus simple expression — , sont dédiées à une divinité purement nationale. Tanit, dont le culte semble s'être maintenu longtemps à Tubernuc dans sa forme primitive. C'esl là ce qui fait l'originalité de ce nouveau sanctuaire, el ce qui lui a>signe une place à pari dans l'histoire (les cultes africains.

L'étude de la série des slèles où se trouve figurée l'image de Tanit, présente, en outre, un réel intérêt : elle nous fait comprendre la genèse de ce symbole, et nous met sous les yeux le tableau très complet de ses transformations successives.

La figure n'est formée, à l'origine 1, que par la simple superposition de trois signes symboliques indépendants l'un de l'autre, l'astre, le croissant, le cône sacré, en dehors desquels elle n'existe pas.

Sur la seconde stèle ~, son individualité s'affirme déjà, et s'oppose à l'astre ou au croissant, qui reparaît au-dessus d'elle, et qu'elle soutient de ses bras.

L'image se perfectionne sur les stèles suivantes \ perdant progressivement le caractère de symbole abstrait et de figure géométrique, pour devenir plus concrète et se rapprocher de la forme humaine. C'est ainsi que les rayons de l'astre, enfermé dans le croissant montant ou dans le disque, donnent insensiblement naissance aux principaux traits du visage.

La stèle 6, unique jusqu'ici en son genre, est la plus intéressante. Elle marque le dernier terme de l'évolution. Tanit est devenue ici une femme, revêtue, à ce qu'il semble, d'une longue robe, dont la présence n'a d'autre but que de justifier la forme conique que conserve le corps de la déesse. Devant elle, est figuré debout un second personnage, homme ou enfant nu, tenant une palme à la main. Peut-être a-t-on voulu représenter l'image du dédicant, sans qu'il faille attacher à cette

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